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Vendredi 9 mai 2014 : Le meurtre de Kitty Genovese

13 mars 1964. 3h du matin. Kitty Genovese, 29 ans, rentre chez elle dans le quartier de Brooklyn à New-York. En pleine rue, la jeune femme est agressée. Malgré ses cris et ses appels à l'aide, personne ne porte secours à la jeune femme. Au bout d'une heure et demi, Kitty Genovese sera finalement assassinée. Les enquêtes de police révèleront que 38 témoins ont clairement entendu le meurtre qui se déroulait sous leurs fenêtres. Cette affaire a été le point de départ de plusieurs recherches en psychologie qui ont mis à jour l' "effet du témoin", connu aussi sous le nom d' "effet du spectateur".

Kitty Genovese
Kitty Genovese

Bonjour à tous !

Nous revenons aujourd'hui sur l’agression sexuelle d’une jeune femme dans le métro de Lille et sur l’absence de réaction des voyageurs qui ont assisté à la scène sans intervenir.

Le mardi 22 avril dernier, vers 22h30, pendant environ une demi-heure, une jeune femme de 29 ans a subi une agression sexuelle dans le métro lillois sans que personne ne réagisse et ne vienne à son secours. Il y avait dix passagers dans le wagon.

La victime a réussi à descendre à la station du CHR Oscar-Lambret. Mais son calvaire a continué. Les témoins présents, filmés par les caméras de surveillance s’éloignent alors que l’agression continue. A l’extérieur, non loin du CHR, elle bondira à l’arrière d’une voiture et ce sont des vigiles de l’hôpital qui réussiront à immobiliser l’agresseur avant d’appeler – enfin – la police.
 
Pourquoi personne n’est intervenu ? Peur ? Lâcheté ? Égoïsme ? État de sidération ?
 
Ces questions, toute l’Amérique les a évoquées en 1964, après un fait-divers terrible qui s’est déroulé à New York . La mise à mort d’une jeune femme au pied d’un immeuble dont les 38 locataires n’ont rien fait pour lui venir en aide...
 
Mon invité, l’écrivain Didier Decoin a longuement enquêté sur cette affaire.

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Kitty Genovese
Kitty Genovese


Le 13 mars 1964 dans le quartier du Queens à New-York, Kitty Genovese, 28 ans, rentre en voiture à son domicile de Kew Gardens après sa soirée de travail au bar "Ev’s Eleventh Hour". Sur le chemin du retour, elle est suivie par un homme, lui aussi en voiture.

Alors que Kitty gare et verrouille son véhicule, elle sent la présence de cet homme qui s'est approché d'elle, armé d'un couteau. Elle se précipite alors vers une borne d'urgence toute proche pour appeler les secours et crie à l'aide. L'homme la rattrape et lui assène deux coups de couteau dans le dos. Désormais dans l'impossibilité de bouger, la jeune femme se met à hurler pour que quelqu'un lui porte secours. L'agresseur, qui s'apprête à achever Kitty, est interrompu par la voix d'un voisin qui crie "Laissez cette fille tranquille". Les lumières de plusieurs appartements s'allument. L'agresseur prend peur et s'enfuit.

Kitty parvient alors à se relever et se dirige vers son immeuble. Pendant ce temps là, l'homme qui l'a agressée change sa voiture de place pour ne pas être repéré par les voisins. Kitty parvient à gagner le hall de son immeuble et se croit alors en sécurité. Agonisante, elle tombe à terre et reste allongée derrière la porte d'entrée, espérant certainement l'arrivée rapide des secours. C'est alors qu'elle voit son agresseur et recommence à crier. L'homme achève Kitty Genovese en lui donnant neuf coups de couteau dans la poitrine et l'estomac avant d'enfoncer le poignard dans la gorge.
A moitié morte, Kitty Genovese est violée par son agresseur qui prend ensuite la fuite après lui avoir dérobé ses effets personnels.

Ce n'est qu'après ce viol que les secours sont prévenus. L'enquête montrera que différents voisins qui ont entendu ou vu les différentes agressions ne sont pas intervenus. Un des occupants de l'immeuble a vu, depuis la cage d'escalier, sa voisine poignardée. Ne sachant que faire, il a appelé sa petite amie qui lui a dit de ne surtout pas intervenir et de retourner se coucher. Il appelle toutefois la voisine de palier de Kitty. Affolée, c'est elle qui prévient les secours. Elle se précipite ensuite dans le hall de l'immeuble pour porter secours à sa voisine. Les secours arrivent à peine cinq minutes plus tard. Kitty meurt dans l'ambulance avant d'arriver à l'hôpital.


Winston Moseley, le meurtrier de Kitty Genovese
Winston Moseley, le meurtrier de Kitty Genovese


Le meurtrier de Kitty, est arrêté quelques jours plus tard alors qu'il tentait de cambrioler une villa sur la 102ème rue. Prévenue par les voisins, la police se rend rapidement sur les lieux et a intercepte l'homme qui prenait la fuite à pieds. Il s'agit d'un certain Winston Moseley, un père de famille de 28 ans.

Alors que Winston Moseley est détenu, un des policiers fait le rapprochement entre sa Corvair blanche retrouvée sur le lieu du cambriolage et la même voiture qu'avaient décrite des témoins du meurtre de Kitty.

Winston Genovese avoue tout de suite qu'il est l'auteur du meurtre de Kitty et reconnait avoir tué deux autres femmes : Annie Maen Johnson et Barbara Kralik.


Le 15 juin 1964, Winston Moseley est condamné à la peine de mort. Un verdict accueilli par un tonnerre d'applaudissements et d’acclamations de joie. Tout au long de son procès, Winston Moseley, s'est montré très coopératif, relatant en détails les faits et assumant totalement ses actes.

En 1968, alors qu'il était dans une ambulance après s'être introduit un objet métallique dans le rectum, il parvient à s'échapper et s'empare d'une arme à feu. Il se réfugie alors dans un appartement de Buffalo et prend en otage le couple qui y habite. L'homme et la femme seront violentés et séquestrés pendant 48 heures, jusqu'à ce que Winston Moselay se fasse capturer par le FBI. 


L'effet du témoin


En dehors de l’atrocité du crime, l'affaire a fait grand bruit à cause de la non-intervention des témoins de l'agression. Le 27 mars 1964, un article de Martin Gansberg, intitulé "Les 38 témoins du meurtre qui n'ont pas appelé la police" paraît en première page du New-York Times. L'article accuse la lâcheté des voisins qui n'ont rien fait pour secourir la victime.

Durant plus d'une demi-heure, 38 citoyens honnêtes et respectables du Queens ont regardé un tueur suivre et poignarder une femme, au cours de trois attaques distinctes, dans Kew Gardens.

Extrait de l'article du New York Times
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L'article se termine par les témoignages anonymes de voisins. Leurs déclarations font froid dans le dos : "Nous pensions qu'il s'agissait d'une querelle d'amoureux", "Franchement, nous avions peur" ou encore "J'étais fatigué, je suis retourné me coucher".

L'article sera plus tard mis en cause car trop exagéré. Il n'y aurait pas eu 38 témoins comme l'affirme Martin Gansberg, mais seulement une demi-douzaine. Et rien ne permet d'affirmer que ces témoins étaient conscients de l'ampleur de l'agression. D'autres témoins affirment avoir prévenu les secours au cours de l'agression. Mais l'immeuble se situant à proximité d'un bar de nuit, les voisins étaient habitués aux bruits au milieu de la nuit et les policiers ont pu ne pas se délacer immédiatement, estimant qu'il s'agissait d'un tapage nocturne classique.

Cette affaire a été les prémices d'un phénomène désormais connu sous le nom d' "effet témoin". De nombreux chercheurs en psychologie se sont penchés sur ce phénomène. Les recherche de John Darley et Bibb Latané, par exemple, ont démontré que la probabilité de secourir une personne en détresse est plus élevée quand l’intervenant se trouve seul que quand il se trouve en présence d’autres personnes. Cet effet contre-intuitif s’explique par l’idée d’une diffusion de responsabilité qui se met en place parmi les personnes présentes et que la perception et la réaction des témoins sont ainsi affectées par la présence des autres.
 

Invité : Didier Decoin, écrivain, auteur du livre Est-ce ainsi que les femmes meurent ? (Ed. Grasset)

"Est-ce ainsi que les femmes meurent?" de Didier Decoin, aux éditions Grasset
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