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"Il faut être raisonnable" : canaux, rivières, lacs... les règles pour se baigner en France

Sous l'effet de la chaleur, les baignades sauvages se multiplient. Mais entre interdictions, courants, obstacles immergés et risques sanitaires, le risque de noyade reste bien réel dans les canaux, rivières et lacs.

Des agents de la police municipale patrouillent sur le pont Passerelle Emmanuelle-Riva pour empêcher les gens de se baigner dans le canal Saint-Martin pendant la vague de chaleur à Paris, le 27 mai 2026.

Crédit : JOEL SAGET / AFP

Simon Habart, porte-parole de la Sécurité civile : "Hydratez-vous tous et surtout les personnes âgées qui ne ressentent pas la soif"

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Jérémy Descours

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Les fortes chaleurs qui touchent actuellement une grande partie du pays favorisent certains comportements à risque. Ces derniers jours, plusieurs vidéos largement relayées sur les réseaux sociaux montrent des personnes se baignant dans le canal Saint-Martin, à Paris. Sur ces images devenues virales, des adolescents plongent depuis les ponts sous les encouragements des passants. Une pratique qui peut sembler anodine mais qui présente pourtant de réels dangers.

"On est déjà au mois de mai et on parle de noyades. On n'en a jamais autant parlé aussi tôt dans l'année", déplore Éric Brocardi, porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, auprès de RTL.fr. Pour rappel, chaque année, près de 1.000 personnes perdent la vie par noyade en France. Depuis le début de la vague de chaleur, au moins huit décès ont déjà été recensés.

Parmi les drames récents, un adolescent de 15 ans est mort, jeudi, lors d'une sortie scolaire à Butry-sur-Oise, dans le Val-d'Oise. Selon le procureur de la République de Pontoise, Guirec Le Bras, la victime se baignait dans l'Oise avec quatre autres adolescents au niveau des pontons d'une base d'aviron. En Île-de-France, un jeune homme de 18 ans a également perdu la vie, mardi, à Cergy, tandis que deux adolescents de 17 ans sont décédés samedi et lundi en Seine-et-Marne.

Face à la diffusion des vidéos tournées dans le canal Saint-Martin, la préfecture de police de Paris a rappelé sur X que "la baignade dans le canal Saint-Martin et l'ensemble des cours d'eau de Paris intramuros est strictement interdite hors zones aménagées". La règle est simple : dans les canaux et la majorité des voies navigables, la baignade est interdite. Dans les rivières, lacs et étangs, elle peut être autorisée, sauf si un arrêté municipal ou préfectoral en dispose autrement.

Les chiffres inquiètent

Car selon les données relayées par la Sécurité civile, les décès par noyade ont augmenté de plus de 14% en 2025 par rapport à l'année précédente. "50% des cours d'eau intérieurs sont l'objet de fameuses noyades. C'est un vrai lieu de tension pour nous", alertait Simon Habart, porte-parole de la Sécurité civile, le 25 mai sur RTL.

"Les adolescents et jeunes adultes figurent parmi les victimes les plus exposées. Mais "9 noyades sur 10 concernent des adultes et pas uniquement des enfants", rappelle-t-il également. "Il ne faut pas se surestimer, surestimer ses capacités. Et il ne faut pas non plus sous-estimer les différents messages de prévention et de vigilance qui sont passés", insiste le porte-parole.

Face à un courant puissant, Simon Habart recommande aussi d'éviter de lutter frontalement : "Le bon conseil que je peux donner, c'est de se laisser emporter, attendre que le cours d'eau se rélargisse pour pouvoir être récupéré sur le bord le plus rapidement possible."

"Être raisonnable"

Même prudence du côté des pompiers. "On ne peut pas empêcher aujourd'hui, malheureusement, les gens d'aller sauter, de se rafraîchir là où parfois il n'y a pas la mer, il n'y a pas des lacs fermés. On n'a pas cette chance-là au niveau de Paris", reconnaît Éric Brocardi.

Mais pour le porte-parole, "le sujet aujourd'hui, c'est d'être raisonnable". "On ne doit pas sauter n'importe où parce qu'on ne mesure pas les profondeurs", insiste-t-il sur RTL. "S'adapter, ce n'est pas interdire. S'adapter, c'est comprendre les enjeux, comprendre les risques et être raisonnable. C'est ça le plus important aujourd'hui.”

Avant chaque baignade, Éric Brocardi recommande également "de s'immerger pas à pas" afin d'éviter les risques d'hydrocution. Le porte-parole conseille aussi de prévenir un proche de l'endroit où l'on se baigne et de garder une personne sur la berge capable d'alerter rapidement les secours en cas de difficulté.

Il alerte enfin sur les plongeons spectaculaires qui se multiplient sur les réseaux sociaux : "On ne mesure pas les risques", regrette-t-il.

Dans les canaux, la baignade est interdite

Chaque année, les Voies navigables de France (VNF), qui gèrent une grande partie des canaux et fleuves navigables du pays, rappellent que "la baignade est strictement interdite dans tous les canaux gérés par VNF, pour des raisons de sécurité et de salubrité". Car sous une eau parfois calme se cachent de nombreux dangers : profondeur trompeuse, courants invisibles, obstacles immergés, végétation aquatique ou encore circulation fluviale.

Au canal Saint-Martin, l'eau atteint parfois seulement deux à trois mètres sous certaines passerelles. Mais le fond peut être encombré de branches, pieux métalliques, vélos, rochers ou algues, explique la Protection Civile Paris Seine à RTL.fr.

À cela s'ajoutent les risques liés aux écluses et barrages, dont les effets d'aspiration peuvent entraîner un nageur sous l'eau en quelques secondes. Les péniches et bateaux représentent également un danger. Contrairement à une voiture, un bateau ne peut ni freiner brutalement ni éviter rapidement quelqu'un tombé à l’eau.

Autre problème majeur : ces baignades sauvages ne sont pas surveillées. En cas de malaise, d'hydrocution ou de noyade, les secours disposent de très peu de temps pour intervenir.

Loire, Rhône… des règles qui varient selon les territoires

En dehors des voies navigables gérées par VNF, les règles dépendent des arrêtés locaux et varient fortement selon les territoires. 

La Loire reste l'exemple le plus emblématique. Depuis 1969, la baignade y est interdite en raison des courants imprévisibles, des bancs de sable mouvants, des obstacles immergés et des variations brutales du débit. La préfecture d'Indre-et-Loire l'a encore rappelé après la mort d'un homme de 24 ans, décédé lors d'une baignade près du pont Wilson à Tours le 25 mai dernier.

Le Rhône présente lui aussi des règles variables selon les secteurs. Si la baignade n'y est pas totalement interdite, très peu de zones sont réellement aménagées ou surveillées. Même chose pour la Garonne, le Rhin ou encore la Meuse. 

Le risque sanitaire aussi dans le viseur

Au-delà du risque de noyade, les autorités sanitaires alertent également sur la qualité de l'eau. Lors des fortes chaleurs, certaines bactéries peuvent proliférer dans les rivières et plans d'eau.

La leptospirose, transmise notamment par l'urine des rongeurs, revient régulièrement dans les campagnes de prévention. Cette maladie peut provoquer de graves atteintes du foie ou des reins, et parfois être mortelle.

D'autres menaces existent : bactéries E. coli, cyanobactéries toxiques, pollution chimique ou déchets immergés invisibles depuis la surface.

Où se baigner plus sûrement ?

La France compte plus de 3.000 sites de baignade officiellement recensés et contrôlés, en eau douce comme en bord de mer. Ces zones font l'objet d'analyses régulières menées par les Agences régionales de santé.

Le ministère de la Santé met à disposition une carte interactive permettant de consulter la qualité sanitaire des eaux, les derniers résultats d’analyse et les éventuelles interdictions.

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