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Jhemima Sheilha, cofondatrice de la chaîne de boulangeries Urban Bakery, dont l'un des magasins a été saccagé le 17 octobre, sur RTL.
Crédit : RTL
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En quelques jours, elle est devenue l'une des incarnations des commerçants qui ont vu leurs boutiques saccagées à Paris en marge du 17 octobre. Invitée sur RTL, Jhemima Sheilha, la cofondatrice de la chaîne de boulangeries Urban Bakery, raconte "une scène de violence inouïe" jeudi 22 octobre, dans son magasin situé près de la place de la République le week-end dernier.
"Mes équipes ont pris la décision d'ouvrir samedi parce que, pour nous, c'était une manifestation comme il y en a des milliers d'autres sur la place de la République. Puis tout a basculé : à partir de 13h, j'ai les premières nouvelles de l'équipe sur place qui m'informent que des manifestants sont venus trouver refuge plutôt dans la boutique parce qu'il commençait à y avoir du désordre", détaille-t-elle, alors que la boulangerie visée avait ouvert il y a deux semaines après cinq ans de travaux.
Après avoir accueilli des manifestants inquiets, le magasin prend la décision de fermer subitement lorsque des gens commence à "s'en prendre aux pierres de la façade", pour s'en servir comme projectiles contre les forces de l'ordre.
À distance, Jhemima Sheilha suit la situation et déplore "une scène d'une violence inouïe, la panique, les premières crises d'angoisse dans la boutique", notamment de la part d'une de ses employées. "On voit ce mouvement de foule qui devient incontrôlable et la police reste statique : que rien ne se passe à part cette violence. Tout ce qui était visible, c'était ce mouvement de foule, ce déchaînement de violence", explique-t-elle.
Ce n'est qu'ensuite, que "les assaillants" sont arrivés en tentant de rentrer par l'immeuble d'à côté. "Grâce à l'aide de notre voisin bijoutier, les salariées ont pu s'échapper et aller trouver refuge. Elles avaient peur pour leur vie à ce moment-là et moi, j'avais peur pour elles. J'étais impuissante", poursuit la patronne, qui a appelé la police.
"On nous a volé nos vies, on a détruit nos entreprises, on a traumatisé nos salariés", déplore-t-elle, alors que la pharmacie de sa rue a également été ravagée. "On avait l'impression d'une guerre civile". Elle explique avoir constaté en se rendant sur les lieux dans la soirée, que "des jeunes venus de banlieue" étaient liés aux pillages. Pour elle, qui a grandi à Sarcelles, le discours selon lequel la misère légitimerait de venir se servir dans des commerces.
"C'est juste inaudible, c'est impensable. C'est une insulte envers tous ceux qui travaillent, tous ceux qui construisent quelque chose. Ils se font honte à eux-mêmes. Ils ont atteint nos commerces, ils nous ont atteint moralement, mais nous sommes debout malgré les blessures, malgré les stigmates. Mais qu'est-ce qu'ils construisent ? C'est ça leur avenir ?", questionne-t-elle à notre micro.
"On ne peut pas réduire la violence à la pauvreté. Il n'y a pas de fatalité. Le déterminisme, pour moi, n'existe pas. Certains naissent et grandissent avec plus de difficultés que d'autres. J'ai fait partie de ces gens-là, mais j'ai fait le choix de m'en sortir", ajoute-t-elle, précisant qu'elle fait partie des commerçants qui ont "rapidement été pris en charge", alors que sa façade est saccagée et son intérieur pillé.
Mais elle redoute les nouvelles manifestations des jours à venir : "J'en ai peur. Je ne sais pas ce qui va se passer. On doit ouvrir, on doit commencer les travaux. Mais qu'est-ce qui va se passer ? Quels moyens on va donner, le gouvernement va donner aux forces de l'ordre pour pouvoir protéger nos commerces ? Est-ce que ça va recommencer ? J'ai vu des commerçants tenter de se défendre eux-mêmes et être passés à tabac. Là, on rentre dans une société d'ultra-violents, d'une société qui n'a plus de valeur, d'une société qui n'a plus de cohésion, qui ne peut plus vivre ensemble", juge-t-elle.
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