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Dominique Cottrez aux assises pour le meurtre de huit enfants

Dominique Cottrez comparaît ce jeudi devant les assises du Nord pour avoir tué huit bébés à la naissance. Elle encourt la réclusion à perpétuité.

Dominique Cottrez au centre avec les lunettes, le 28 septembre 2010 (archives).
Dominique Cottrez au centre avec les lunettes, le 28 septembre 2010 (archives).
Crédit : AFP
La rédaction numérique de RTL & AFP

Assassinats ou désespoir ? Le procès de Dominique Cottrez qui s'ouvre ce jeudi 25 juin devant la cour d'assises du Nord devra statuer sur le sort de cette mère de 51 ans qui a assassiné huit nouveaux-nés à partir de 1989 et le cacher à sa famille pendant plus de 20 ans. Un procès qui devrait s'avérer d'autant plus complexe que les experts dressent un portrait psychologique contrasté de cette femme. Ainsi, Dominique Cottrez avait-elle conscience de commettre des crimes ou était-elle soulagée de cette sorte d'avortement tardif?

Son macabre secret a été découvert par hasard, le 24 juillet 2010 alors que Léonard Mérieux, qui vient de racheter la maison des parents de Dominique Cottrez, déterre alors qu'il bêche dans son jardin de Villers-au-Tertre, dans le Nord, deux cadavres de nourrissons. Interrogée par la police, l'aide-soignante alors âgée de 46 ans, indique avoir stocké chez elle d'autres corps de bébés tués à la naissance, sans pouvoir dire combien. Au final, les enquêteurs en trouveront six autres, entreposés dans le panier à linge, les placards et le garage de la maison familiale.

Indifférence généralisée

Comment a-t-elle pu cacher ses huit grossesses à son entourage, notamment à ses deux filles et son mari, Pierre-Marie Cottrez ? Si la question a été l'un des grands volets de l'instruction, elle a finalement conclu à un non-lieu les concernant. Il s'avère que Dominique Cottrez, dont l'obésité aurait rendu toute grossesse indécelable, même pour les médecins, était très bien organisée.

À partir de 1989, à chaque grossesse, prenant des congés ou profitant des déplacements professionnels de son mari, Dominique Cottrez se rendait dans la salle de bains où étaient préparées des serviettes, pour y accoucher et étrangler à mains nues le nouveau-né, qu'elle plaçait ensuite dans un sac-poubelle. À leur domicile, la fenêtre de la chambre des parents, où étaient entreposés plusieurs des cadavres, était souvent ouverte pour aérer. La gestion du foyer, essentiellement dévolue à la mère, aurait permis une certaine indifférence généralisée : "Du moment qu'elle préparait bien la gamelle du mari, ça suffisait. C'est terrible à dire mais c'était une bonne mère", décrypte Me Yves Crespin, avocat de l'association L'Enfant bleu-Enfance maltraitée, partie civile au procès.

Qu'on ne parle pas de déni de grossesse, c'est un déni d'enfant

Me Marie-Hélène Carlier, avocate de Dominique Cottrez
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Au cours des auditions, Dominique Cottrez a par ailleurs invoqué l'humiliation de sa première grossesse connue, ou encore la crainte que les bébés soient de son propre père, avec qui elle aurait entretenu une relation incestueuse depuis l'enfance jusqu'à sa mort en 2007. Interviewée par la Voix du Nord, Dominique Cottrez se défendait: "Chaque fois, j'espérais que le bon Dieu fasse quelque chose, un miracle. Que quelqu'un me dise 'tiens, tu es enceinte'. Peut-être que j'aurais parlé, que ça m'aurait fait un déclic et qu'on m'aurait soignée".

"Elle mettait au monde non pas des bébés mais des bouts d'elle-même, dont toutefois elle ne pouvait se séparer", analyse Me Marie-Hélène Carlier, l'un de ses avocats. Elle rappelle d'ailleurs que Dominique Cottrez avait gardé les corps près de son lit pendant de nombreuses années et compte plaider la "dénégation de grossesse". "Qu'on ne parle pas de déni de grossesse, c'est un déni d'enfant : madame Cottrez a utilisé l'assassinat comme moyen de contraception", assure l'avocate. Le passage à la barre des experts, qui ont divergé sur ce thème pendant l'instruction, devrait être un moment clé du procès.

Le mari et les deux filles probablement partie civile

"On voudrait comprendre car juger c'est comprendre, mais au bout du compte on n'aura pas compris grand-chose et la seule certitude avec laquelle on sortira sera les actes commis", prédit de son côté Me Rodolphe Costantino, conseil de l'association "Enfance et partage", constituée partie civile. Pour l'avocat, il s'agit dès lors d'éviter "deux écueils" face à ces infanticides "presque ritualisés": "le sentiment de révolte absolue disant 'si les mères tuent leurs propres enfants comme des animaux, c'est la fin de l'humanité'; et le mouvement compassionnel disant : 'il faut être tellement en souffrance pour en arriver là'".

Pierre-Marie Cottrez et les deux filles du couple se constitueront probablement partie civile, prévient leur avocat, Pierre-Jean Gribouva : "Les associations, qui tiendront un discours qui va rejoindre celui du ministère public, n'ont pas plus de légitimité que la famille".

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