3 min de lecture Attentats à Paris

Attentats sur les Champs-Élysées : pourquoi l'alerte attentat SAIP n'a pas été déclenchée

Mise en place par le gouvernement avant l'Euro de football pour alerter les populations en cas d'attentat, l'application SAIP n'a pas été utilisée jeudi soir après l'attaque qui a tué un policier sur les Champs-Élysées.

Lancée dans l'urgence pour l'Euro 2016, l'application SAIP aurait coûté 400.000 euros à l'État
Lancée dans l'urgence pour l'Euro 2016, l'application SAIP aurait coûté 400.000 euros à l'État Crédit : AFP
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Benjamin Hue
Journaliste RTL

Pas de dysfonctionnement mais une décision délibérée des autorités. Le Système d'alerte et d'information des populations, connu sous le nom d'application SAIP "Alerte attentat", n'a pas été déclenché dans la foulée de l'attaque qui a coûté la vie à un policier et en a blessé deux autres sur l'avenue des Champs-Élysées, à Paris, peu après 21 heures, jeudi 20 avril. Contacté par RTL.fr ce vendredi 21 avril, le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Pierre-Henry Brandet, a expliqué qu'il s'agissait d'un "choix assumé de la préfecture de police qui a décidé de ne pas déclencher l'application car la situation a été figée rapidement et le bouclage du périmètre suffisamment important". Après avoir tiré sur des policiers stationnés en haut de a plus célèbre artère de la capitale, l'assaillant a été immédiatement abattu par un tir de riposte.

L'application SAIP est un vecteur parmi d'autres

Quelques minutes après l'attentat, de nombreux internautes se sont interrogés sur l'efficacité d'un dispositif censé alerter ses utilisateurs en cas de suspicion d'attentat. Seule la mention "aucun incident en cours" était alors affichée sur l'écran d'accueil de l'application tandis que les comptes officiels de la préfecture de police et du ministère de l'Intérieur informaient les internautes sur les réseaux sociaux. "SAIP est un vecteur parmi d'autres", explique Pierre-Henry Brandet. "L'information peut être diffusée par voie de presse ou par les réseaux sociaux, via les comptes de la préfecture de police ou du ministère de l'Intérieur. L'important, c'est que l'information soit diffusée, d'une manière ou d'une autre".

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Réalisée dans l'urgence pour le début de l'Euro 2016 de football moyennant 400.000 euros, l'application "Alerte attentat" permet d'être informé par des notifications en cas d'événement majeur (attentat, accident nucléaire, etc.), de bénéficier de conseils comportementaux géolocalisés et de relayer les messages d'alertes sur les réseaux sociaux. Pour recevoir les alertes, l'utilisateur peut accepter la géolocalisation ou sélectionner les régions qu'il souhaite suivre. Les alertes sont décidées par les préfets de police, en fonction des éléments en leur possession, puis relayées dans un rayon pouvant aller de quelques hectomètres à tout un département.

L'application SAIP avait été déclenchée lors de l'attaque contre un lycée à Grasse le 16 mars 2017
L'application SAIP avait été déclenchée lors de l'attaque contre un lycée à Grasse le 16 mars 2017 Crédit : Capture d'écran

Le recours à SAIP n'est pas systématique. Les autorités privilégient cette solution "lorsqu'il y a une incertitude et que la situation n'est pas encore stabilisée", précise Pierre-Henry Brandet, rappelant qu'"elle a parfaitement fonctionné à Grasse récemment". Le 16 mars, un adolescent avait ouvert le feu dans son lycée de Grasse, dans les Alpes-Maritimes, entraînant le déclenchement de l'alerte attentat sur les smartphones équipés de l'application. À l'inverse, l'alerte n'avait pas été déclenchée le 3 février lors de l'attaque survenue au Carroussel du Louvre, les autorités avaient utilisé Twitter pour prévenir les personnes du danger et de l'évolution de la situation.

Un dispositif à l'efficacité décriée

Mais le dispositif a aussi connu plusieurs couacs qui ont largement entamé la confiance des utilisateurs. Son retard à l'allumage après l'attentat à Nice le 14 juillet dernier avait été abondamment déploré. Ce soir-là, l'application n'avait informé la population que deux heures après la tragédie en raison d'un problème technique rencontré par son prestataire. Les réseaux sociaux avaient alors une nouvelle fois fait office de canaux d'information privilégiés pour relayer les messages des autorités. 

Deux mois plus tard, SAIP s'était montré très prompt à déclencher l'alerte attentat après un appel à la police avertissant d'une prise d'otages dans une église dans le premier arrondissement de Paris. L'application avait alors annoncé un attentat, avant de revenir sur l'information qui s'était finalement avérée fausse. De nombreux internautes avaient alors reproché un emballement anxiogène du dispositif. Pierre-Henry Brandet avait de son côté fait valoir le principe de précaution dans le contexte de menace terroriste : "tant que la levée des doutes n'a pas été effectuée, il est essentiel que l'on puisse donner les informations à la population et que les forces de l'ordre puissent effectuer les vérifications nécessaires".

Des solutions envisagées pour l'améliorer

Même si les autorités assurent que SAIP reste une application efficace si elle est déclenchée à bon escient, plusieurs solutions sont envisagées pour la renforcer. Le député socialiste Luc Belot porte depuis plusieurs mois un projet visant à compléter le dispositif par des SMS géolocalisés envoyés par les opérateurs. Cette solution présente l'avantage de cibler une population plus large et plus précisément que SAIP, qui a besoin d'être installé au préalable sur un smartphone pour fonctionner. Selon l'élu du Maine-et-Loire, le gouvernement est ouvert à cette éventualité ainsi qu'à la possibilité de recourir à la diffusion cellulaire, un système permettant d’envoyer des messages à tous les utilisateurs situés dans le périmètre couvert par une antenne-relais.

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Attentats sur les Champs-Élysées : pourquoi l'alerte attentat SAIP n'a pas été déclenchée
Mise en place par le gouvernement avant l'Euro de football pour alerter les populations en cas d'attentat, l'application SAIP n'a pas été utilisée jeudi soir après l'attaque qui a tué un policier sur les Champs-Élysées.
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2017-04-21 10:53:00
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