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Remaniement : entre Macron et Philippe, Le Maire traverse une mauvaise passe

DÉCRYPTAGE - À l'approche d'un possible remaniement, Bruno Le Maire apaise ses relations avec Emmanuel Macron et Édouard Philippe.

Bruno Le Maire à l'Assemblée nationale, le 1er novembre 2017 Crédit : CHAMUSSY/SIPA
MariePierreHaddad75
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Ils étaient engagés dans les rangs du même parti politique et désormais ils sont dans le même gouvernement, mais ça s'arrête là. Entre Édouard Philippe et Bruno Le Maire, les relations semblent compliquées. L'approche d'un remaniement après l'élection de Christophe Castaner à la tête de La République En Marche apaise toutefois la situation. 

Un collaborateur d'Édouard Philippe confie dans Le Journal du Dimanche que "Bruno est bon. Il a un peu de mal à se départir de son côté mouche du coche et de ses méthodes de politique à l'ancienne, mais il apprend. On a décidé de le défendre". Si Matignon a décidé de jouer l'apaisement, c'est parce que les remontrances contre Bruno Le Maire ce sont enchaînées depuis juillet. L'été dernier, le chef du gouvernement a recadré son ministre car ce dernier avait annoncé la cession de 10 milliards d'actifs de l'État dans les entreprises publiques.

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"N'est pas recadré celui qu'on croit"

À ses conseillers, Édouard Philippe aurait alors confié : "Le ministre de l'Économie et des Finances s'est fait recadrer par le Président. C'est normal. Il n'a pas joué collectif. Il essaie en outre, de provoquer une division entre Macron et moi, mais c'est un exercice illusoire". Le Premier ministre aurait indiqué que "Bruno Le Maire a toujours un côté perso. Dans ses interviews, il dit toujours 'je', alors que je dis toujours 'nous'. Maintenant, le recadrage est fait. Il s'est pris un revers et c'est terminé". 

Quelques semaines plus tard, début septembre, le chef du gouvernement enfonce toutefois le clou. Invité de Questions Politiques sur France info, France inter et Le Monde, il le recadre une nouvelle fois : "Non, je suis exactement sur la ligne que je viens de vous indiquer qui, comme c’est moi qui la formule, est la ligne du gouvernement". Selon Le Journal du Dimanche, il existerait encore une histoire sous-jacente à celles racontées précédemment. Pour cela, il faut remonter le temps au 4 juillet dernier. Le Premier ministre tient son discours de politique générale et annonce le report de la "mise en oeuvre des réformes de la taxe d'habitation et de l'ISF. 

"Le 9, Bruno Le Maire charge les siens de faire savoir que le Président a in extremis 'contre-arbitré', comme ils disent. Le 10, nombre de journaux racontent que Le Maire a convaincu Macron d'écouter les milieux économiques. Représailles le lendemain dans Les Échos : 'N'est pas recadré celui qu'on croit', écrit l'éditorialiste politique qui explique en citant 'plusieurs sources' que Macron 'n'aurait pas apprécié la volonté de son ministre de mettre un coin entre Philippe et lui'", raconte le journal.

Il a "un côté serpent qui s'apprête à mordre"

Le Canard Enchaîné daté du 1er novembre raconte que "le chef de l'État ne décolère pas, en privé depuis dix jours, contre Bruno Le Maire". Pourquoi ? Le ministre de l'Économie et des Finances a "chargé l'Inspection générale des finances d'une enquête sur le processus de décision de la taxe sur les dividendes", peut-on lire. Un conseiller de l'Élysée indique : "En prenant cette initiative sans en référer au Président, Bruno Le Maire ne pouvait ignorer qu'à l'époque où cette taxe a été créée, à l'été 2012, Emmanuel Macron était secrétaire général adjoint de l'Élysée, chargé des dossiers fiscaux. Comme il ne peut ignorer qu'il est un ancien de l'Inspection générale des finances".

Toujours dans Le Canard Enchaîné, il ajoute qu'en "prenant une telle décision, Bruno Le Maire, qui est lui-même un ancien haut fonctionnaire, ne pouvait ignorer qu'il allait placer dans une situation fort gênante les inspecteurs généraux qui dépendent de son administration et qui vont devoir rédiger un rapport sur leur ancien collègue devenu chef de l'État".

Cette brouille entre Bruno Le Maire et Emmanuel Macron est venue s'ajouter à d'autres reproches faits par le président de la République. Il "n'avait pas du tout apprécié que Le Maire voyage beaucoup à l'étranger au lieu de défendre à Paris sa politique économique", explique le journal. D'après des propos rapportés par un conseiller, le chef de l'État aurait lâché que son ministre était "un être sournois qui a toujours peur d'assumer une décision dont il sait qu'elle peut nuire à son image. Il a un côté serpent qui s'apprête à mordre"

"Une villepinite avancée doublée d'une sarkozyte aiguë"

Sur l'épisode de la cession de 10 milliards d'actifs de l'État dans les entreprises publiques, Matignon indique : "Comme Villepin, il est obsédé par la métaphysique de l'audace : ce qui n'est pas flamboyant ne mérite pas d'exister. Comme Sarkozy il croit que dire, c'est faire. Édouard est beaucoup plus rationnel, plus prudent, moins cynique. Le Maire, c'est un cynisme absolu. Et il est incapable d'autodérision, alors que l'ADN des philippistes, c'est l'humour. Le Maire est encombré de son moi. Ça amuse Édouard de voir que Bruno ne peut pas rentrer dans son bureau sans se demander comment il le redécorera. C'est devenu une petite blague entre nous".

Et de nuancer : "Cette interview, elle a été relue par nous et par l'Élysée !". Un proche du Premier ministre indique que "Le Maire est imbibé des années 2000. Il est atteint d'une maladie rare : une villepinite avancée doublée d'une sarkozyte aiguë". 

Lorsque sont évoquées les tensions possibles entre le Premier ministre et le ministre de l'Économie, ce dernier indique toutefois au Journal du Dimanche que "ça c'est du calage. C'est des moments où on n'a pas toujours les bons réflexes. On a appris à se connaître. Dans l'équation à trois - Édouard Philippe, le Président et moi -, on a trouvé un équilibre". Il ajoute : "J'assume la différence de tempérament avec Édouard : il a une distance et une sagesse qui ne sont pas les miennes. Moi, je pousse toujours à la roue. J'ai la volonté toujours d'en remettre dans la balance et parfois c'est trop. Chez Emmanuel Macron, il y a les deux. Il peut vous donner des injonctions dans les deux sens".

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2017-11-15 07:10:00
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