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Décès de Simone Veil : ses derniers combats politiques

ÉCLAIRAGE - Depuis sa dernière expérience gouvernementale, en 1995, Simone Veil s'est exprimée à quelques reprises pour faire valoir son opinion sur des sujets éminemment politiques et sociétaux.

Simone Veil à Deauville le 15 octobre 2005
Simone Veil à Deauville le 15 octobre 2005 Crédit : MYCHELE DANIAU / AFP
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Julien Absalon
Journaliste RTL

De l’héritage politique de Simone Veil, s’il ne faut retenir qu’une seule richesse, la France se souviendra de son combat pour la dépénalisation de l’intervention volontaire de grossesse (IVG), abouti grâce à la loi du 17 janvier 1975. Première femme à devenir ministre d’un gouvernement de la Ve République, en ayant en charge le portefeuille de la Santé entre 1974 et 1979, son dévouement pour la vie de la cité se traduit jusqu’en 1995 par trois mandats successifs de députée, deux ans de présidence du Parlement européen et un retour au plus près du pouvoir français en tant que ministre d’État de 1993 à 1995.

Au terme de cette dernière expérience, venant mettre un point d’orgue à 21 ans de carrière active au service de la nation, la magistrate de profession avait pris ses distances avec la machine permanente de la politique, notamment en devenant une Sage du Conseil constitutionnel. Durant plusieurs années, elle se fait par conséquent plus discrète dans le débat public. La maxime est pourtant réputée : chassez le naturel, il revient au galop. De son dernier jour dans une équipe gouvernementale à son décès, survenu à l'âge de 89 ans et annoncé vendredi 30 juin 2017, Simone Veil ne manque pas de monter au créneau pour ses derniers combats politiques.

Pour la mémoire de la Shoah

S’il y a bien une bataille qu’elle n’a jamais cessé de mener, c’est sans doute celle pour le souvenir du génocide de la Seconde guerre mondiale. Rescapée du camp d’Auschwitz, présidente de 2000 à 2007 de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, avant d’en devenir la présidente d’honneur, Simone Veil s’est evertuée à veiller que les futures générations prennent conscience des atrocités commises durant les heures les plus sombres de l’Histoire. Le 27 janvier 2005, à travers un texte écrit spécialement pour la “Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste”, Simone Veil interpelle les enseignants sur le “devoir exigeant et difficile” d’enseigner la Shoah et son processus : “La mémoire de la Shoah nous oblige, en effet, à rester vigilants, non seulement pour les juifs, mais pour tous ceux qui sont victimes d’ostracisme en raison de leur identité, de leur éthnie ou de leur religion”.

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Issue d’une famille décimée par le régime nazi, Simone Veil a aussi veillé à limiter l’instrumentalisation politique autour de la Shoah. En février 2008, elle n’avait pas hésité à partager sa stupéfaction à propos d’une proposition du président Nicolas Sarkozy, souhaitant “confier la mémoire” d’une enfant français victime de la Shoah à chaque élève de CM2. “À la seconde, mon sang s’est glacé. (...) C’est inimaginable, insoutenable, dramatique et, surtout, injuste. On ne peut pas infliger cela à des petits de dix ans. On ne peut pas demander à un nefant de s’identifier à un enfant mort. Cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter”, s’indiginait-elle. L’idée ne sera finalement jamais mise en oeuvre.

Pour le "oui" en 2005

Nonobstant son devoir de réserve que lui incombait sa fonction à la rue de Montpensier, Simone Veil s’était prononcée en faveur du “oui” lors du référendum de 2005 sur la Constitution européenne. Refusant de démissionner malgré les critiques liées à sa prise de position, l’ancienne ministre avait fait le choix de se mettre en congé de l’institution afin de pouvoir mettre sur la table, notamment lors de débats télévisés, ses convictions de pro-UE convaincue.

Deux ans plus tard, dans son autobiographie Ma vie, elle qualifiera de “catastrophique” la victoire du non, tout en fustigeant la décision “purement politique” voire “politicienne” de Jacques Chirac d’avoir décidé de faire appel à la vérité des urnes plutôt que le vote du Parlement. “Le président pensait que le référendum mettrait en difficulté l'opposition, ce qui s'est d'ailleurs avéré, mais son principal résultat fut autre : la manoeuvre se retourna en boomerang contre son auteur, et l'Europe entra, du fait de la France, dans une longue parenthèse de paralysie institutionnelle et fonctionnelle, tandis que l'Elysée, le gouvernement et le pays se retrouvaient durablement affaiblis”.

Soutien n°1 de Sarkozy en 2007

Simone Veil avec Nicolas Sarkozy, le 6 avril 2007
Simone Veil avec Nicolas Sarkozy, le 6 avril 2007 Crédit : DOMINIQUE FAGET / AFP

Profitant de l’achèvement de son mandat de neuf ans au Conseil constitutionnel, un nouveau retour sur le devant de la scène politique s’opère le 8 mars 2007. En pleine campagne présidentielle, Simone Veil affiche publiquement son ralliement pour Nicolas Sarkozy, dont elle éprouve une “admiration” et loue sa “capacité de travail” et son “intérêt pour les autres”. À l’époque femme préférée des Français, elle va jusqu’à prendre la présidence du comité de soutien de celui qu’elle avait côtoyé au sein du gouvernement Balladur, lorsque l’intéressé était secrétaire d’État au Budget.

À l’occasion de cette campagne, celle qui considère “appartenir (...) à un centre qui existe au sein de l’UMP” brocarde à tout va les concurrents de Nicolas Sarkozy. Ségolène Royal ? “Inconsistante, plus floue dans ses jugements bien que plus entêtée jusque dans l’erreur”. François Bayrou ? “Je ne suis pas socialiste et Bayrou, c’est pire. C’est le pire de tous. Tout ce qu’il a été capable de faire lorsqu’il était ministre de l’Éducation nationale, c’est de mettre un million de personnes dans la rue”, lâche-t-elle dans une interview à Marianne. Sur ce dernier, elle va même jusqu’à renchérir dans son livre : “Le personnage de meure incompréhensible si l’on ne tient pas compte de cette donnée essentielle : il est convaincu qu’il a été touché par le doigt de Dieu pour devenir président. (...) Comme tous ceux qui sont atteints de ce mal, il se figure les autres à son image : intrigants et opportunistes”.

Mais plus de trente ans après son entrée en politique, ce n'est pas sa proximité avec Nicolas Sarkozy qui la prive de sa liberté de ton. Dix jours après l’officialisation de son soutien, elle critique la proposition de créer un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale. “Je n’ai pas du tout aimé cette formule très ambiguë. J’aurais préféré parler d’un ministère de l’Immigration et de l’Intégration”.

Ses réserves sur le mariage pour tous

Après la campagne de 2007, l'académicienne se fait à nouveau discrète. En octobre 2012, elle revient dans le giron du centre droit en acceptant de soutenir l'UDI de Jean-Louis Borloo. Puis quelques mois plus tard, le 14 janvier 2013, Simone Veil surprend l'opinion. Une photographie de BFMTV la montre, accompagnée de son époux Antoine Veil, défilant au sein du cortège de la "Manif pour tous" contre l'ouverture du mariage aux couples de personnes du même sexe.

Peu après la publication du cliché, l'entourage de Simone Veil prend soin de minimiser l'importance de ce cliché. "Les manifestants sont passés en bas de chez eux, Simone Veil et son mari son brièvement descendus les saluer", précisait au Lab la responsable de son secrétariat particulier. Ce geste ne valait "pas adhésion" mais traduisait en revanche "les réserves de Simone Veil" concernant le droit à l'adoption pour les couples homosexuels, ajoutait son entourage au Huffington Post. Depuis cette dernière sortie, Simone Veil semblait s'être définitivement retirée de la sphère politique publique.

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2017-06-30 11:25:00
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