3 min de lecture Procès

Procès Jawad Bendaoud : "Monsieur Soumah ne savait rien", plaident ses avocats

RÉCIT - Les avocats de la défense ont plaidé la relaxe de Mohamed Soumah mardi 6 février. Il est poursuivi, avec Jawad Bendaoud, pour recel de malfaiteurs terroristes.

Mohamed Soumah dans le box des accusés à côté de Jawad Bendaoud est jugé pour recel de malfaiteurs terroristes, ici le 24 janvier 2018
Mohamed Soumah dans le box des accusés à côté de Jawad Bendaoud est jugé pour recel de malfaiteurs terroristes, ici le 24 janvier 2018 Crédit : BENOIT PEYRUCQ / AFP
Ceciledeseze75
Cécile De Sèze
Journaliste RTL

Mohamed Soumah savait-il qu'il mettait en relation les terroristes du 13 novembre avec Jawad Bendaoud ? Le procureur de la République ne le croit pas. C'est ce qu'il a affirmé dans son réquisitoire prononcé le 6 février dans la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Pour lui, les deux prévenus poursuivis pour recel de malfaiteurs terroristes n'étaient pas au courant du profil jihadiste des fuyards. 

"Pour moi, il n'y a pas suffisamment d'éléments pour affirmer avec certitude que Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah savaient qu'ils apportaient leur soutien à des terroristes", a expliqué le ministère public. Il n'a pas requis la peine maximale de six ans, mais quatre ans de réclusion. Les avocats de Mohamed Soumah vont plus loin et plaident la relaxe de leur client.

Le doute réside dans ses conversations avec Hasna Aït Boulahcen, la cousine d'Abdelhamid Abaaoud. Lui a-t-elle dit qui était les personnes à héberger ? Jusqu'où était-il au courant ? Et l'avocate Anne-Hélène Ricaud, après une anaphore poignante ("J'ai dû me taire quand..."), d'argumenter : "C'est au ministère public de le prouver, pas à nous de démontrer le contraire". 

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À quel moment nous avions la preuve qu'il le savait ? Jamais

Maître Anne-Hélène Ricaud, avocate de Mohamed Soumah
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Elle s'applique tout de même à le faire en reprenant étape par étape les échanges et contacts entre Mohamed Soumah et Hasna Aït Boulahcen. "Ils se sont vus deux fois, est-ce que si elle n'a rien dit à la première rencontre, elle va dire quelque chose à la deuxième ?" Elle reprend aussi le témoignage de Sonia (le prénom a été modifié), la logeuse d'Hasna aït Boulahcen qui a permis l'arrestation des deux terroristes en appelant la police. 

"Une heure et demi avant qu'Hasna ne voit Mohamed Soumah, les policiers savaient qu'Abdelhamid Abaaoud était en France", car Sonia les a appelés pour leur dire. Donc "dire qu'ils ont aidé à la fuite des terroristes, c'est faux", argumente encore maître Anne-Hélène Ricaud.

Mohamed Soumah n'est qu'un pion

Maître Anne-Hélène Ricaud, avocate de Mohamed Soumah
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"À quel moment nous avions la preuve qu'il le savait ? Jamais. Personne n'est au courant du rôle qu'il joue parce qu'il ne le sait pas. Il n'a aucune idée dans quoi il s'est embarqué, ce n'est qu'un pion", poursuit-elle dans sa plaidoirie.

L'avocate de Mohamed Soumah démontre aussi que son client avait une réelle envie de séduire son interlocutrice décrite par plusieurs prévenus comme "toxico" et "un peu fofolle". Il l'a dit lors de son interrogatoire, il voulait "la baiser". "En garde à vue, Monsieur Soumah avait dit à la personne qui l’interrogeait : 'Quand une femme est dans le besoin j’ai envie de l’aider'. Oui moi je le crois", poursuit l'avocate.

La question en suspend, c'est celle de l'attitude du prévenu après l'assaut. Après qu'il ait envoyé à Jawad Bendaoud ce message : "C'est une dinguerie. Il se passe quoi poto?", Mohamed Soumah ne s'est pas rendu à la police pour s'expliquer. Il a attendu qu'elle vienne à lui. 

Et pour son avocate, c'est la preuve qu'il n'a pas cherché à se dissimuler : "C'est vrai, il n'a pas le courage d'aller à la police. Il ne se rend pas. C'est son plus grand tort. Mais je ne peux pas dire qu'il s'est caché, ce n'est pas vrai. Il n'avait pas pris la fuite, il n'a pas changé de pays, il a été interpellé à son domicile".

Je vous demande d'aller au bout du dossier et de relaxer M. Soumah

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Anne-Hélène Ricaud conclut : "Au fur et à mesure, ce dossier se dégonfle. Il était mis en examen comme complice des terroristes, puis on le renvoie devant votre tribunal (correctionnel, ndlr). Et on dégringole, il n'y a plus rien, on se raccroche au criminel. Alors moi je vous demande d'aller au bout du dossier et de relaxer M. Soumah". 

Ce que font également ses deux autres défenseurs : "On vous a dit que ce jugement serait scruté, dans le monde entier. Moi je vous demande de faire comme s'il n'y avait pas de micro, pas de caméra, comme si le box des journalistes était vide" et de ne pas "condamner un innocent".

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2018-02-07 12:39:19
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