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États-Unis : 4 questions pour comprendre l'enquête sur l'ingérence russe

ÉCLAIRAGE - Le procureur spécial a donné un tournant à cette enquête sur les contacts entre la Russie et des ex-conseillers de Donald Trump.

Vladimir Poutine avec Donald Trump lors d'un sommet du G7, à Hambourg le 7 juillet 2017
Vladimir Poutine avec Donald Trump lors d'un sommet du G7, à Hambourg le 7 juillet 2017 Crédit : SAUL LOEB / AFP
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Julien Absalon
et AFP

L'enquête sur les ingérences russes dans la campagne présidentielle américaine s'accélère. Lundi 30 octobre, le procureur spécial Robert Mueller a mis en accusation trois membres de l'équipe de campagne de Donald Trump : son ex-directeur Paul Manafort, l'associé de ce dernier et un conseiller, George Papadopoulos, ayant menti sur ses contacts avec Moscou. Ces premières poursuites pénales marquent une accélération de ces investigations qui empoisonnent la Maison Blanche.

Au lendemain de ces inculpations, Moscou a démenti à nouveau toute ingérence. Il n'y a "pas une seule preuve", a affirmé à la presse le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a de son côté dénoncé des accusations "absolument ridicules, gratuites et sans fondement".

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Ce tournant dans l'enquête intervient à quelques jours du premier anniversaire de l'élection de Donald Trump. Elles surviennent aussi avant le coup d'envoi, au Congrès, d'auditions très sensibles de responsables des trois réseaux sociaux Facebook, Twitter et Google devant les commissions parlementaires qui enquêtent sur l'affaire russe. 

1. Quelle est l'origine de l'enquête ?

En octobre 2016, soit un mois avant le scrutin de la présidentielle, les agences américaines de renseignement accusent la Russie d'avoir piraté et diffusé des emails de proches conseillers de la démocrate Hillary Clinton dans le but de la discréditer. Le 6 janvier, ces mêmes agences publient un rapport affirmant que le président russe Vladimir Poutine se trouvait derrière cette interférence. Plusieurs enquêtes sont lancées, aussi bien du côté des autorités fédérales que des parlementaires.

Rapidement, les investigations convergent vers l'entourage de Donald Trump. Le 13 février 2017, Michael Flynn doit démissionner de son poste de conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump pour avoir menti sur des discussions avec l'ambassadeur russe aux États-Unis. En mai, le directeur du FBI James Comey est brutalement limogé par Donald Trump. Le chef de la police supervisait une enquête sur les contacts entre les membres de l'équipe du républicain et le gouvernement russe. Le 17 mai, l'enquête est reprise par Robert Mueller, qui fut lui aussi directeur du FBI. L'homme est nommé procureur spécial par le ministère de la Justice, avec des pouvoirs élargis et une indépendance renforcée.

En parallèle, Facebook et Twitter reconnaissent que des comptes liés à des intérêts russes avaient publié des contenus sponsorisés ayant servi à diffuser de fausses informations et à manipuler l'opinion publique. Ces tentatives ont été beaucoup plus vastes qu'initialement estimé, selon plusieurs sources. 

2. Qu'est-il reproché à Paul Manafort ?

Ce stratège républicain de 68 ans a dirigé la campagne de Donald Trump de juin à août 2016. Il a démissionné, avant l'élection, à cause de révélations selon lesquelles il faisait l'objet d'une enquête pour avoir reçu plusieurs millions de dollars de l'ex-président ukrainien pro-russe, Viktor Ianoukovitch. Tout comme son associé Richard Gates, il fait l'objet de 12 chefs d'inculpation, parmi lesquels complot contre les États-Unis, blanchiment, fausses déclarations et non déclaration de comptes détenus à l'étranger. 

Mais l'acte d'inculpation de 31 pages contre Paul Manafort ne suggère pas de collusion entre l'équipe du candidat républicain et les autorités russes. Il menait toutefois des activités de conseil auprès d'oligarques milliardaires liés à Moscou. Il a également participé à une réunion de Donald Trump Jr. avec une avocate russe liée au Kremlin qui voulait offrir à l'équipe de campagne des informations préjudiciables sur Hillary Clinton, en juin 2016, dans la Trump Tower. 

3. Qu'est-il reproché à George Papadopoulos ?

Ancien conseiller chargé des questions de politique étrangère au sein de l'équipe de campagne de Donald Trump, il a plaidé coupable d'avoir menti aux enquêteurs du FBI. Avec ses fausses déclarations datant d'un premier interrogatoire en janvier 2017, il a tenté de cacher ses contacts approfondis avec des intermédiaires russes, selon l'accusation. 

Auprès des Russes, il avait appris que Moscou détenait "de quoi salir" Hillary Clinton, sous la forme de milliers d'emails. Depuis juillet 2017, date à laquelle il a été secrètement arrêté, l'homme coopère avec les enquêteurs.

4. Donald Trump peut-il être inquiété ?

Le soupçon fondamental de savoir si, oui ou non, l'équipe de Trump s'est concertée avec Moscou pour influer sur le résultat du scrutin, s'est trouvé à la fois renforcé et affaibli par les récents développements. Si des liens ou des relations peuvent avoir existé entre des membres de la campagne de l'actuel président américain et la Russie, une collusion directe destinée à influencer la présidentielle semble à cette heure loin d'être prouvée. Les accusations de conspiration contre Paul Manafort et son associé n'ont "rien à voir avec Trump", souligne notamment Corentin Sellin, spécialiste de la politique américaine.

Plus que les accusations contre Manafort, c'est sans doute l'accusation de George Papadopoulos qui semble plus embarrassante pour Donald Trump car le procureur spécial a fait savoir que l'intéressé avait accepté de coopérer. La porte-parole de la Maison Blanche, Sarah Huckabee-Sanders, s'est d'ailleurs employée à relativiser le rôle "extrêmement limité" de George Papadopoulos, qu'elle a présenté comme un "bénévole" faisant partie d'un petit comité consultatif. Elle a par ailleurs dit s'attendre à ce que le procureur spécial boucle rapidement son enquête, sans préciser sur quoi elle fondait cette conviction.

"Il n'y a AUCUNE COLLUSION!", a en tout cas réagi Donald Trump sur Twitter. Le président des États-Unis dénonce depuis des mois une "chasse aux sorcières" destinée à détourner l'attention des méfaits commis par sa rivale démocrate Hillary Clinton. 

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2017-11-01 06:55:00
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