Crise agricole : que valent les mesures de Manuel Valls ?

REPLAY / ÉDITO - Le Premier ministre a annoncé mercredi 17 février une baisse de sept points des cotisations sociales de tous les agriculteurs. Pas sûr que cela suffise à calmer les tensions de la profession.

Manifestation d'agriculteurs à Rennes, le 17 février 2016 >
Crise agricole : que valent les mesures de Manuel Valls ? Crédit Image : SIPA / Sébastien Salom-Gomis | Crédits Média : RTL | Durée : | Date :
1/

Parmi les annonces de Manuel Valls figure une mesure structurelle : la baisse forte des charges sociales, qui auront donc été réduites de 40% depuis un an. Ça, c'est utile. Cela va d'ailleurs coûter cher : plusieurs centaines de millions d'euros par an. Cela va aider les exploitations françaises dans la concurrence européenne, qui bénéficie de coûts du travail moins élevés que chez nous. L'autre volet du plan Valls, c'est un simple report d'échéance financière, ce qu'on appelle une"année blanche". Elle est réservée aux agriculteurs à faibles revenus. Cela ne résout absolument rien, puisque ces traites ne sont que repoussées.

Le problème principal, ce que nos prix de revient sont trop élevés, dans la viande par exemple. Le kilo de porc "made in France" coûte, à produire, pas loin d'1,40 euro, alors que le prix du marché, fixé par l'offre et la demande, notamment en fonction des prix de vente à l'étranger, est 15% inférieur. Les producteurs frais travaillent donc à perte. Le gouvernement avait bien tenté de fixer un prix administré, justement pour mieux rémunérer les éleveurs. Et ça n'a pas marché, parce que les acheteurs n'ont pas acheté. C'est logique. Comme il y a la même viande produite en Allemagne ou en Espagne pour moins cher, c'est là qu'ils s'approvisionnent. Et parce qu'ils sont sous la pression de leurs propres clients, la grande distribution en particulier, très attentive aux prix.

Certains souhaiteraient une loi pour obliger les acheteurs publics - les cantines scolaires, par exemple - à s'approvisionner en produits français, pour aider nos producteurs. On comprend l'idée, mais elle n'a pas de sens. Cela n'est tout simplement pas possible juridiquement. La législation européenne interdit de discriminer les produits en fonction de leur origine. Elle vise à donner leur chance à tous les producteurs d'Europe sur tous les marchés européens. Autrement dit, on n'a pas le droit de fermer les frontières.

Notre agriculture est à l'image notre économie, petit à petit étouffée par les charges et les règles abusives

François Lenglet

Plutôt que de chercher à faire remonter les prix, il faut être plus compétitif par rapport aux prix de vente actuels, qui sont les prix de marché. Cela veut dire moderniser les exploitations, probablement les regrouper et alléger les invraisemblables normes techniques qui pourrissent la vie des exploitants. Ce qui est incroyable, c'est que la France était le deuxième exportateur mondial de produits agricoles il y a encore dix ans, derrière les États-Unis. Nous avons rétrogradé à la cinquième place, derrière l'Allemagne, le Brésil, et même les Pays-Bas, qui n'ont pourtant pas beaucoup de surface.

L'agriculture est à l'image de l'économie française, petit à petit étouffée par les charges et les règles abusives. Nous réussissions bien du temps de l'économie administrée, c’est-à-dire lors des beaux jours de la PAC de Bruxelles, qui a été en réalité conçue et exécutée par des Français, avec des prix administrés et des quotas. Et lorsque Bruxelles a démantelé tout cela pour s'aligner sur les prix de marché, nous n'étions pas prêts.

Nos producteurs font face à des monstres. Sur le marché du lait, par exemple, le plus gros producteur mondial fait 30% des exportations est une entreprise néo-zélandaise, Fonterra. Elle a été constituée à partir de la réunion de 13.000 exploitations. Elle réalise 13 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel.

La rédaction vous recommande
LoïcFarge42
par Journaliste RTL
Suivez Loïc Farge sur :
VOUS AIMEREZ AUSSI
PLUS DE VIDÉOS
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

article
7781943200
Crise agricole : que valent les mesures de Manuel Valls ?
Crise agricole : que valent les mesures de Manuel Valls ?
REPLAY / ÉDITO - Le Premier ministre a annoncé mercredi 17 février une baisse de sept points des cotisations sociales de tous les agriculteurs. Pas sûr que cela suffise à calmer les tensions de la profession.
http://www.rtl.fr/actu/economie/crise-agricole-que-valent-les-mesures-de-manuel-valls-7781943200
2016-02-18 08:25:00
http://media.rtl.fr/cache/Okd9E9AV_rxmK-Zffr5ZdA/330v220-2/online/image/2016/0218/7781949852_manifestation-d-agriculteurs-a-rennes-le-17-fevrier-2016.jpg