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Zinédine Zidane passe à côté du trophée après son expulsion de la finale de la Coupe du monde entre la France et l'Italie, le 9 juillet 2006 à Berlin.
Crédit : ROBERTO SCHMIDT / AFP
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Des regrets éternellement douloureux. Qu'on l'ait vécu ou non, ce 9 juillet 2006 restera une date maudite pour tout fan de football tricolore, mais aussi paradoxalement celle qui a fait entrer sa plus grande légende dans la dimension des mythes. Alors que l'équipe de France de Zinédine Zidane défie une Italie en reconstruction, vendredi 2 octobre au Stade de France, pour son troisième match de Ligue des nations, cette affiche qui a perdu de sa superbe rappelle forcément la finale de la Coupe du monde disputée 20 ans plus tôt et ayant souri à la Squadra Azzurra, aux tirs au but (1-1, 5-3 t.a.b.).
Mais plus que la victoire italienne, ce qui reste de cette soirée berlinoise deux décennies plus tard tient essentiellement aux circonstances de la défaite des Bleus, en blanc ce soit-là comme durant la quasi-totalité du tournoi, avec la sortie manquée de "Zizou", dont la carrière a subitement pris fin à la 110e minute de jeu. La faute à un coup de sang : un violent coup de boule sur le torse de Marco Materazzi, qui a précipité son expulsion et la fin des espoirs de ses partenaires.
Pour comprendre l'étendue de ce qui s'est brisé à dix minutes du coup de sifflet final, il faut remonter onze mois plus tôt. À l'été 2005, les Français sont à la peine depuis que Raymond Domenech a repris les rênes du groupe (3 victoires, 7 nuls en dix rencontres), dans la foulée d'un Euro 2004 décevant, avec une élimination contre la Grèce en quarts de finale (0-1).
Depuis, Zidane n'a plus revêtu le maillot orné du coq, mais l'envie de revenir pour ce qui sera la dernière saison de sa carrière le titille, à bientôt 34 ans. La décision est prise et la nouvelle est retentissante, d'autant que Claude Makélélé et Lilian Thuram sortent eux aussi de leurs retraites internationales pour prêter main forte à leur leader. La mission ? Aider les Bleus à se qualifier pour la Coupe du monde, quatre ans après l'échec cuisant de celle de 2002 en Corée du Sud et au Japon, conclue sur un fiasco dès le premier tour.
Avec son aura et un brassard récupéré à Patrick Vieira, "ZZ" monte en puissance une fois son retour fêté à Montpellier avec un but contre la Côte d'Ivoire en amical (3-0). Derrière, il contribue au redressement de la sélection, qui termine en tête de son groupe d'éliminatoires - elle était quatrième avant qu'il ne vienne reprendre le manche - pour deux petits points devant la Suisse et Israël. De là à envisager un parcours en Allemagne ? Il y a un monde, mais impossible n'est pas Zidane.
Au Mondial 2006, la phase de poules est plus que terne : avec deux matchs nuls, contre la Suisse encore (0-0) et surtout la Corée du Sud en concédant l'égalisation dans les dix dernières minutes (1-1) - le stade de Leipzig se souvient encore de la colère de Zizou après son remplacement, passée d'un coup de crampon sur un mur que l'on peut toujours observer - la France se retrouve contrainte de gagner face au Togo. Ce qu'elle accomplit sans son maître à jouer (2-0), encore une fois suspendu pour ce troisième match, comme en 1998.
Derrière ? Une phase à élimination directe digne d'un chef d'œuvre. Deuxième de son groupe, la France tombe contre une Espagne morte de faim. "On va envoyer Zidane à la retraite", s'avance le quotidien ibère Marca dans un avant-match faisant remonter des propos racistes du sélectionneur Luis Aragonés à l'encontre de Thierry Henry, tenus quelques années plus tôt.
Sur le pré d'Hanovre, la Roja ouvre le score sur un pénalty de David Villa, mais le milieu français va reprendre le contrôle pour permettre à Franck Ribéry d'égaliser - "Vas-y mon petit, il est génial le môme", hurle alors Thierry Gilardi sur TF1 dans un commentaire d'anthologie. D'un coup franc déposé sur le crâne de Vieira, Zidane "El Magnifico" mettra ensuite les siens devant, pour clore le spectacle lui-même (3-1).
Dès lors, la route s'élève en quarts avec le Brésil champion en titre à Francfort. mais "Zizou" choisit ce soir-là pour sortir la plus belle performance de sa vie, à tel point que les Brésiliens semblent jouer en blanc, et non en jaune. Le Madrilène passe dribble sur dribble, éblouit sur chaque prise de balle entre roulettes et jongles, pour régaler ses partenaires, adressant même l'une de ses rares passes décisives à Henry sur un coup de pied arrêté, pour le seul but du match, alors que Roberto Carlos refaisait ses lacets.
La machine est lancée et ne semble plus pouvoir s'arrêter, même si les Bleus reconnaîtront plus tard être en auto-gestion durant le tournoi, le staff de Domenech n'ayant pas vraiment la main sur le groupe.
"On avait pris les clés à 100 %. On était entre nous chaque avant-veille de match. On faisait venir des merguez de Berlin parce qu’il paraît que c’étaient les meilleures ! Des moments magnifiques, pendant quatre heures à table. Il y a eu une vraie cohésion. C’était dans une petite auberge perdue, à quelques kilomètres de notre hôtel. Une ambiance fabuleuse", racontait d'ailleurs Zidane en 2022 auprès de L'Equipe. Le ciment d'une résilience à toute épreuve, pour résister dans la douleur face au Portugal (1-0), une fois l'avantage pris d'un pénalty plein de sang-froid de l'icône au 10, et rejoindre l'Italie en finale.
Depuis ce match resté dans les annales, les Italiens ont parfois expliqué combien ils avaient eu peur de la France, qui semblait animée par une flamme irrépressible, dans les jours précédant le rendez-vous de l'Olympiastadion. Raison pour laquelle ils ont débuté la partie en multipliant les tampons à la limite du licite devant 75.000 spectateurs. Dès la première minute de jeu, Thierry Henry prend ainsi un vilain coup de Fabio Cannavaro, puis Gianluca Zambrotta est averti pour un tacle par derrière sur Vieira (5e), qui ne finira pas la rencontre à cause d'un claquage après la pause.
Mais à force d'être trop agressive, la Squadra finit vite par être punie. Entré dans la surface, Florent Malouda est déstabilisé par Materazzi et voilà Zidane face à son destin sur pénalty : le champion du monde le frappe face à Gianluigi Buffon et transforme sa tentative d'une panenka exceptionnelle, ayant heurté le bas de la transversale (7e). Un geste totalement fou, rentré pour un rien derrière la ligne de but, mais qui était selon le maestro la meilleure façon de tromper son ex-coéquipier de la Juventus.
De quoi révolter aussi l'Italie, qui allait bientôt revenir au score par Materazzi, décidemment homme de cette finale, d'un coup de casque sur un corner d'Andrea Pirlo (19e).
Le thème de la soirée, puisque Luca Toni viendra ensuite trouver la barre de Fabien Barthez de la même façon (36e), quand Zizou - pourtant victime d'une luxation de l'épaule en fin de temps réglementaire - aura lui aussi une balle de match de la caboche en prolongation, à la réception d'un centre de Willy Sagnol (103e). Si Buffon n'avait pas sorti sa reprise splendide, aurait-il répondu à la provocation de Materazzi peu après ? Probablement pas. Mais l'histoire en a décidé autrement, préférant que le capitaine des Bleus écope d'un carton rouge.
Sur l'action, tout semble anodin. D'ailleurs, le ballon est loin des deux protagonistes au moment de l'impact. Après un ballon près de la surface italienne, Zidane va pour se replacer, mais est interpellé par Materazzi qui vient accrocher son maillot. Puis s'en suit un pétage de plombs.
"Au moment où il y a ce tirage de maillot, je lui dis de s'arrêter. Il dit des mots qui sont très durs, il le répète plusieurs fois. C'est quelque chose qui se fait très vite, ce sont des mots qui me touchent au plus profond de moi. Des choses très personnelles, avec la maman, la sœur... Vous écoutez une fois, deux fois, la troisième fois… Je suis un homme avant tout. J'aurais préféré me prendre une droite dans la gueule qu'entendre ça. J'ai réagi", témoignera-t-il sur Canal+, prenant la parole trois jours plus tard pour évoquer l'incident malheureux.
"Quand je suis à terre, j'attends qu'il se fasse expulser. Et je vais être sincère, je ne me serais pas relevé tant que ça n'aurait pas été le cas", confiera de son côté, bien plus tard auprès de L'Equipe, l'homme qui n'aurait pas pu mettre les pieds en France l'été suivant.
L'arbitre argentin, Horacio Elizondo, n'avait pas été témoin de la charge. Ses juges de ligne non plus. Mais les caméras de télévision de la planète entière si. Luis Medina Cantalejo, le quatrième arbitre, a eu beau assurer à son officiel avoir vu Zidane commettre l'irréparable de ses propres yeux, il s'est contenté de passer des ralentis sur des écrans à proximité des bancs, ce que beaucoup considèrent être le premier coup de VAR officieux de l'histoire. Mais la sanction tombe quand même : prévenu par son assistant, Elizondo n'a pas vraiment d'autre solution que d'expulser Zidane.
Un choix aux lourdes conséquences : le natif de Marseille sort la tête basse et se dirige vers les vestiaires sans regarder la Coupe du monde, sa carrière définitivement terminée.
Après un tel choc, il semblait clair que les deux équipes allaient se départager aux tirs au but. À ce jeu, l'Italie connaîtra le bonheur suprême au bout d'une frappe vainqueure de Fabio Grosso, dans la foulée d'un raté de David Trezeguet - héros de la finale de l'Euro 2000 - sur la transversale. "On ne devait pas la gagner... 2006, il n'y avait pas ce qu'il fallait pour gagner. Ils ont eu plus de sérénité et de fraîcheur peut-être", a d'ailleurs expliqué Barthez en 2020, sur RMC.
On aurait pu imaginer que les foudres allaient alors s'abattre sur Zidane, qui n'avait pas à faire ça. Il n'en sera rien : "On ne peut pas accepter mais c'est vrai que l'on peut comprendre la réaction d'un homme", dira même le président Jacques Chirac plusieurs semaines après les faits.
"Bien sûr que ce n'est pas un geste à faire, je tiens à le dire haut et fort, sachant que cela a été vu par 2-3 milliards de téléspectateurs et des millions d'enfants. Auprès de eux, je m'en excuse. Ce n'est pas tolérable, mais regretter ce geste voudrait dire qu'il avait raison de dire ce qu'il a dit, et non il n'a pas raison, surtout pas. Mon geste n'est pas pardonnable, je dis juste qu'il faut sanctionner le vrai coupable : celui qui provoque", s'étendra Zidane sur Canal+.
Après un long mystère et des analyses labiales multiples, Materazzi reconnaîtra lui un an plus tard lui avoir répondu : "Je préfère ta putain de sœur", quand ZZ lui proposait ironiquement son maillot.
Le temps et la génération 2018 auront contribué à faire passer la pilule de cet épisode en décrochant la deuxième étoile, mais la cicatrice restera ouverte à jamais. Aussi voir les Bleus de Zizou battre leurs voisins de l'autre côté des Alpes pour le retour de la sélection à Saint-Denis vendredi, 18 mois après, ferait un bien fou à un bon nombre de supporters. Cela aurait, en prime, le don de rapprocher l'équipe de France de la qualification en phase finale de Ligue des nations. Pour la Coupe du monde, il faudra patienter encore quatre ans.
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