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1/3 - "ZZ", une vie en Bleu : Zinédine Zidane espère réussir ses débuts comme sélectionneur en Turquie, 32 ans après son doublé magique contre la République tchèque

Le 17 août 1994, le meneur de jeu des Girondins de Bordeaux était programmé par Aimé Jacquet pour rester sur le banc et prendre ses marques en équipe de France. Mais les faits de match l'ont finalement conduit à entrer en jeu contre la République tchèque en amical, pour égaliser d'un doublé remarqué pour ses débuts face à son public du parc Lescure.

Zinédine Zidane comme joueur de l'équipe de France en 1994, et comme sélectionneur en 2026 à Clairefontaine.

Crédit : AFP

Gabriel Joly

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Un nouveau départ. Intronisé sélectionneur pour prendre la suite de Didier Deschamps, Zinédine Zidane s'apprête à diriger sa première rencontre sur le banc de l'équipe de France pour lancer sa campagne de Ligue des nations contre la Turquie, vendredi 25 septembre au stade de Kocaeli (20h45), avant de retrouver la Belgique (28 septembre, puis 5 octobre) et l'Italie (2 octobre).

Au vu de la ferveur des supporters dans la région de Marmara, où les Stambouliotes n'hésitent pas à se déplacer en nombre pour soutenir l'équipe nationale, nul doute que ce sera le plus bruyant des trois débuts en Bleu de "Zizou", si l'on compte son retour en 2005 après sa sortie d'une première retraite internationale, contre la Côte d'Ivoire à Montpellier (3-0). Le plus glorieux aussi ? Pas impossible au vu de la force de frappe de la sélection tricolore des Kylian Mbappé, Ousmane Dembélé et Michael Olise devant, mais tout de même difficile.

Car le 17 août 1994, c'est dans son jardin du parc Lescure, que le jeune Bordelais Zizou honorait sa première cape internationale à 22 ans, d'un doublé mémorable face à la République tchèque (2-2), dont c'était le cinquième match depuis la scission avec la Tchécoslovaquie. Convoqué par un Aimé Jacquet engagé dans une mission reconstruction après l'échec cuisant de la non qualification au Mondial américain, un an plus tôt contre la Bulgarie d'Emil Kostadinov (1-2), Zidane prenait alors place sur le banc aux côtés de Jean-Michel Ferri, Patrice Loko et son coéquipier girondin Bixente Lizarazu.

Des débuts aux côtés de Lilian Thuram, mais pas de Didier Deschamps

Les maillots bleus étaient plus larges, le coq pas encore affublé ni d'une ni de deux étoiles, mais il y avait déjà des noms bien connus sur le pré, en dépit des absences de Deschamps et Jean-Pierre Papin, forfaits, ainsi que de plusieurs Parisiens et Nantais ménagés.

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Pourtant, les partenaires du capitaine Éric Cantona peinaient durant une première période de faible qualité. Organisée dans un 5-3-2 avec les deux autres néophytes du soir, Lilian Thuram et Bruno Ngotty, pour accompagner Laurent Blanc en défense, la France déjouait dans les grandes largeurs face au pressing tchèque, sur une pelouse en mauvais état pour ce match de reprise au cœur de l'été.

La seule grosse occasion ? Une bazardée par le grand pote de "ZZ", l'attaquant de Bordeaux Christophe Dugarry, titulaire avec David Ginola sur le front offensif mais qui manquait un énorme face-à-face (30e).

Pire, dans leurs liquettes à bandes rouges et blanches, les Tchèques étaient finalement parvenus à inscrire deux buts juste avant la pause, par l'intermédiaire de Tomas Skuhravy de la tête (43e) et de Daniel Smejkal d'une frappe lointaine à ras-de-terre du pied gauche (45e).

"Je ne sais pas si c'est une grosse affaire de rentrer dans une équipe de France menée 0-2"

C'est dans ce contexte maussade, encore terni par la sortie sur blessure de Marcel Desailly (24e) mais également une bronca du parc Lescure à la mi-temps, que Zidane, son numéro 14 et son crâne encore loin d'être dégarni, remplaçait l'Auxerrois Corentin Martins, en difficulté comme le reste du milieu, peu après l'heure de jeu.

Jacquet n'envisageait pas de le faire jouer, lui le très discret venu pour apprendre, dans la continuité de ses 21 parties disputées en trois ans chez les Espoirs depuis sa dernière saison à l'AS Cannes, sans porter les Bleuets vers le titre à l'Euro U21 au mois d'avril 1994.

"Je ne sais pas si c'est une grosse affaire que de rentrer dans une équipe de France menée 0-2 lors d'un match amical de début de saison, mais il faut bien débuter à un moment ou un autre", jugeait d'ailleurs l'illustre Thierry Rolland, aux commentaires sur TF1, présentant "Zizou" comme "à n'en pas douter, un joueur d'un grand avenir". Finalement, il allait rallumer la lumière du stade qu'on appellerait bientôt Chaban-Delmas, rempli seulement de moitié avec 15.000 personnes, dont une partie y allait de "Zidane, Zidane !" appuyés, ce qui est assez peu commun pour un novice.

Son premier ballon joué d'entrée avec un coup franc mal botté, le futur joueur de la Juventus et du Real Madrid allait connaître des prises de balle et transmissions peu assurées, avant de monter en puissance au fil des minutes, permettant aux Bleus de jouer plus haut.


Disponible notamment sur de longues relances à la main de Bernard Lama, à l'initiative du pressing quitte à commettre des fautes avec son engagement (73e, 75e) et animé par une envie de bien faire, Zidane contribuait à remettre un peu d'ordre dans un entrejeu français jusqu'ici assez impuissant, sans toutefois faire planer la menace sur la cage de Petr Kouba. La faute, en partie, à un Cantona trop bas et pas franchement inspiré.

Un doublé express pour soigner sa première ? "C'est bieng !"

"Puisque la première occasion n'est pas venue jusqu'à maintenant, ça m'étonnerait beaucoup qu'elle vienne dans les dernières minutes", se lamentait Thierry Rolland, à la suite d'une première tentative de Zidane cadrée, mais d'une position trop excentrée pour inquiéter le portier adverse, sur une touche (80e).

Trouvé au niveau de la médiane par Blanc sur l'action suivante, il le faisait mentir en effaçant facilement, d'un passement de jambes, puis d'un crochet, deux Tchèques pour ensuite placer une superbe frappe du gauche aux 25 mètres et redonner de l'espoir aux siens avec un sacré but (83e), le premier de ses 31 inscrits en 108 sélections. Et ce, pour égaliser deux minutes plus tard d'une tête rageuse en coupant un corner de Jocelyn Angloma au premier poteau (85e), comme il allait le faire par deux fois en finale de la Coupe du monde, quatre ans plus tard.

"Il n'y a pas de mots, c'est vrai que c'est fabuleux ! C'est bien[g], faire match nul à Bordeaux, c'est pas mal", lâchait-il essoufflé au micro d'Hervé Mathoux auprès du diffuseur, ponctuant ses 27 premières minutes réussies chez les A. Et d'étayer plus tard dans les travées : "Je pense un peu à ma femme qui est enceinte de deux mois, c'est à elle que je dédie le match et mes deux buts, ainsi qu'à ma famille. C'est beau, magnifique, cela ne m'était jamais arrivé de marquer deux buts dans un seul match, toutes catégories de jeunes confondues".

"La pire bêtise que je pourrais faire maintenant serait d'attraper la grosse tête", expliquait-il dans les jours suivants au Monde, avec sa timidité et son filet de voix caractéristique. "Je dois seulement confirmer ma valeur en utilisant ce nouvel élan".

Si cela semble assez peu probable que les gardiens Guillaume Restes et Jean Butez ne l'imitent, Zidane aura ainsi quelques conseils à donner à Estéban Lepaul, Lucas Da Cunha, Jérémy Jacquet ou Andy Diouf, les quatre joueurs de champ potentiellement débutants en Turquie, s'ils venaient à pareillement soigner leurs premières. Ce que seuls Bafétimbi Gomis (2008, amical contre l'Équateur) et Marvin Martin (2011, amical en Ukraine) ont réussi depuis lui.

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