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Les exploits de Pelé et Maradona, "un mur à 360 degrés", Michael Jackson et le pape... Comment l'Azteca de Mexico, premier stade à accueillir trois fois la Coupe du monde, s'est érigé en mythe du football

Premier stade à accueillir trois fois la Coupe du monde après 1970 et 1986, l'Azteca sera le théâtre du match d'ouverture de l'édition 2026, jeudi 11 juin, entre le Mexique et l'Afrique du Sud.

Vue aérienne de l'estadio Azteca, qui va accueillir la Coupe du monde, le 28 mai 2026 à Mexico.

Crédit : Carl DE SOUZA / AFP

Gabriel Joly

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"Sincèrement, ce dont vous me faites parler là, ça me donne qu'une envie, c'est d'y retourner." Il y a des endroits dans le monde qui marquent à vie : l'estadio Azteca de Mexico, le stade où se déroule ce jeudi 11 juin le match d'ouverture de la Coupe du monde entre le Mexique et l'Afrique du Sud devant environ 80.000 personnes (21h, diffusé sur M6 et M6+), en fait partie pour chaque acteur du football y ayant déjà mis les pieds. Dominique Zaïre, capitaine pendant plus de dix ans de la sélection de Martinique à la fin du XXe siècle, en sait quelque chose.

Pour l'ancien défenseur, cette enceinte perchée à 2.200m d'altitude, qui va devenir la première de l'histoire à accueillir trois éditions différentes du Mondial, est tout simplement le lieu de ses plus beaux moments de sport. En 1993, l'équipe du territoire ultramarin français coincé entre la Dominique et Sainte-Lucie est parvenue à se qualifier à la Gold Cup - l'équivalent de l'Euro dans la zone d'Amérique du Nord - grâce à sa victoire à la Coupe caribéenne. Et ce, alors qu'aucun joueur n'évoluait chez les pros, hormis Charles-Édouard Coridon (Guingamp, Lens, PSG). C'est ainsi qu'il s'est retrouvé propulsé dans ce temple du ballon rond au Mexique.

"Quand on est arrivé au stade, on s'est dit : 'Putain, Pelé a joué ici, Maradona a joué ici...' On avait des frissons", se remémore l'actuel coach adjoint du Club Franciscain, mastodonte du football antillais, qui regrette d'avoir perdu les nombreuses photos prises à l'Azteca. Car si ce stade fait partie de la légende du football, c'est avant tout qu'il a couronné les deux icônes sud-américaines, à l'issue des deux Coupes du monde les plus mythiques de l'histoire.

En 1970, quatre jours seulement après une demi-finale Italie-RFA conclue sur le score de 4-3 et restée dans les mémoires comme le "match du siècle" (une plaque commémorant ce moment étant toujours visible sur place), le Brésil y remporte le trophée, faisant de Pelé le seul joueur à ce jour avec trois sacres planétaires. Seize ans plus tard, ce sera au tour de Diego Maradona d'y rentrer dans les annales avec la victoire de l'Argentine, marquée par le quart de finale contre l'Angleterre, avec une réalisation de la main - la "main de Dieu" - suivie du "but du siècle", qui lui vaudra d'être comparé à un "cerf-volant cosmique" par le génial commentateur hispanophone Victor Hugo Morales, peu après la guerre des Malouines. Du génie. 

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"C'est fantastique, tu sens le poids de l'histoire dans les couloirs : ils te mettent toutes les images qui ont marqué ce stade. Il y a aussi des photos des concerts comme Michael Jackson [cinq dates en 1993 avec près de 500.000 spectateurs] et toutes les plus grandes stars qui sont venues jouer ici ! Le Mexique a fait des magnifiques stades, aussi sur Monterrey et Guadalajara, mais avec le côté historique, l'Azteca est vraiment le plus impressionnant", témoigne Sébastien Salles-Lamonge, joueur français de l'Atlético de San Luis, dans le championnat mexicain, qui est venu y jouer à plusieurs reprises depuis 2023. Outre Elton John, U2 ou encore Lenny Kravitz, le pape Jean-Paul II a également rassemblé les foules en 1999 dans l'arène de Mexico, y célébrant une messe impressionnante.

"Un mur à 360 degrés"

Quand Dominique Zaïre se souvient d'un énorme ascenseur pour amener les joueurs des entrailles du stade jusqu'au tunnel, Sébastien Salles-Lamonge, latéral de 30 ans formé à Rennes, puis passé par Bastia et Le Havre, souligne lui l'étroitesse des escaliers pour se rendre sur la pelouse, jusqu'il y a peu, avant des travaux en vue du Mondial. Preuve de la constante évolution de l'Azteca, rénové à quatre reprises en soixante ans de vécu.

"Quand tu rentres sur le terrain, c'est vraiment un théâtre, c'est magnifique", s'émerveille le plus jeune des deux, repensant à une demi-finale du championnat face à l'América, l'un des deux clubs résidents avec Cruz Azul. "Ce jour-là, les tribunes étaient pleines ! C'est dingue, tu ne vois pas les gens tout en haut, t'as l'impression que ce sont des fourmis, tellement c'est abrupt. Un mur à 360 degrés", raconte-t-il.

En plus de l'architecture, le vacarme "assourdissant" et la ferveur du peuple mexicain a particulièrement frappé Dominique Zaïre. "À 15 kilomètres du stade, il y avait déjà du monde partout avec des drapeaux", se rappelle-t-il, lui qui a joué son match d'ouverture de la Gold Cup contre le Mexique. "Dans les tribunes, il n'y avait que des maillots verts partout et sur le terrain, on n'arrivait pas à communiquer entre nous tellement il y avait de bruit" à cause des olas, nées lors du Mondial 1986. Plombée par les effets de l'altitude, une autre caractéristique qui fait passer l'Azteca dans une catégorie à part, son équipe s'est inclinée 9-0, mais a vite conquis les cœurs des fans locaux.

"Sur le premier match, on n'avait qu'un seul supporter : le journaliste qui avait voyagé avec nous. Mais après, tous les Mexicains étaient pour nous. Le foot, c'est la religion là-bas", ajoute-t-il, avançant fièrement que les Martiniquais ont fait match nul contre le Canada ensuite. "Quand on allait faire les courses avec nos survêtements de la sélection, le personnel devait fermer le magasin pour nous à cause des gens qui nous reconnaissaient ! Ils étaient fous, pour eux, on était pros".

À son époque, le stade faisait plus de 115.000 places mais la capacité a été réduite par la suite pour des raisons de sécurité. Depuis de récents chantiers avant la Coupe du monde 2026, plusieurs polémiques ont d'ailleurs vu le jour : l'enceinte étant contrainte de changer officiellement de nom pour inclure le sponsor Banorte ayant contribué à financer la modernisation, des images de morceaux de béton se détachant des tribunes ont circulé en ligne, un homme est mort d'une chute lors de l'inauguration pour Mexique-Portugal en mars et 14.000 personnes se sont dressé contre la Fifa, qui souhaitait commercialiser des billets en loges, alors que ceux-ci en sont toujours propriétaires pour avoir contribué à financer la construction dans les années 1960... Malgré ces incidents, cela ne devrait pas empêcher les fans d'El Tri de donner de la voix lors des cinq rencontres programmées à Mexico durant le tournoi. L'Azteca a un statut à assumer.

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