5 min de lecture Marcelo Bielsa

Démission de Bielsa : pourquoi la direction est aussi responsable du chaos

DÉCRYPTAGE - Marcelo Bielsa a donc quitté Marseille dans un dernier éclat médiatique. Une fin violente qui n'est que le résultat d'un pouvoir trop important, qui ne pouvait que finir ainsi.

Margarita Louis-Dreyfus et Vincent Labrune en avril 2015
Margarita Louis-Dreyfus et Vincent Labrune en avril 2015 Crédit : NICOLAS TUCAT / AFP
Ryad Ouslimani
Ryad Ouslimani
Journaliste RTL

Le moins que l'on puisse dire est que l'Olympique de Marseille ressemble à un club qui baigne dans le chaos depuis samedi 8 août quand son désormais ex-coach, Marcelo Bielsa, a lancé une bombe en annonçant en direct sa démission du poste en conférence de presse. Une scène sidérante, celle d'un technicien qui fait lire sa lettre de démission par son interprète, après avoir débriefé la défaite contre Caen durant un quart d'heure. Un ultime face à face avec les journalistes, qu'il n'aura donc jamais regardés dans les yeux en 14 mois, qui aura duré 45 minutes, Bielsa répondant à toutes les questions par la suite. 

"El Loco", dont le tempérament ombrageux et l'attitude parfois qualifiée d'autiste laissaient entrevoir des séquences épiques lors de son passage à Marseille, est donc parti en offrant un dernier épisode imprévisible. Annoncer sa démission aux journalistes avant de le faire à ses joueurs et à son président, planter une équipe construite pour lui et par lui, lâcher un club qui lui aura tout concédé. L'ultime pirouette est sublime d'un point de vu scénaristique.

Aujourd'hui, le "board" de l'OM (c'est ainsi que le club a signé sa contre-offensive du dimanche 9 août) est dans un embarras total alors que sa saison a débuté. Une situation ubuesque pour un club qui veut être parmi les plus grands de France, et aspire à exister en Europe. Une situation qu'il n'a pas su anticiper, car si gouverner c'est prévoir il y a bien longtemps que la gouvernance de l'OM est floue. Si Marcelo Bielsa a dégoupillé la grenade, elle lui a été fournie par la direction. 

L'homme d'une révolution nécessaire

Été 2014, l'OM annonce que son nouvel entraîneur sera Marcelo Bielsa. Un grand nom du coaching, adulé par Pep Guardiola et par deux pays, l'Argentine et le Chili. Vincent Labrune annonce sa venue officiellement le 27 mai. Deux mois avant le début du championnat, de quoi lui laisser le temps de prendre ses marques. Sauf que l'ancien technicien de Bilbao ne signe toujours pas. Un contrat très long, des closes nébuleuses (déjà) et une traduction en espagnol d'un contrat de 50 pages à valider. "El Loco" ne sera présenté que quelques jours avant le premier match de Ligue 1. 

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Le nouvel homme fort de l'OM est donc cet Argentin mythique, aux principes de jeu spectaculaires. Il est sans doute l'homme idoine pour un club qui se cherche une direction sportive après le départ de José Anigo des arcanes de "l'ohème". Terminées les approximations et les quelques traces d'amateurisme qui sclérosaient un club à 120 millions d'euros de budget. Matériel vidéo dernière génération, supervision des équipes de jeunes, aménagement de la Commanderie pour que les joueurs y passent la journée entière, renforcement des staffs techniques et médicaux. Marseille effectue une révolution et il n'y avait pas mieux qu'un révolutionnaire sans concession pour nettoyer le seul club français à avoir remporté une C1. 

Vincent Labrune a avalé trop de couleuvres

Encore une fois, Marcelo Bielsa était le bon choix pour ce changement radical, d'autant qu'il s'accompagne sur le terrain d'un festival. Après un début de saison poussif (une défaite et un nul), les Phocéens enchaînent 8 victoires consécutives. Les joueurs travaillent des heures entières à l'entraînement avec une intensité jamais vue en France. En match c'est une déferlante. Du jeu, des buts, du spectacle, l'OM enchante et personne ne peut dire qu'il s'est ennuyé devant le jeu de cette équipe. Mais Marcelo Bielsa ne peut s'empêcher de dire ce qu'il pense, devant la presse sans diplomatie. 

Le 4 septembre 2014, Bielsa offre déjà une conférence de presse lunaire qui affole les gazettes. Devant tout le monde, et surtout une chargée de communication du club qui blêmissait au fil des minutes, il a fustigé le recrutement de son équipe, assurant qu'il n'avait pas validé tous les choix et que certains joueurs lui avaient été imposés. En ligne de mire Doria, le défenseur brésilien qui n'a pas joué une seconde avec le club. Acheté 6 millions d'euros, Bielsa le trouve moins bon que les jeunes Andonian, Aloé et Sparagna. Vincent Labrune est attaqué en direct. On attend que le président du club recadre son technicien, voire même le vire. Rien de tout cela, silence radio. Labrune préfère concéder une humiliation publique, sûr que le travail de fond entrepris par le staff de Bielsa vaut le coup d'encaisser le camouflet sans broncher. 

Sportivement, Marseille est champion d'automne. Mais l'hiver est rude. Éliminée en Coupe de France par Grenoble (CFA), l'équipe n'a plus de jus et patine. Mais surtout en coulisses les joueurs n'en peuvent plus. Des séances vidéo trop longues, une gestion trop stricte, des principes de jeu trop compliqués, les griefs sont nombreux. Là encore, un président de club ou un directeur sportif aurait joué les médiateurs pour rapprocher les positions des uns et des autres. Mais Labrune n'ose semble-t-il pas, de peur de braquer le coach capable de claquer la porte pour ce qu'il considérerait comme une ingérence. Petit à petit l'institution semble plier devant l'importance, l'omnipotence d'un coach. 

La patronne aurait-elle repris la main ?

La fin de saison se termine sur un goût amer. Marseille termine quatrième, un classement correspondant à son budget, mais sa grosse première partie de saison ainsi que quelques points laissés face à des "petits" (Lorient, Caen, Reims) donnent clairement des regrets. La direction donne néanmoins des signes de confiance, Margarita Louis-Dreyfus veut garder "El Loco" et surtout, une grosse partie du public en a fait un Dieu vivant à coup de "Bielsa no se va" ("Bielsa ne vous en allez pas"). Il faut alors tout faire pour le garder. Labrune est prêt à tout donner, à trop donner. 

Recruter des joueurs exclusivement issus de la liste établie par le coach ? Validé. Demander l'avis du coach sur toutes les décisions sportives ? Pas de problème. Augmentation de salaire, mainmise sur le pôle sportif, pas de supérieur hiérarchique technique ? Accordés. Avant la conférence de presse du 8 août, plus personne ne doutait que Bielsa avait les pleins pouvoirs. Mais sans doute excédée par les atermoiements d'un entraîneur qui n'avait pas signé son contrat, alors que le championnat allait débuter, Margarita Louis-Dreyfus semble avoir repris la main. 

En effet, pour la dernière réunion, celle du divorce pour Marcelo Bielsa, MLD a envoyé son propre avocat, Igor Levin, représentant du groupe international de la milliardaire. Il était assisté de Philippe Perez, le directeur général, mais Vincent Labrune n'était pas présent alors même qu'il avait assisté à chaque réunion. L'actionnaire a sans doute décidé de remettre l'institution Olympique de Marseille au centre des préoccupations, bien que Marcelo Bielsa ait fait de l’excellent travail sur les structures du club. Si la situation a empiré sur la fin c'est parce que la direction du club a manqué de fermeté, n'a pas su mettre un cadre. Bielsa l'aurait-il respecté ? Non. Mais il fallait l'imposer plus tôt, dès la fin de saison passée, car quitte à le voir partir autant avoir le temps de se retourner

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