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Rock en Seine 2014 : Blondie réjouit et Die Antwoord chahute les festivaliers

COMPTE-RENDU - La première journée de la douzième édition du festival Rock en Seine a mis les festivaliers sens dessus-dessous après les passages remarqués des américains Blondie, des suédois The Hives et des sud-africains Die Antwoord.

Le groupe Blondie le 22 août à Rock en Seine
Le groupe Blondie le 22 août à Rock en Seine
Crédit : Nicolas Joubard
Antony Milanesi
Antony Milanesi

Il y a plusieurs façons de faire apprécier la pluie, et Jake Bugg, Crystal Fighters, Blondie ou Die Antwoord ont chacun la leur. 

La direction avait promis "de rares averses" aux 40.000 festivaliers qui ont foulé l’herbe du parc de Saint-Cloud vendredi 22 août. De quoi éviter l’intervention de pompiers face aux 22 groupes venus enflammer les quatre scènes du festival Rock en Seine.

Le public s’est pris une première douche vers 19 heures, heure à laquelle le Bob Dylan des années 2010, Jake Bugg, cliché british aux accents poignants, a captivé une foule conquise d’avance massée devant la grande scène, et ce avec un naturel déconcertant. La pluie, douce, a serré les fans comme on s'embrasse pour dire “tout va bien”.

Cage The Elephant en ouverture

Avant Jake Bugg, la formation de rock garage à tendance indie Cage The Elephant avait ouvert le bal à 15h30, montrant aux festivaliers qu’ils ne s’étaient pas trompé d’adresse. L’Américain Matt Schultz tenait le micro comme Iggy pop, torse nu, vêtu d’un bandana rouge à la Renaud et vociférant à la manière du chanteur de White Stripes Jack White. Un melting pot efficace mêlant références punk et hippies.

Le chanteur du groupe Cage The Elephant à Rock en Seine le 22 août 2014
Le chanteur du groupe Cage The Elephant à Rock en Seine le 22 août 2014
Crédit : VICTOR PICON
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Il y a beaucoup de jeunes”, avait remarqué Chris Stein, le guitariste du groupe culte Blondie, “Ça me plaît. Quand ils ne connaissent pas les chansons ils peuvent réagir naturellement à la musique” garantie-t-il. Devant Cage The Elephant, la jeune foule à peine échauffée s’est risquée à des danses rythmées très spontanées : un gage de qualité s’il en est.

Avant en allant à un concert, j’achetais le disque et faisais mes devoirs en apprenant tous les morceaux par cœur

Christ Stein, de Blondie

“Aujourd’hui ce n’est plus pareil. Avant en allant à un concert, j’achetais le disque et faisais mes devoirs en apprenant tous les morceaux par cœur. Maintenant il y a plus d’immédiateté (dans la consommation de musique, ndlr) c’est excitant car les réactions du public sont finalement devenues plus primitives grâce à la technologie”. 

“Tout le monde vieilli. J’ai des petits enfants et ma famille me manque quand on est en tournée. On continuera d’enregistrer des choses, c’est sûr” racontait le guitariste de Blondie, suscitant ainsi l’idée que le groupe se produirait moins en concert à l’avenir. 

L’observation du vieux sage Christ Stein, 64 ans, explique en partie l’attitude de la foule devant Tiger Bell, groupe de filles mi-énervées mi-énervantes, bien décidées à repeindre la définition du chant strident à 16h15 sur la scène Pression Live avec sa reprise de Ça plane pour moi version punk électrique primaire. Sans la certitude de pouvoir retrouver leurs sons sur une énième plateforme d’écoute en ligne, le public aurait mieux succombé aux charmes des suédoises qui ont forgé leurs riffs en plongeant le fer des pionnières The Runaways dans le glamour des héritières lissées Dum Dum Girls.

Ambiance tropicale avec Crystal Fighters

Sur la petite scène de l’industrie, le groupe Pégase est repassé à 17h30 sur les chemins maintes fois foulés du rock indie mollasson, le style qui engendre à tour de bras des bandes son de séries pour adolescents comme Les Freres Scott. Les britanniques de Swim Depp sont à préférer de loin dans la même catégorie “niaiserie étincelante”. Les Français laissent place aux anglo-espagnols Crystal Fighters, qui donnent à la même pluie qui arrose les spectateurs de Jake Bugg un ton plus tropical. 

Crystal Fighters à Rock en Seine le 22 août 2014
Crystal Fighters à Rock en Seine le 22 août 2014
Crédit : Nicolas Joubard

Des coiffes d’indiens en plumes de paon sur la tête, le groupe parvient à lever la foule. Un large balancier de mains s’active. “Do you want to go to the plage with me?” Les Crystal Fighters font un temps disparaître le “f” de festival et sèchent les gouttes. “I’m going down-down-down there for the morning, most beautiful girl I’ve ever seen” le groupe puis la pluie, chaude, fait tourner le tête d’un des guitariste. “You, us, this is reality”. 

Graham Dickson s’emporte et laisse croire qu’une heure au festival incarne une vérité de vie, alors qu’il s’agit là d’une bulle de droit à l’oubli du quotidien. 

Et puis vint Blondie

“One way or an other I'm gonna meet ya”. Il n’est même pas 20 heures et le cœur des festivaliers bat à l’unisson pour Debbie Harry. La scène Cascade vibre d’excitation. On avait repéré certains visiteurs plus vieux que d’autres, au look étonnement cool. C’est pour elle qu’il sont tous venus. 

Tignasse blonde épaisse avec une frange qui rase une monture de lunettes blanche. Robe avec une bouche pailletée dessinée portée sous une veste Teddy noire. La mythique chanteuse de Blondie, à l’aise, se donne en spectacle. Debbie tient fière allure. Ce qui pouvait passer pour un mauvais réglage son se révèle être une totale perte de voix pour l’icône disco pop, mais le show est lancé. 

“L’actuelle formation du groupe est ma favorite”, assurait Chris Stein, co-fondateur de Blondie en 1975 avec Debbie et trois autres membres. La batterie mène la danse et les riffs s’emballent au point qu’à la presque fin du set, le jeune guitariste accoutré d’une chemise en jean finira par enfoncer le clou en dynamitant un solo monstrueux. La chanteuse blonde, elle, s’est fourrée au fond de la scène pour admirer. Le prodige va de gauche à droite et sert une montée exponentielle dans les aiguës avant de s’aventurer aux confins de la distorsion à l’avant-centre de la scène pour terminer, vidé, la guitare sur le dos en clôture d’un digne effet rock. La pluie, belle, a installé un double arc-en-ciel au-dessus du parc de Saint-Cloud. 

Debbie Harry du groupe Blondie à Rock en Seine le 22 aoüt 2014
Debbie Harry du groupe Blondie à Rock en Seine le 22 aoüt 2014
Crédit : Nicolas Joubard

A noter entre le tubes en série la reprise du monument du trio hip hop The Beastie Boys (You Gotta) Fight for Your Right (To Party!) où Debbie et sa bande revêtissent une tenue punk bien coupée. “Personne ne nous a jamais dit quelle musique faire, et nous n’avons jamais eu de styliste pour nous dire comment nous habiller non plus, en cela nous avons une sensibilité punk” décrypte Chris Stein, en pleine possession de ses moyens au moment de lâcher le très attendu Atomic qui fera instantanément "pogoter" la fosse. 

The Hives enflamme, Mac de Marco déçoit

L’imparfait mais irrésistible concert de Blondie à peine terminé que les cinq punks ascendant rockeurs suédois The Hives dégainent leur imparable morceau d’intro Come On. Ils lancent, comme à leur habitude et ce depuis des années, un show dévastateur car sur-maîtrisé à l’exacte opposé du passage du Canadien Mac de Marco au même moment sur la scène de l’industrie. Ce dernier a massacré le titre Yellow de Coldplay au point que la phrase “You Know I Love You So” a failli donner des vertiges émétiques à toute la foule restée amorphe devant la triste prestation.

L'échauffourée Die Antwoord

Lorsque sonne 22 heures, la brillante programmation du premier jour n’a pas laissé le temps aux festivaliers de voir qu’il faisait nuit. La scène Cascade est noire de monde. “La dernière fois que je les ai vu, j’ai fini à poil” entend-on, avant le concert de Die Antwood.

Le guitariste de Blondie a sans doutes trouvé une bonne place pour voir la menace arriver. “Je suis très excité à l’idée de les voir. Je ne les ai jamais rencontré mais je les suis depuis un certain temps, sons et vidéo compris”. Car les sons et les images sont au cœur du spectacle qui va démarrer. Les sud-africains Die Antwoord sont équipés pour faire fondre la foule comme l’asphalte sous les feux d’un Dragster.

Yo-Landi devant Ninja du groupe Die Antwoord le 22 août à Rock en Seine
Yo-Landi devant Ninja du groupe Die Antwoord le 22 août à Rock en Seine
Crédit : Nicolas Joubard

Les membres du groupes (Yo-Landi et Ninja), accompagnés de leur DJ Hi-Tek et de deux danseuses aux rythmes syncopés sur-vitaminés, font main basse sur le festival pour une heure. La foule est mitraillée de basses et le rap de Ninja achève les insensibles en impressionnant de maîtrise. La voix frêle de Yo-landi crépite dans les aiguës et la puissance techno héritée des rave saccadée par les baffles donne une dimension extra-terrestre à Die Antwoord. 

Il n’est pas d’autre lieu ou de moment plus propice à ce show que ce soir à Rock en Seine. L’allure étrange, anti-bienséance du groupe exalte le public. I fink u freeky and I like you a lot sonne comme la devise de l’instant. Die Antwoord impressionne et ses provocations sexuelles - "lancez un T-shirt à Ninja il s’essuiera le penis avec"- stimule la foule. Couleurs fluos, mouvements tendancieux de Yo-landi et musculature atypique de Ninja participent à l’ouragan sonore survolté prodigué ce soir. Le groupe provoque un rappel et fait ses adieux reconnaissants avec Enter The Ninja, Et Die Antwoord révèle la formule qui change l’étrange en beau et rend la pluie invisible.

Après l'échauffourée Die Antwoord, les Britanniques Arctic Monkeys ont assuré dans l'équilibre parfait entre titres électriques et morceaux mélodieux.  

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