4 min de lecture Cinéma

"Crazy Rich Asians" : pourquoi ce film au casting 100% asiatique est un phénomène

ÉCLAIRAGE - Cette comédie romantique est une rareté dans le monde très codifié et toujours très blanc des blockbusters hollywoodiens. Le début d'une tant attendu révolution ?

>
CRAZY RICH ASIANS - Official Trailer 1 Crédit Image : Warner Bros |
Aymeric Parthonnaud
Aymeric Parthonnaud
Journaliste

Un film à grand budget, en langue anglaise et dont les acteurs sont majoritairement, voire totalement asiatiques ? Cela n'arrive jamais à Hollywood. Ou presque jamais. Dans l'histoire récente du cinéma, il faut remonter vingt ans en arrière, en 2005, pour trouver une production du genre avec Mémoires d'une geisha, film sino-américain avec Zhang Ziyi, Gong Li, Michelle Yeoh et Ken Watanabe sur l'affiche. Le réalisateur était cependant un Américain blanc : Rob Marshall. 

Il faut remonter encore plus loin, en 2000 avec Tigre et Dragon d'Ang Lee (avec Chow Yun-fat et toujours Michelle Yeoh) ou en 1993 avec The Joy Luck Club de Wayne Wang, pour trouver des films aux standards hollywoodiens mettant en avant l'Asie et les acteurs asiatiques. 

En octobre en France, et dès le mois d'août 2018 aux États-Unis, un film va à nouveau mettre la lumière sur des talents asiatiques à Hollywood : Crazy Rich Asians. Il s'agit de l'adaptation d'une trilogie littéraire à succès de Kevin Kwan, auteur américano-singapourien, dont le premier tome est sorti en 2013. Le livre raconte l'histoire d'un mariage fastueux à Singapour, une comédie romantique extravagante en somme. 

Le film rassemblera Constance Wu, Henry Golding, Gemma Chan, Awkwafina, Lisa Lu, Ken Jeong et l'éternelle star Michelle Yeoh sous la direction de Jon M. Chu. Une affiche qui mêle des Malaisiens, Britanniques, Américains disposant tous d'une ascendance asiatique. Un vrai miracle après des décennies de "white-washing" à Hollywood.

Des acteurs blancs pour jouer des asiatiques

À lire aussi
Nicolas Maury dans "Garçon chiffon", en salles le 28 octobre 2020 Cinéma
"Garçon chiffon" : qui est le réalisateur et l'acteur Nicolas Maury ?

Hollywood commence à peine à découvrir l'importance de la diversité et de la représentativité. Après des années à maltraiter les minorités (les femmes, les LGBTQ+, les noirs, les asiatiques...), il est devenu presque suicidaire pour un projet de recourir au "white-washing". Cette technique consistait à confier à un acteur ou un actrice blanche des rôles de personnages historiques ou fictionnels d'une ethnie différente. 

Récemment, Ghost In The Shell, adaptation d'un célèbre manga, plaçait Scarlett Johanson dans la peau de la cyborg japonaise Motoko Kusanagi. Malgré la justification d'une habile pirouette scénaristique à la fin du film, le projet a reçu de nombreuses critiques dans son incapacité à caster une actrice japonaise ou, au moins, asiatique. Au début du XXème siècle, des acteurs blancs recouraient même à la "blackface" ou la "yellowface" pour interpréter des personnages noirs ou asiatiques. Mickey Rooney jouait par exemple un Japonais extrêmement caricatural, Mr. Yunioshi dans Breakfast at Tiffany's en 1961.

Mickey Rooney dasn "Breakfast At Tiffany's"
Mickey Rooney dasn "Breakfast At Tiffany's"

La place de l'acteur principal, même dans les histoires asiatiques, semble souvent revenir à un acteur blanc particulièrement bankable. Matt Damon était le personnage principal de La Grande Muraille (2016), Marlon Brando a joué un Japonais dans La Petite Maison de Thé (1956). Keanu Reeves (même si sa grand-mère est chinoise) était le personnages principal forcément pâle car métissé du très japonais film fantastique 47 Ronin et Tom Cruise était la tête d'affiche du... Dernier Samouraï. À chaque fois, avec une justification scénaristique plus ou moins alambiquée, un acteur blanc prenait le premier rôle, reléguant les acteurs et actrices asiatiques au second plan.

Si Hollywood avait beaucoup de mal à créer des héros asiatiques, l'industrie n'avait aucune difficulté à trouver des acteurs pour jouer les faire-valoir, les guides spirituels ou les personnages cruels tous asiatiques. Des clichés qui empêchaient l'éclosion de toute une génération d'acteurs anglo-saxons aux origines asiatiques. 

Monde post-"Black Panther"

À l'instar de Black Panther, qui a apporté beaucoup de fierté pour l'Afrique, les Afro-Américains et les spectateurs noirs à travers le monde, Crazy Rich Asians pourrait bien être la pierre angulaire de la visibilité pour les asiatiques dans la société américaine et au-delà. 

Le film et les livres explorent différents thèmes. Des grands classiques de la comédie romantique, comme l'amour, le besoin de reconnaissance et l'humour qui peut ressortir d'une rencontre avec ses futurs beaux-parents. Le film aborde aussi des sujets sur la question des origines en faisant se rencontrer des Américains aux origines asiatiques et d'autres qui n'ont jamais quitté leur pays et culture ; le tout dans une société opulente et fortement mondialisée. De l'or pour les scénaristes. 

Le concept même du film et son casting ont été célébrés par les médias outre-Atlantique et les internautes. La communauté asiatique et le public en général semblent impatients de découvrir le film qui a reçu pour l'heure, des critiques positives. De plus, l'exemple de Black Panther a suffit à prouver à l'industrie qu'une production sans acteurs blancs n'était plus, en 2018, un risque financier. 

Être "suffisamment" asiatique

Malgré un casting en apparence indiscutable, Crazy Rich Asians a tout de même connu diverses polémiques toujours sur l'épineuse question des origines. Henry Golding (qui est Britano-malaisien) a été attaqué pour ne pas être "suffisamment asiatique" pour son rôle. Même traitement pour Sonoya Mizuno qui compte des origines japonaises, britanniques et argentines. 

L'acteur qui joue le richissime Nick Young a d'ailleurs répondu à ces attaques dans les médias : "J'ai vécu 16 ou 17 ans en Asie, c'est la plus grande partie de ma vie. Je suis né en Asie, j'ai vécu avec une culture asiatique mais je ne suis toujours pas assez asiatique pour certains. Où est la limite ?". 

Henry Golding dans "Crazy Rich Asians"
Henry Golding dans "Crazy Rich Asians" Crédit : WB

Sa collègue sur le tournage, Awkwafina, a abondé dans son sens en déclarant : "Quand on est métissé, on vit avec un conflit d'identité. On se sent rejeté par les deux mondes. Même moi, qui suis moitié-chinoise et moitié-coréenne, je sais qu'Emma Stone (une actrice blanche, ndlr) ne pourrait pas décemment jouer Nick Young (un personnage masculin asiatique, ndlr). Henry Golding a travaillé à Singapour, il est originaire de Malaisie et je pense qu'il est parfait pour le rôle de Nick".

Crazy Rich Asians sortira le 10 octobre 2018 en France. Les livres Crazy Rich à Singapour et China Girl de Kevin Kwan sont traduits en français et édités chez Albin Michel

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Cinéma États-Unis Asie
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants