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"Tu t'es vu sans Cabu ?" : six histoires que nous apprend le documentaire sur "Charlie Hebdo" et son directeur artistique

Cabu était bien plus qu'un directeur artistique pour "Charlie Hebdo". Dans son documentaire "Tu t'es vu sans Cabu", le réalisateur Jean-Marie Pasquier aide à découvrir l'univers du dessinateur.

Jean Cabut dit Cabu est mort le 7 janvier 2015 dans l'attentat visant Charlie Hebdo
Jean Cabut dit Cabu est mort le 7 janvier 2015 dans l'attentat visant Charlie Hebdo Crédit : JOEL SAGET / AFP
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Clémence Bauduin
Journaliste

En suivant Jean Cabut - alias Cabu - depuis début 2013, Jean-Marie Pasquier a, sans le savoir, recueilli les derniers moments de vie de la rédaction de Charlie Hebdo en présence de ses piliers. Le tournage était encore en déroulement lorsque les frères Kouachi ont abattu le dessinateur et dix autres victimes dans les locaux du journal, rue Nicolas-Appert, dans le 11e arrondissement de Paris. Ce documentaire ne recueille que des interviews réalisées avant le 7 janvier. Pour autant, Tu t'es vu sans Cabu ? bouleverse en laissant entrevoir les coulisses d'une rédaction qui faisait, jusqu'à l'attentat, du bruit dans l'ombre, menacée de toutes parts.

Une salle de rédaction sous haute sécurité

Bien avant l'attentat du 7 janvier, l’accès à la rédaction de Charlie Hebdo - régulièrement menacée - est rendu volontairement difficile. Ainsi, c’est Cabu qui descend pour ouvrir la porte lorsque quelqu’un se présente dans les locaux de l’hebdomadaire satirique. Trois interphones se succèdent, sans compter sur la présence permanente d’une voiture de police devant les locaux de la rue Nicolas-Appert et d’au moins un policier à l’intérieur de la rédaction. L'un d'eux, Franck Brinsolaro, a lui aussi été abattu.

"Prof Cabu"

"On est tous des enfants de Cabu, on s’est mis au dessin par Cabu", explique dans le documentaire Stéphane Charbonnier, alias Charb, lui aussi assassiné le 7 janvier. "On a eu comme prof Cabu", ajoute-t-il. En effet, ce dernier a appris à dessiner à une grande partie de la nouvelle génération de la rédaction de Charlie. Aussi, en tant que pilier de la rédaction, Cabu avait un poids prépondérant dans les décisions du directoire. "Je n’ai jamais pris une décision sans qu’on se mette d’accord tous les deux", explique Philippe Val, directeur de Charlie Hebdo de 1992 à 2009. "J’ai vraiment appris auprès de Jean et, pour asseoir mon autorité, je faisais semblant d'avoir eu moi-même une idée mais souvent c’était Jean qui l’avait eue avant", plaisante-t-il.

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Cabu faisait des pieds et des mains pour sauver "Charlie"

"Sans publicité, sans subventions d’aucune sorte, le journal finit par crever", expliquait déjà François Cavanna, fondateur d'Hara Kiri et de Charlie Hebdo. Comme à l'arrivée de François Mitterrand au pouvoir, les ventes de Charlie ont à nouveau commencé à s'effondrer en 2013. "Alors Cabu s’est mis en quatre pour inlassablement expliquer aux politiques sa motivation : la nécessité de défendre l’existence de la presse satirique", explique Jean-Marie Pasquier dans son documentaire. 

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François Cavanna parle de la mort de "Charlie Hebdo" dans "Droit de réponse", en juin 1982

La caméra de Jean-Marie Pasquier suit un Cabu se rendant dans les hautes sphères du pouvoir qu'il n'épargnait pourtant jamais, prêt à défendre son journal bec et ongles. Durant les 100 minutes du documentaire, il rencontre Bruno Le Roux, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, et se rend à l'Élysée pour une entrevue avec François Hollande. Le 8 janvier, lendemain de sa mort, Cabu devait rencontrer le président du Sénat, Gérard Larcher.

Des personnages phares

Dans le documentaire, Cabu résume la ligne directrice de Charlie Hebdo par "rire de tout mais sans donner de leçons". Les personnages qu'il dessinait lui permettaient ainsi d'exprimer ses humeurs : "le Grand Duduche" pour illustrer son insoumission, "la Fille du proviseur" comme symbole de l’éveil sexuel chez les lycéens de son époque, "l'Adjudant Kronenbourg" pour manifester sa haine de la violence ou encore "le Beauf", "gros, con et raciste" pour dénoncer le Français xénophobe, obtus et râleur. C’est d'ailleurs Cabu qui a donné naissance au mot "beauf", depuis entré dans le dictionnaire.

Des dessins qui dérangent, un dessinateur apprécié

Tandis qu’il avait été croqué en tutu rose par Cabu, l'ancien maire de Paris, Bertrand Delanoë, reconnaît avoir été "un peu dérangé" par ce dessin. "Mais ça m’a fait marrer", poursuit-il. Cette réaction, on la retrouve chez tous les hommes politiques interrogés dans le documentaire. Président de l'Assemblée nationale puis du Conseil constitutionnel, Jean-Louis Debré explique qu'enfant, il a trouvé "difficile à vivre" de voir son père, Michel Debré, premier chef de gouvernement de la Ve République, représenté avec un entonnoir sur la tête.

"Cabu, c’est une souffrance", reconnaît également François Hollande dans un trait d'humour. Mais comme l'illustre Tu t'es vu sans Cabu?, le dessinateur était néanmoins très apprécié et bien entouré. Parmi ses proches, Jean-Marie Pasquier a filmé Maxime Le Forestier, la présentatrice Dorothée, dans l'émission de laquelle il dessinait devant un jeune public, ou encore l'imitateur Laurent Gerra, ami avec lequel il a co-publié un ouvrage en 2014.

"Cabu, c'est une souffrance."

François Hollande
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De "Charia Hebdo" à l'irréparable

"Là, j'ai senti le danger", explique la sœur de Jean Cabut, en revenant sur l'incendie criminel de novembre 2011. À ce moment-là, Charlie Hebdo publie une "une" intitulée Charia Hebdo, qui provoque l'ire de certains défenseurs du culte musulman. Mais pour Cabu, pas question de renoncer : "ils veulent changer les lois de la République avec leurs lois divines et ça, on ne peut pas le décider dans un pays laïc comme la République française". Dans la nuit du 1er au 2 novembre 2011, les locaux de Charlie sont détruits par les flammes et Cabu se retrouve sous protection policière. "Ça m’inquiète. Je ne sais pas quand ça s’éteindra. On n’est pas à l’abri d’un imbécile", confie alors la sœur du dessinateur devant la caméra de Jean-Marie Pasquier.

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2015-10-08 17:01:00
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