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Benjamin Millepied, le rebelle désillusionné de l'Opéra de Paris

PORTRAIT - Moins d'un an et demi après son arrivée en tant que directeur de la Danse du Palais Garnier, Benjamin Millepied démissionne. Il représentait un espoir de changement pour la compagnie la plus prestigieuse au monde.

Benjamin Millepied a démissionné de son poste de directeur de la Danse à l'Opéra de Paris
Benjamin Millepied a démissionné de son poste de directeur de la Danse à l'Opéra de Paris
Crédit : Loïc VENANCE / AFP
Morgane Giuliani
Morgane Giuliani

Après seulement 15 mois en fonction, Benjamin Millepieda démissionné de son poste de directeur de la danse à l'Opéra de Paris, le 4 février 2016. Le chorégraphe et danseur de 38 ans invoque des "raisons uniquement personnelles" pour expliquer ce départ, dans un communiqué de presse. Pourtant, les tensions entre lui et la direction de l'établissement se sont vite accumulées lors de son arrivée au Palais Garnier, en novembre 2014. En cause, sa conception progressiste de la danse classique. Pourtant, le directeur Stéphane Lissner l'avait personnellement choisi pour ce poste, en connaissance de cause.

Benjamin Millepied devait apporter un coup de jeune à l'Opéra de Paris, considéré comme le plus prestigieux au monde. Lors de sa prise de fonction, il présente alors un parcours moderne. Élevé en Afrique, il prend ses premiers cours de danse à 10 ans et part à New York à 16 ans pour intégrer la School of American Ballet. Par la suite, il quitte le prestigieux New York City Ballet pour créer sa compagnie de danse contemporaine à Los Angeles. Il signe aussi la chorégraphie du film Black Swan (2010). Sur le tournage, il rencontre son épouse, l'actrice Natalie Portman, et devient beaucoup plus médiatisé.  

Ouvrir le ballet aux minorités

En 2014, Benjamin Millepied confie à RTL les questions essentielles que pose sa prise de fonction à l'Opéra Garnier : "Qu'est-ce que le ballet aujourd'hui ? Comment le faire évoluer ? Comment préserver la tradition extraordinaire de cette maison et continuer à la faire évoluer ? Je vais inscrire ma programmation et ma vision de la danse. Ça va être une approche complètement différente".

Nous devrions aller vers les banlieues. La danse est un moyen fantastique d’intégration

Benjamin Millepied

Il tiendra parole. Progressiste, Benjamin Millepied s'insurge avant même son arrivée du manque de diversité au sein de l'Opéra de Paris. "Dans une ville aussi cosmo­po­lite, je ne comprends pas qu’au­cun danseur de couleur ne fasse partie de cette grande compa­gnie, regrette-t-il dans les colonnes du magazine Têtu. Comment voulez-vous que le public se recon­naisse ?" Dans Paris Match en octobre 2015, il réitère : "Je crois que nous devrions aller vers les banlieues. La danse est un moyen fantastique d’intégration." 

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En juillet 2015, Benjamin Millepied confie un rôle d'étoile à la danseuse métisse Laetizia Galloni dans La fille mal gardée. Une première pour le Palais Garnier, dont l'École de Danse a été fondée en 1713 par Louis XIV. 

Secouer la notion de hiérarchie

D'autant que, jeune danseur, Benjamin Millepied ne rêvait pas d'intégrer l'Opéra de Paris. "Il y régnait une raideur qui ne me convenait pas, confie-t-il à Paris Match. Quand j’ai regardé le documentaire sur l’école de danse alors dirigée par Claude Bessy, j’ai vu ces garçons en collants gris, ces professeurs avec leur canne... J’avoue que j’avais peur de me retrouver là-bas.

Benjamin Millepied confirme cette impression dans Relève, documentaire de Canal Plus sur les répétitions de son spectacle Clear, Lou, Bright, Forward, son premier ballet en tant que directeur de la danse de l'Opéra de Paris. On y apprend qu'il choisit ses danseurs parmi les coryphées, l'équivalent des figurants au cinéma, et aucune étoile. Une mini-révolution et un beau pied de nez à ce milieu très hiérarchisé.

La compétition et le stress qui règnent à l'Opéra de Paris, notamment dus à un concours d'entrée très sévère, mettent Benjamin Millepied mal à l'aise : "Je me retrouve face à des danseurs qui tremblent, qui n’arrivent même pas à articuler un mot", regrette-t-il dans le documentaire.

Une organisation traditionnelle trop rigide

"C’est sûrement la compagnie au monde la plus difficile à diriger", affirme-t-il à Paris Match, un an après son arrivée au Palais Garnier. Il fustige "l'administration, le fonctionnement, la façon d'apprendre, les ego, les règles", qui "rendent le travail plus difficile". La désillusion semble grande. "Benjamin n’avait pas mesuré que le poste implique 80 % de tâches administratives et 20 % seulement d’artistique, confie à l’AFP un très bon connaisseur de l’Opéra. Il a voulu réformer vite, parce qu’il fait tout très vite, et il n’a pas été soutenu par la direction de l’Opéra.

Dans son interview à Paris Match, Benjamin Millepied semble dépassé par l'organisation traditionnelle de la compagnie : "Il faudra peut-être aussi repenser les emplois du temps, la pause déjeuner qui est plutôt vers 16 heures qu’à midi et qui dure trente minutes, évoquer les habitudes alimentaires, l’hygiène de vie..." Autant de caractéristiques connues, presque clichés, du milieu de la danse classique, qui indignent le chorégraphe. Il démissionne quatre mois plus tard. "L’ambiance était houleuse depuis décembre et ne s’était pas arrangée", indique l’étoile Stéphane Bullion au Monde.

Dans un communiqué, Benjamin Millepied évoque son "besoin de se consacrer à 100% à la création et l'expression artistique", ce que son poste de directeur de la Danse ne lui permettait pas. En un peu plus d'un an, il a pourtant multiplié par 5 le nombre de créations annuelles. Il devrait rester chorégraphe invité, avec trois spectacles prévus la saison prochaine. C'est l'ancienne étoile Aurélie Dupont qui lui succède à la direction de la Danse. Cette dernière a affirmé vouloir "continuer" le travail de son prédécesseur, dans une conférence de presse tenue le 4 février.

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