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Avignon : pourquoi la pièce sur Mohamed Merah crée la polémique

Une pièce de théâtre sur les dernières heures du jihadiste toulousain Mohamed Merah, dont la dernière représentation a eu lieu mardi 11 juillet, dans la programmation off du festival d'Avignon, a suscité de vives réactions d'associations et de proches des victimes.

Pont d'Avignon
Pont d'Avignon
Crédit : weloveprovence.fr
Sarah Ugolini & AFP

C'est une pièce de théâtre qui crée la polémique. Son sujet ? Les dernières heures du jihadiste toulousain Mohamed Merah. La pièce intitulée "Moi, la mort je l'aime comme vous aimez la vie", écrite par l'auteur algérien Mohamed Kacimi a été écrite à partir du verbatim des derniers échanges entre les policiers et le tueur retranché dans son appartement, avant qu'il ne soit abattu par le Raid. Sa dernière représentation a eu lieu hier, mardi 11 juillet, dans la programmation off du festival d'Avignon

La production théâtrale a suscité de vives réactions d'associations et de proches des victimes. Rappelons que les 11 et 15 mars 2012, Mohamed Merah, 23 ans, avait tué trois militaires par balle dans la rue, à Toulouse et Montauban, puis, le 19 mars, trois enfants et un enseignant dans un établissement scolaire juif de Toulouse, avant d'être tué le 22 mars.

Des avocats de proches de victimes de Mohamed Merah ont en effet demandé au metteur en scène Yohan Manca et à l'auteur du texte Mohamed Kacimi l'annulation de la représentation dans un courrier daté du lundi 10 juillet. "Nous qui avons la responsabilité de porter la voix de ceux qui ont péri à Toulouse et Montauban et celle de leurs familles, nous considérons qu'une telle entreprise de réhabilitation dans le contexte que nous traversons sous couvert d'alibi culturel est une honte et un déshonneur. Nous vous demandons d'y renoncer", écrivent Mes Patrick Klugman, Ariel Goldman, Elie Korchia et Jacques Gauthier-Gaujoux. "Montrer ça [...] ça peut tenter ces jeunes, ça peut montrer que c'est un héros aujourd'hui, j'ai pas trouvé ça intelligent. Je suis pour la liberté de musique, de théâtre, la liberté, mais pas de cette manière-là", a déclaré à l'AFP Latifa Ibn Ziaten, mère d'un militaire tué par Merah.

Le metteur en scène a fait l'objet de menaces de mort

Selon le théâtre avignonnais accueillant la pièce, qui n'a pas été annulée, celle-ci s'est déroulée mardi sans perturbations. La direction de l'établissement assume ce choix périlleux sur un sujet aussi sensible que le terrorisme. "C'est un beau spectacle, avec un texte pédagogique, que nous sommes fiers de défendre et qui pose bien la question des mécanismes de la radicalisation", a réagi Pascal Keiser, directeur de La Manufacture qui programmait la pièce. Le metteur en scène tente de justifier des intentions louables. "Je me suis écroulé en larmes après la représentation, il y a eu beaucoup de pression, j'ai eu des menaces de mort", a confié après le spectacle Yohan Manca, qui joue également le rôle de Merah. Pour lui, "Merah, avant d'être un monstre, était un être humain. Pour essayer de comprendre ces jeunes terroristes, il faut entrer dans leurs têtes, dans leur parole. Ce n'est pas parce qu'on les humanise qu'on les excuse".

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Le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA) "reçoit un très grand nombre de protestations émanant de citoyens scandalisés et indignés". Il a assuré avoir chargé son avocat, Me Charles Baccouche, de déposer plainte à Avignon pour "apologie contre le terrorisme et antisémitisme". "Aucune plainte n'a été déposée à ce stade, à ma connaissance", a toutefois déclaré le procureur de la République d'Avignon, Philippe Guémas, en milieu d'après-midi.

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