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Donald Trump le 27 mai 2026
Crédit : WIN MCNAMEE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP
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Une décélération de l'Intelligence artificielle ? Donald Trump le refuse. Réagissant aux nombreuses voix du secteur qui réclament la mise en place de remparts contre une technologie qui pourrait devenir néfaste, le président américain qualifie ces lanceurs d'alerte de "forces négatives" et discrédite leurs craintes.
"Nous devançons la Chine sur le terrain de l'IA", s'est-il félicité dimanche 13 septembre lors d'un déplacement en Irlande, comme le rapporte Reuters. "Nous sommes le pays le plus sophistiqué du monde et franchement j'aimerais que ça reste le cas, car le gagnant c'est celui qui gagne (la course à) l'IA."
"Nous pouvons dresser des garde-fous, et faire ceci et faire cela", a-t-il poursuivi. "Mais je pense qu'il y a beaucoup de forces très négatives qui soulèvent la question et qui ne le devraient pas, et qui parlent de choses qui ne vont pas se produire."
Le prises de paroles alarmantes sur le manque d'encadrement du développement de l'IA se multiplient depuis une semaine. Jacob Coxon, un Britannique de 27 ans, a enflammé le débat mardi 8 septembre avec un message sur X. Ce chercheur en Intelligence artificielle, qui travaillait chez Anthropic après une première expérience chez OpenAI – deux géants du secteur – y annonçait sa démission pour des raisons éthiques.
Ce dernier tirait la sonnette d'alarme : "Aucune des deux entreprises n'agit de manière responsable. Elles foncent tout droit vers une super-intelligence capable de s'améliorer elle-même et jouent avec nos vies", a-t-il écrit. Avant d'ajouter : "Les gens qui construisent l'IA croient sincèrement qu'elle pourrait tous nous tuer d'ici la fin de la décennie. Ce n'est pas un coup marketing."
Sa démission intervient alors qu'Anthropic prépare une entrée en Bourse géante, après un été marqué par des piratages menés, sans autorisation, par des outils d'IA en test de plusieurs laboratoires.
En effet, si les questionnements autour de l'IA se sont accéléré ces derniers jours, la question s'est invitée dans le débat national américain dès juillet avec la révélation d'un incident qui a vu des IA d'OpenAI sortir spontanément de leur milieu confiné pour rejoindre internet et attaquer la plateforme d'IA Hugging Face. Depuis, OpenAI et Anthropic ont fait état d'autres incidents similaires, dont ces entreprises ne se sont rendu compte que plusieurs jours, voire plusieurs mois après.
La prise de parole de Jacob Coxon en a libéré d'autres. Le même jour, Evan Hubinger, l'un des responsables de la sécurité chez Anthropic, s'est joint aux craintes du Britannique : "Jacob a raison. Nous croyons vraiment, sincèrement que l'IA pourrait tuer tous les humains", a-t-il écrit sur X. "À titre personnel, je pense que les chances que cela se produise durant la prochaine décennie sont supérieures à 10%." Le lendemain sur la BBC, le prix Nobel de physique 2024 Geoffrey Hinton, pionnier de la recherche sur l'intelligence artificielle, a acquiescé : "10% est une estimation qui ne m'apparaît pas déraisonnable."
L'appel a atteint les dirigeants des mastodontes de la tech, comme le rapporte Sky News : samedi 12 septembre, le patron d'Anthropic Dario Amodei a publié un message dans lequel il plaide pour une décélération sur l'IA afin de permettre de mieux appréhender les risques découlant des nouvelles capacités de l'intelligence artificielle. Il y détaille un plan en trois parties, dans lequel il s'engage notamment à faire appel à des évaluations extérieures sur les mesures de sécurité mises en place au sein d'Anthropic.
Son message a reçu l'aval d'autres figures de l'intelligence artificielle : Elon Musk, propriétaire de X, qui dispose de sa propre intelligence artificielle Grok, a écrit "Dario a raison" sur le réseau social. Sam Altman, PDG d'OpenAI, s'est fendu d'une communication similaire : "Je suis d'accord avec Dario, nous devons tracer la frontière. C'est un sujet de discussion prépondérant chez OpenAI ces dernières semaines."
Si beaucoup dans le milieu ont salué le message de Dario Amodei, d'autres se sont interrogés sur ses motivations. Pour Brian Roemmele, entrepreneur et personnalité du secteur de l'IA, il s'agit d'un argumentaire commercial présenté à quelques semaines de la probable introduction en Bourse d'Anthropic. "Nous sommes l'entreprise responsable (parmi les géants de l'IA), nous sommes la solution, achetez" les produits ou les actions de la société qui vous offre "une prime de sécurité", a-t-il développé sur X.
Plusieurs figures du capital-investissement dans la tech ont aussi accusé Anthropic de "captation de la réglementation", c'est-à-dire de vouloir obtenir des pouvoirs publics qu'ils figent, par la régulation, une hiérarchie dont la start-up occupe le sommet. "Arrêtez de faire comme s'il s'agissait (d'une initiative) altruiste", a commenté l'ancien conseiller de Donald Trump sur l'IA David Sacks, encore influent à la Maison Blanche.
Du côté des démocrates, les appels à une réglementation se font de plus en plus entendre : "Nous avons besoin d'agir urgemment pour traiter ces problèmes et, malheureusement, les républicains ont démissionné de leurs responsabilités", a lancé dimanche le chef de file des démocrates à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, sur la chaîne ABC.
"Amodei ne va pas du tout assez loin", a même avancé le député démocrate Ro Khanna, sur X. "Nous devons suspendre (l'amélioration autonome) de l'IA", a-t-il proposé, et "instaurer la responsabilité civile et pénale de l'IA en cas de dommages" causés aux humains. Le sénateur Bernie Sanders et l'élu démocrate Greg Casar ont déposé début septembre une proposition de loi visant à suspendre le développement jusqu'à la création d'un régulateur.
L'approche est bien plus mesurée dans le camp d'en face, où la poursuite de la recherche est plutôt encouragée : "Si le Congrès se hâte et convoque une session extraordinaire pour essayer de réguler l'IA (via une loi), nous allons perdre la course (à l'intelligence artificielle) contre la Chine", a ainsi déclaré Mike Johnson, président de la Chambre des représentants, à la chaîne CNN. "Nous devons nous assurer que nous agissons de manière responsable pour ne pas étouffer l'innovation", a-t-il par ailleurs exhorté.
"Il s'agit d'assurer notre sécurité, mais aussi qu'un acteur malveillant ne mette pas au point une IA plus forte que la nôtre pour créer des armes biologiques ou autre", a ajouté Kevin Hassett, conseiller économique de Donald Trump.
Ralentir ou encadrer la recherche sur l'IA ne sera pas chose aisée. La concurrence entre les fleurons de cette technologie est telle, avec des centaines de milliards d'investissement en jeu, qu'aucun d'entre eux ne se risquera à lever seul le pied. Dario Amodei s'est dit prêt à se coordonner avec ses rivaux, hors Chine. Selon le site The Information, Anthropic, OpenAI et Google discutent depuis juillet de la création d'une instance professionnelle de supervision. Dario Amodei juge néanmoins, comme Sam Altman, que des règles fixées par le secteur lui-même ne seraient pas suffisantes. Or, Donald Trump se montre hostile à toute régulation.
En outre, freiner sans la Chine semble compromis. Dario Amodei suggère une synchronisation limitée aux "pays démocratiques", excluant la Chine, mais la course à l'IA et les avancées chinoises dans le domaine induisent "le dilemme le plus délicat" quant à savoir s'il faut ou non freiner, a-t-il analysé dans un entretien diffusé dimanche par la chaîne CBS.
Les États-Unis prévoient d'évoquer la sécurité de l'IA en marge de la visite du dirigeant chinois Xi Jinping à Washington, fin septembre, mais la Chine se méfie, selon plusieurs médias, d'une possible tentative américaine d'imposer sa nomenclature. Le décalage est d'autant plus prononcé que la Chine favorise l'émergence des IA dites ouvertes, c'est-à-dire accessibles gratuitement et modifiables, par opposition aux modèles dits fermés des grands noms américains. L'IA ouverte est, par définition, plus difficile à contrôler, car ses utilisateurs peuvent modifier ses paramètres, notamment pour des utilisations malveillantes.
En 2023, déjà, 350 personnalités du monde de l'IA signaient une pétition appelant à sécuriser la recherche : "Limiter les risques d’extinction posés par l’intelligence artificielle devrait être une priorité mondiale, aux côtés d’autres risques de grande ampleur comme les pandémies ou la guerre nucléaire", pouvait-on y lire, comme le rapportait Le Monde.
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