6 min de lecture Présidentielle 2017

Benoît Hamon : 6 temps forts à retenir de son investiture

ÉCLAIRAGE - Anne Hidalgo et Christiane Taubira sont notamment montées sur la scène de la Mutualité à Paris le 5 février, avant de laisser place au candidat socialiste, résolument optimiste et ancré à gauche.

Benoît Hamon lors de son discours d'investiture socialiste à la présidentielle 2017, le 5 février 2017 à Paris
Benoît Hamon lors de son discours d'investiture socialiste à la présidentielle 2017, le 5 février 2017 à Paris Crédit : Thomas SAMSON / AFP
Ambre Deharo
Ambre Deharo

Pendant deux heures environ, ils se sont succédés à la tribune dans une salle de la Mutualité parisienne qui accueillait 2.700 personnes. Le 5 février, Benoît Hamon a prononcé son discours d'investiture, entamant ainsi l'ultime chapitre de sa candidature à l'Élysée : la campagne présidentielle, face François Fillon, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron. 

Pas d'annonce grandiose, le candidat a tout d'abord remercié son équipe et a affiché une volonté de rester humble et modeste alors que la bataille qui l'attend s'annonce féroce. Benoît Hamon n'a pas non plus profité de l'ambiance politique tendue alors que François Fillon est empêtré dans le scandale des emplois fictifs supposés de sa femme et de deux de ses enfants. 

À aucune moment n'a-t-il expressément nommé ses ennemis dans cette bataille, se contentant de critiquer par moment des courants de pensée bien éloignés de l'optimisme qu'il souhaite ramener en France.

1. La bienveillance de Christiane Taubira et Anne Hidalgo

"Nous étions presque condamnés à mort, à une disparition immédiate, nous avons repris des couleurs". Sur la scène de la Mutualité, Anne Hidalgo s'est voulue positive et a rendu hommage à Benoît Hamon pour son "humilité" et son "sens du travail". Et d'insister sur la figure du candidat comme l'homme de la situation en vue d'un rassemblement. "Il y a encore quelques semaines nous étions en voie de disparition, relégués dans les profondeurs du classement, nous étions dans le gruppetto (...) aujourd'hui nous sommes de retour dans le peloton de tête". Et de défendre une gauche de valeurs et d'idéal, qui n'a rien de "vulgaire", selon elle.

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Christiane Taubira s'est placée sur la même ligne lors de sa prise de parole, ovationnée par le public."Avec toi Benoît, nous partons à la reconquête des cœurs et des esprits", a-t-elle lancé. "Nous allons redevenir une gauche de combat plutôt qu'une gauche de constat", a-t-elle martelé. Rappelant dans son éloquence habituelle que la gauche fait de la politique "parce que nous avons le souci de la personne humaine. Nous faisons de la politique et nous la faisons à gauche pour afficher des partis pris pour des rapports de justice plutôt que des rapports de force". 

Sans pointer du doigt un coupable en particulier, Christiane Taubira a dressé un constat fort du passé et de l'avenir de la gauche, si elle venait à remporter la présidentielle. "La gauche a toujours accédé aux responsabilités par temps rudes", a-t-elle ainsi analysé. "Lorsque de nouveaux dangers surgissent, que le monde vacille parce que les incertitudes ainsi que les désespoirs se mêlent aux espoirs publics. Et la déception commence à piaffer dès le premier jour, mais nous sommes prêts à faire face".

2. Benoît Hamon travaille sa stature présidentielle

Peu offensif lors de la primaire sur la position de la France à l'international, Benoît Hamon a souhaité présenter une stature davantage d'homme d'État, alors qu'il est attendu sur les questions géopolitiques par ses adversaires, notamment François Fillon et Marine Le Pen. Il s'en est ainsi pris à Vladimir Poutine et sa politique interventionniste. "Je ne tiens pas pour acquis le viol de la légalité internationale en Crimée", a-t-il ainsi attaqué. "Que je ne tiens non plus pour acquis l'organisation de la déstabilisation d'un pays, l'Ukraine, parce qu'on n'est pas d'accord avec sa majorité politique." 

Et d'attaquer également les admirateurs du dirigeant russe en France et à l'international. "Je le dis à ceux, à gauche comme à droite, qui sont fascinés par Poutine, par je ne sais quel surplus de testostérone et de virilité qui sert de modèle à des hommes présidentiels putatifs : il n'est pas mon modèle".

3. Le candidat non providentiel

Sans pour autant les nommer, Benoît Hamon s'en est pris à ses adversaires de droite et d'extrême droite, toujours dans un souci de s'afficher humble. "Je ne suis pas l'homme providentiel et je ne le demande pas", a-t-il ainsi martelé à plusieurs reprises. S'affirmant comme candidat qui prend de la hauteur, le socialiste a d'ailleurs dénoncé cette figure mythologique, pour lui dépassée. "Je ne crois pas du tout dans cette forme d'immaturité qui consiste à choisir (...) un guide", a-t-il ainsi attaqué. 

Une manière aussi pour lui d'introduire sa vision de la politique comme celle d'une société à laquelle il souhaite intégrer le citoyen dans le processus législatif, notamment. C'est sa VIe République, afin d'entamer une "nouvelle ère politique qui permette à notre démocratie de respirer".

4. La défense d'un bilan

Après avoir quitté le gouvernement en raison de ses différends avec François Hollande, Benoît Hamon avait été très critique de l'action de celui-ci. C'est  notamment sur cette opposition qu'il avait mené campagne contre Manuel Valls, grand absent de cette investiture. Pourtant, lors de son discours, le député des Yvelines a tenu à rendre un certain hommage au bilan du quinquennat de François Hollande. Et à l'homme, en premier lieu. "Il a su nous protéger, et à ce titre, comme des millions de Français, je lui suis reconnaissant", a-t-il ainsi déclaré. Dénonçant la loi Travail et l'utilisation du 49.3, Benoît Hamon a toutefois tenu à nuancer le bilan pourtant très contrasté du mandat de François Hollande. 

"Ne pas faire tomber les têtes" afin de mieux rassembler, prendre de la hauteur et penser à voir plus loin... l'ancien ministre de l'Éducation s'est montré plus clément à l'égard de ses anciens collègues. Avant toutefois d'ajouter que selon lui, "un bilan ne suffit pas à gagner l'élection. Notre responsabilité est de prendre ce bilan, de nous tourner vers l'avenir et de savoir où nous voulons aller". Une idée qui est revenue à plusieurs reprises. Benoît Hamon veut une ligne pour le future, réelle, et ne plus se disperser.

5. La question européenne

Très présent sur les questions sociales et économiques pendant la primaire, et sans pour autant annoncer de nouvelles promesses, Benoît Hamon est revenu longuement sur l'enjeu européen. Lui qui souhaite amorcer une "transition européenne", donc. Face à l'hostilité d'un Donald Trump ou d'un Vladimir Poutine, le projet européen ne peut plus se permettre d'être fragile et se doit de rétablir un "agenda mobilisateur", a affirmé Benoît Hamon. 

Sa transition s'articulerait autour de quatre axes. Le premier, dicté par une "urgence" situationnelle, concerne la défense de l'Union. Le candidat a réaffirmé son souhait d'une politique de coopération militaire et financière sur tout le territoire européen, afin notamment d'assurer la sécurité aux frontières. Le second axe implique la question de l'énergie au sein de l'Union : Benoît Hamon a évoqué une nouvelle fois sa volonté de voir un traité énergétique mis en place afin de faire avancer la transition au niveau national et en même temps de pouvoir sécuriser un approvisionnement pour tous. Et justement cet axe serait complémentaire d'un autre : celui de l'investissement en matière de transition énergétique, dont l'effort "au niveau européen doit être porté à 1.000 milliards d'euros", pour ainsi réduire les inégalités entre pays et populations. Enfin le quatrième axe consiste à établir un nouveau traité budgétaire européen, afin de réinjecter une "régulation démocratique européenne".

6. L'invincibilité par le rêve

Remettant au centre de son discours la question de l'automatisation de certains emplois, conduisant à terme à la raréfaction du travail, Benoît Hamon a réaffirmé la nécessité de son revenu universel d'existence. Conscient des critiques lancées à foison par la droite, l'extrême droite et même une certaine frange de la gauche, le candidat a fait appel à l'Histoire pour inciter à croire en sa mesure : "Il fut un temps où des doux rêveurs ont fait la sécurité sociale, le système des retraites, l'assurance maladie, à un moment où le pays était en ruines", a-t-il ainsi rappelé. 

Une situation qu'il met en parallèle avec le contexte actuel français alors que le chômage peine à diminuer et où le poids de la dette s'alourdit et que la grogne monte. Sauf que pour le candidat Hamon, l'Histoire parle pour lui et valide son idéal d'un revenu universel. "Nous allons rêver si fort que ce sera possible", a-t-il ainsi clamé. Avant de conclure, optimiste : "Nous serons invincibles".

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