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La "théorie du genre" n'existe pas, affirment des universitaires

Le genre est un objet d'étude, et non une "théorie", affirment des universitaires. " Ce que disent les études de genre, c'est qu'il n'y a pas de rapport nécessaire entre les deux", explique Anne-Emmanuelle Berger.

Une femme défile, le 15 janvier 2000 à Paris, à l'appel du Collectif national pour les droits des femmes
Une femme défile, le 15 janvier 2000 à Paris, à l'appel du Collectif national pour les droits des femmes Crédit : AFP
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Il n'y a pas "une théorie du genre" mais "des études de genre", selon des universitaires qui dénoncent l'instrumentalisation d'un débat scientifique au profit de manoeuvres idéologiques. Schématiquement, les études de genre sont une discipline universitaire exercée par des chercheurs en sociologie, anthropologie, histoire, psychologie, etc., s'appliquant par exemple à déterminer si hommes et femmes sont biologiquement programmés pour exercer telle ou telle fonction.

"Il n'y a pas une 'théorie du genre' mais des tentatives de description, dans un champ de recherche scientifique qui existe depuis 60 ans, de la distinction entre sexe et genre", explique Anne-Emmanuelle Berger, directrice de l'Institut du genre au CNRS. "Il y a d'une part le sexe, défini par des caractéristiques biologiques - génétique, chromosomes, hormones - et d'autre part le genre, qui relève de la construction sociale. Ce que disent les études de genre, c'est qu'il n'y a pas de rapport nécessaire entre les deux", précise l'auteur du livre "Le grand théâtre du genre. Identités, sexualités et féminismes en Amérique" (2013).

Des recherches souvent instrumentalisées

Ce courant de recherche, apparu aux Etats-Unis au milieu du XXe siècle en médecine, est parti d'une étude de cas d'hermaphrodisme biologique chez des personnes nées avec des caractéristiques mâles et femelles, et dont on ne pouvait pas dire qu'elles étaient strictement hommes ou femmes. Le sexologue et psychologue néo-zélandais John Money a été le premier en 1955 à formuler rigoureusement la différence entre sexe et genre.

Selon le sociologue Jean-Marie Brohm, les hypothèses dégagées par la recherche dans ce domaine ont souvent été "instrumentalisées", la récente rumeur sur une introduction de la "théorie du genre" à l'école lancée par Farida Belghoul n'étant que le dernier "détournement". "Les courants féministes radicaux ont par exemple détourné certains principes pour affirmer que la sexualité et le genre ne sont que constructions sociales, ce qui est en partie vrai et en partie faux", dit-il. "C'est une question qui depuis 1968 a beaucoup troublé les esprits", ajoute l'auteur du livre "Le sexe des sociologues, perspectives sexuelles en sciences humaines" (2003).

"Préoccupations légitimes mais irrationnelles"

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Selon Anne-Emmanuelle Berger, le mouvement de boycott des écoles a trouvé un écho particulier auprès des communautés qui exprimaient déjà leur défiance vis-à-vis de l'école. "Certaines communautés ne font plus confiance à l'école, car l'institution n'a pas fonctionné comme un ascenseur social pour elles, échouant à effacer les inégalités et les discriminations dont peuvent être notamment l'objet les enfants issus de l'immigration", explique Anne-Emmanuelle Berger.

"C'est ce ressentiment, qui est allé grandissant envers toutes les institution républicaines, qui a été instrumentalisé avec cette rumeur", ajoute-t-elle, dénonçant "une politique menée à des fins de déstabilisation de la sphère publique et d'hystérisation des citoyens". "Au moment du débat autour de la loi Veil sur l'IVG, l'extrême droite était hystérique. De même avec l'abolition de la peine de mort, le débat sur la fin de vie, et tous ces sujets de société très sensibles qui suscitent des préoccupations légitimes mais irrationnelles", rappelle Jean-Marie Brohm.

"Les inégalités des rapports de sexe", un "élément de doctrine chez les fondamentalistes"


Selon le sociologue, la polémique sur la question du mariage homosexuel a ravivé les fondements de la "théorie du genre", "les inégalités des rapports de sexe dans la sphère publique et domestique étant un élément de doctrine chez les fondamentalistes religieux", observe Anne-Emmanuelle Berger. Sur ces débats de société "se sont greffées des préoccupations idéologiques, autour du respect des convictions religieuses et des valeurs familiales" notamment à l'école, "qui a toujours été accusée de détruire ces valeurs", dit Jean-Marie Brohm, ajoutant qu'"on ne peut pas transformer la mentalité des gens par des décrets, ni par des lois".

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