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"On va tous sauter" : la nuit où Max Meynier a vécu une prise d'otage en direct dans les studios de RTL

Dans la nuit du 8 au 9 février 1974, RTL a vécu l'un des épisodes les plus marquants de son histoire. Pendant plusieurs heures, l'animateur Max Meynier est retenu en direct par un homme armé, au cœur d'une prise d'otage qui tiendra la station, la police et les auditeurs en haleine jusqu'à l'aube.

Un ancien studio RTL.

Crédit : RTL

9 février 1974 : Max Meynier pris en otage à RTL du 26 juillet 2026

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Alexian Giron

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Une première en France. Dans la nuit du vendredi 8 février au samedi 9 février 1974, RTL a vécu l'un des épisodes les plus marquants de son histoire. Au 22 rue Bayard vers 23h15, un homme se présente à l'accueil de la station comme un auditeur fidèle des Routiers sont sympa. Quelques instants plus tard, il surgit dans le studio de Max Meynier, voix emblématique de RTL. L'animateur vedette est alors en direct. Le ravisseur tire un coup de feu et retient l'équipe sur place. Ainsi commence l'histoire d'une prise d'otage en direct à la radio. 

Pendant trois quarts d'heure, les auditeurs ne se doutent de rien. Le direct a été coupé et des disques s'enchaînent à l'antenne. Aux alentours de minuit, l'animateur reprend l'antenne. 

"RTL, il est zéro heure cinq. Je suis toujours avec vous pour des raisons très spéciales, est-il possible d'entendre. Ce que je vais vous dire, vous allez peut-être penser que c'est un gag. En fait, il ne s'agit pas d'un gag du tout. Depuis une demi-heure à peu près, un monsieur est rentré dans le studio et a tiré un coup de feu. Je pensais que c'était un plaisantin, je pensais qu'il s'agissait d'un revolver d'alarme. Pas du tout, c'est un 7.65. Monsieur m'a fait voir la douille."

Max Meynier poursuit : "Ce monsieur a à la main une grenade qui est dégoupillée. Il a fermé la porte du studio. Et ses conditions sont très simples. Il exige que je lise un message qu'il m'a donné depuis une demi-heure. Je viens de recevoir l'ordre de vous diffuser ce message après tractation entre ce monsieur et la direction de RTL. Ce monsieur exige deux choses. D'une part, que je lise ce message. Et d'autre part, il veut avoir une demi-heure d'antenne à l'ORTF sur les trois chaînes de la télévision demain soir". 

Georges Lang accueille la police à l'entrée de la radio

La police est rapidement prévenue des faits qui se déroulent dans les locaux de RTL. Parmi les forces de l'ordre se trouve Claude Cancès, ancien patron de la PJ du 36 quai des Orfèvres, commissaire stagiaire au commissariat du 8e arrondissement au moment de la prise d'otages. À l'extérieur du bâtiment, les policiers sont accueillis par Georges Lang, présent cette nuit-là dans les locaux.

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"On m'avait demandé à RTL de descendre et d'accueillir la police, se souvient-il. Donc j'ai accueilli les gens qui venaient à pied, en courant. Et je leur ai dit, vite, suivez-moi, il faut monter un étage et on va arriver au studio de Max." Le bureau de Georges Lang, qu'il partageait avec Max Meynier, se trouvait en face de ce fameux studio. 

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"Quand j'ouvrais la porte, je voyais ce qu'il se passait dans le studio. Et puis j'ai vu arriver quelqu'un à un moment donné, un peu déterminé, qui a bousculé tout le monde, qui est entré dans le studio et qui a claqué la porte", racontait-il à l'antenne de RTL en 2016.

"Je vous conseille une chose, si vous voulez qu'on ait une chance de s'en sortir..."

La nuit va être longue pour Max Meynier ainsi que pour ses collaborateurs. Dans le studio se trouvait également : l'assistant de Max Meynier, sa scripte et son technicien-réalisateur Jean-Pierre Raymond, qui va décider d'enregistrer la prise d'otages. Entre 23h30 et minuit, ce soir-là, Jacques Robert, le preneur d'otages, échange avec le directeur de RTL, Jean Farran. L'individu se montre davantage menaçant s'il n'obtient pas gain de cause vis-à-vis de ses exigences. 

"Moi, je vous conseille une chose, si vous voulez qu'on ait une chance de s'en sortir, c'est de le passer [son message de deux pages, ndlr] avant que la Bac [Brigade anti-criminalité, ndlr] soit là. [...] Parce qu'après, ça sera marrant, on va tous sauter. Une fois que c'est passé, ils ne bougeront plus. Ça sera fait. J'aurai satisfaction", menace-t-il. 

Un moment d'inattention et la grenade explose

L'inquiétude des forces de l'ordre étant que sous l'effet de la fatigue ou de l'inattention, le ravisseur relâche la pression de sa main sur la cuillère de la grenade. Étant dégoupillée, celle-ci aurait immédiatement explosé. Un dialogue s'engage alors entre Jacques Robert et Claude Cancès. 

"Je te précise une chose, tu vois, elle est rouge. C'est une mèche extra rapide, tu vois ce que je veux dire ? [...] J'ai même pas besoin de la jeter, tout le monde en profite. T'as bien compris ? Personne n'aura le temps de sortir, même pas moi", explique le preneur d'otages au policier d'origine toulousaine. 

Claude Cancès rétorque de l'autre côté de la porte : "Tu es bavard, toi. Dis-moi, mon pote, j'ai entendu ce que tu viens de dire, pour l'histoire de la grenade. Il est certain que si tu te fatigues trop, il va venir un moment où tu vas la lâcher". 

Le policier propose alors à Jacques Robert de lui passer une "épingle à cheveux" sous la porte pour mettre la grenade en sécurité. "Non, pas question", répond le ravisseur d'un ton agressif. 

Max Meynier tente de convaincre le preneur d'otage de se rendre

Durant cette même nuit, Max Meynier tente de raisonner Jacques Robert et de le convaincre de se rendre. En vain. "Tu te rends compte de ce que tu as réussi à faire ? Tu es vachement gonflé. Il y a des millions de mecs qui rêvent de faire ce que tu fais. Toi, tu l'as fait", lui lance Max Meynier. 

"Alors, ça me donne une belle jambe. Si je ne vais pas jusqu'au bout, ça me donne une belle jambe", répond Jacques Robert, qui souhaite toujours avoir 30 minutes d'antenne sur les trois chaînes de la télévision française. 

L'animateur décide de faire l'interview de Jacques Robert pendant la prise d'otage

Tandis que Max Meynier et son équipe sont toujours bloqués dans ce studio, l'animateur va alors faire l'interview de Jacques Robert afin d'en savoir plus sur l'individu. Celui-ci va ainsi se livrer. Dans les archives, on découvre que l'homme est un "citoyen français" avant d'expliquer le déroulé des faits au micro de RTL. 

"Ce que j'ai fait ce soir, disons que c'est un petit peu avoir couru après un fantasme personnel, à savoir que je pense que les Français ne sont pas le peuple couché qu'on veut bien dire, mais que jusqu'à maintenant, il manquait de la possibilité de s'exprimer. Je pense leur avoir donné l'occasion...", commence Jacques Robert.

Et de poursuivre : "Je me suis présenté au bureau de RTL, puisque je savais que les dispositions des lieux s'y prêtaient, à savoir que c'est un bureau assez hermétique, avec trois personnes, et qu'une fois qu'on est dedans, il est très difficile de pouvoir réduire quelqu'un qui est décidé à aller jusqu'au bout". 

Jacques Robert raconte également avoir profité de l'inattention d'un collaborateur qui "répondait à un coup de fil" pour s'introduire dans le studio. "Lorsque je suis arrivé, j'ai sorti la grenade de ma poche et je vous ai présenté, vous le savez, mon revolver. Vous avez cru à une plaisanterie et il a fallu que je vous tire une balle à quelques centimètres de l'oreille pour que vous compreniez que c'était sérieux", conclut le preneur d'otages face à Max Meynier. 

Jacques Robert finit par libérer tout le monde après de longues négociations

La direction de RTL finit par donner son accord afin que le message du ravisseur soit diffusé sur l'antenne. Tandis que la station a répondu à ses attentes, Jacques Robert n'en a jamais assez. Désormais, il veut passer à la télévision. De nouvelles négociations vont ainsi commencer entre Jean Farran, directeur de RTL, Marceau Long, directeur général de l'ORTF et le preneur d'otages. 

"Je puis vous assurer, n'est-ce pas, que si vous quittez vos armes, nous vous ferons passer demain à l'ORTF", lui assure Marceau Long, qui lui promet un "engagement formel". À l'issue de cet échange, Jacques Robert demande que "cet engagement" soit "confirmé" aux journalistes. Tandis que tout le monde pense que le dénouement est proche, le ravisseur souhaite finalement négocier un passage de plus à la télévision le lendemain soit avant et après le journal. 

Vers trois heures du matin, il accepte de libérer la scripte de l'émission dont les nerfs commencent à lâcher. Elle témoigne à l'antenne de RTL le lendemain matin pour le journal de 6h30. "Ça a été long, ça a duré une demi-heure parce qu'il ne voulait pas me laisser sortir. Finalement c'est Max Meynier qui est arrivé à le convaincre à l'intérieur et quelqu'un d'autre à l'extérieur à travers une vitre. Je suis sortie à l'aide d'une glace qui lui permettait de voir la porte et de voir s'il y avait quelqu'un derrière", racontait-elle à l'antenne de RTL quelques heures après sa libération. 
Tandis que la nuit se poursuit, le forcené finit par libérer les otages et sortir du studio à condition de faire "une conférence de presse" aux alentours de 4h30 du matin. Sa demande est acceptée. De nombreux journalistes font le déplacement dans l'un des studios de la station. Il s'avère finalement que la grenade était factice. Cette nuit-là, personne ne sera ni tué ni blessé.

Il avait menacé de mort Louis de Funès

Jacques Robert, quant à lui, est connu des services de police. Il avait été arrêté en 1953 pour le meurtre de son père, avant d'être acquitté. Quelques années plus tard, il avait enlevé Fernand Raynaud, mais également menacé de mort et réclamé une rançon à Louis de Funès. 

Après la prise d'otages à RTL, Jacques Robert fait encore parler de lui. Mais cette fois son opération vire au drame. Le 30 septembre 1977, vers 13 heures, une caravelle d'Air Inter, à bord de laquelle se trouvent 90 passagers, est détournée et contrainte de se poser à l'aéroport d'Orly d'où elle venait de décoller. Jacques Robert est le preneur d'otages.

Il détient encore une grenade qu'il menace de faire exploser. Après plusieurs heures de négociations qui n'aboutissent pas, à 20 heures, le commissaire, qui dialogue avec Jacques Robert, fait savoir au pirate qu'il a "un de ses amis près de lui". Cet ami, c'est Max Meynier, qui tente de le convaincre de se rendre. Les forces de l'ordre finissent par lancer l'assaut. L'opération se solde par la mort d'un passager et quatre personnes sont blessées. 

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