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Adama Traoré : les zones d'ombre autour de cette affaire

ÉCLAIRAGE - L'épineuse affaire de la mort d'Adama Traoré pendant son interpellation par les gendarmes revient dans l'actualité avec le jugement de deux de ses frères pour violences.

Entre 1.500 et 5.000 personnes ont participé à une marche blanche pour Adama Traoré le 22 juillet à Beaumont-sur-Oise.
Entre 1.500 et 5.000 personnes ont participé à une marche blanche pour Adama Traoré le 22 juillet à Beaumont-sur-Oise.
Crédit : Thomas SAMSON / AFP
Julien Absalon
Julien Absalon

L'affaire Adama Traoré sera pour la première fois abordée dans un tribunal, mais pas directement sur les faits du 19 juillet qui ont conduit à la mort durant son interpellation du jeune homme de 24 ans et à l'embrasement de Beaumont-sur-Oise et les communes voisines en juillet dernier. Mercredi 14 décembre, deux frères de la victime comparaissent devant le tribunal de Pontoise pour des violences, menaces de mort et outrages présumés contre huit policiers municipaux et gendarmes.

Des échauffourées avaient eu lieu le 17 novembre dernier en marge d'un conseil municipal de Beaumont-sur-Oise. La situation avait dégénéré ce soir-là lorsque les forces de l'ordre avaient refoulé une partie de la famille qui voulait assister à la réunion censée se prononcer sur la prise en charge des frais de justice de la maire, qui a porté plainte pour outrages et menaces après la mort d'Adama Traoré.

Cette audience remet en lumière ce dossier épineux, dans lequel les proches et soutiens de la famille d'Adama Traoré dénoncent une bavure policière.

Une interpellation au déroulement flou

Le 19 juillet dernier, les gendarmes interviennent en fin d'après-midi à Beaumont-sur-Oise pour interpeller l'un des frères d'Adama Traoré, Bagui, dans le cadre d'une affaire pour extorsion de fonds. Les deux hommes sont ensemble lorsque des gendarmes procèdent à l'interpellation. Bagui Traoré coopère mais son frère tente de s'interposer et prendre la fuite. Intercepté quelques mètres plus loin, le jeune homme est menotté. 

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Lors d'une audition menée par l'Inspection générale de la gendarmerie nationale, le chef de la patrouille concernée a raconté le déroulement de l'interpellation musclée : "J'exerce une force sur son bras droit pour le déplier, bras droit qui se trouve sous son corps. L'individu est contracté et nous empêche d'avoir une visibilité sur ses mains. Je tire à l'aide de mes deux deux mains sur son bras droit pour faire passer son bras droit dans son dos. Une fois que c'est fait, j'applique un contrôle dorsal costal le temps du passage des menottes".

Placé à l'arrière de la voiture de gendarmerie, avec les menottes dans le dos, Adama Traoré commence alors à "s'assoupir", selon les termes d'un agent. Une "perte de tonus musculaire" est alors constatée au moment de l'extraire de la voiture et de le placer en position latérale de sécurité. "Je l'entends respirer. Il a fait un malaise, pour moi", ajoute le gendarme. Les secours arrivent mais ne peuvent rien faire pour ramener à la vie le jeune homme.

Les gendarmes contredits par un pompier

Interrogé le 2 août par l'IGGN, un pompier a affirmé que "personne" ne s'occupait d'Adama Traoré au moment de son arrivée. "La victime se trouve sur le ventre, face contre terre", a-t-il assuré selon un rapport cité dans Le Monde

Des autopsies qui sèment le trouble

Yves Jannier, le procureur de la République de Pontoise, évoque dans un premier temps l'hypothèse du "malaise" pour expliquer le décès, tandis que la famille d'Adama Traoré dénonce des violences de la part des gendarmes.

La première autopsie, dont les conclusions ont été rendues publiques par le procureur deux jours après le drame, souligne l'absence de traces de violence significatives. Il est également affirmé que le jeune homme souffrait d'une "infection très grave" touchant plusieurs organes, laissant entendre que la mort est de cause médicale. Mais une semaine plus tard, une contre-expertise balaie cette explication. S'il n'y a toujours "aucune trace de violences susceptible d'expliquer le décès", cette deuxième autopsie évoque un "syndrome d'asphyxie". Une troisième autopsie avait été demandée par la famille, mais cette requête a été rejetée par la justice. Le procureur avait pourtant reconnu que "les actes demandés n'étaient pas de nature à apporter des éléments de réponse", mais plaidait pour le "respect du corps".

Les déclarations du procureur en cause

Le procureur Yves Jannier est au coeur des critiques des soutiens d'Adama Traoré pour avoir omis d'évoquer le "syndrome asphyxique" qui était également inscrit dans la première autopsie, comme le souligne Libération. "On a l'impression que le procureur veut noyer le poisson, alors qu'il sait très bien ce qui s'est passé puisqu'il a vu, comme nous, les rapports", déplorait alors l'un des frères de la victime, Lassana Traoré. Le procureur s'était alors justifié en assurant qu'il communiquait sur les informations les plus pertinentes à son sens.

Le 15 septembre, la presse se fait l'écho d'une mutation du procureur de la République pour une nomination comme avocat général à Paris. Si la demande avait été faite avant le drame, Le Monde relevait que cette mutation arrivait "à point nommé" alors que des sources évoquaient des "problèmes de management".

En parallèle, la Cour de cassation a accepté, à la demande de la famille d'Adama Traoré, de retirer l'enquête à la juridiction de Pontoise pour la confier aux services d'instruction de Paris. "À Pontoise, l’instruction de l’affaire avait été catastrophique depuis le début. Le nouveau juge d’instruction va devoir tout reprendre depuis le début", s'était alors réjoui l'avocat Yassine Bouzrou dans les colonnes du Parisien.

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