3 min de lecture Afrique

Soudan du Sud : un pays au bord du chaos

DÉCRYPTAGE - Le Soudan du Sud fait face à une vague de violences depuis la mi-décembre, sur fond de rivalités inter-ethniques, et de lutte pour les régions pétrolières.

Un camp de réfugiés à Juba au Soudan du Sud
Un camp de réfugiés à Juba au Soudan du Sud Crédit : AFP/TONY KARUMBA
Héloïse Leussier
Héloïse Leussier
Journaliste RTL

Mettre fin à des combats qui ont déjà fait des milliers de morts, tel est l'objectif des négociations entre les belligérants au Soudan du Sud qui devaient commencer dimanche 5 janvier, à Addis Abeba, capitale de l'Ethiopie.

Les représentants du président Salva Kiir et ceux de son rival, l'ex-président Riek Machar, doivent engager des pourparlers cruciaux pour un pays au bord du chaos. Retour sur la situation explosive de ce jeune pays de 10 millions d'habitants, indépendant depuis 2011.

À l'origine du conflit : un président, son rival, deux ethnies

Le conflit doit son origine à une rivalité entre deux hommes : le président Salva Kiir "un militaire violent, plus spécialisé en exactions qu’en politique", selon un chercheur interrogé par Libération, et son rival Riek Machar, vice-président limogé en juillet 2013, qui ambitionne de se présenter à la présidentielle de 2015.

Les violences ont débuté mi-décembre, lorsque le président Salva Kiir a accusé Riek Machar d'avoir fomenté un coup d'Etat contre lui à la suite d'affrontements entre fractions rivales de l'armée. Riek Machar, en fuite, a nié toute tentative de putsch et a accusé le président de vouloir éliminer ses partisans.

À lire aussi
Portrait d'Adolf Hitler datant du 20 avril 1942. international
Namibie : un homme élu aux régionales s'appelle... Adolf Hitler

Des combats ont alors éclaté dans la capitale de Juba, ravivant les tensions ethniques entre les Nuers, le groupe de Riek Machar, et les Dinkas, l'ethnie du président Kiir, largement représentée dans l'appareil d'Etat et les forces gouvernementales. Des conflits sanglants entre Nuers et Dinkas avaient déjà secoué le Sud-Soudan au moment de la lutte pour l'indépendance.

Des combats dans l'ensemble du pays

Parti de Juba, le conflit s'est rapidement répandu dans d'autres régions, les rebelles partisans de Machar ont pris le contrôle de plusieurs régions pétrolières du Nord. Car le pétrole est également l'un des enjeux significatifs du conflit

"La compagnie BP estime que le pays a les plus grandes réserves de pétrole brut d'Afrique de l'Est. Tenir l’État revient à mettre la main ses ces réserves", rappelle Casie Copeland, consultante chargée du Soudan du Sud à l'International Crisis Group (ICG), interrogée par Le Monde.

À la veille de l'ouverture des négociations ce dimanche, des affrontements continuaient d'avoir lieu dans les Etats de l'Unité et du Nil supérieur, les forces régulières tentant de reprendre leurs capitales tenues par les rebelles. D'intenses batailles impliquant chars et artillerie ont également eu lieu à Bor, capitale de l'Etat de Jonglei, qui a changé de mains à trois reprises en près de trois semaines de conflit.

Carte de localisation des principales ethnies et des affrontements au Soudan du Sud
Carte de localisation des principales ethnies et des affrontements au Soudan du Sud Crédit : S. RAMIS / J. JACOBSEN

Au-delà des combats entre les rebelles et l'armée, "se rallument des conflits locaux, parfois très anciens mais aussi très durs. Dans l'est de l’État de Jonglei ressurgit la menace de l'armée blanche Nuer, une formation ancienne et très hétéroclite", explique Casie Copeland. D'où le risque de voir le conflit dégénérer en une multitude de sous-conflits.

Des conséquences humanitaires désastreuses

Ces violences ont forcé au moins 180.000 personnes à fuir leurs foyers et touché indirectement plusieurs centaines de milliers de personnes, selon l'ONU. Les populations se réfugient dans les bases des Nations Unies. Dans l'Etat des Lacs, à Awerialre un énorme camp regroupe jusqu'à 76.000 personnes.

Le conflit a également fait plusieurs milliers de morts, sans qu'un nombre précis puisse être avancé pour le moment. Plusieurs charniers ont été découverts à travers le pays, notamment à Bentiu. La Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) a dénoncé le 31 décembre "les atrocités commises contre des civils innocents".

Face à cette situation explosive, le Conseil de sécurité des Nations unies a autorisé le 24 décembre l’envoi de près de 6.000 Casques bleus supplémentaires pour renforcer Minuss et lui permettre de mieux protéger les civils. L'ambassade des Etats-Unis a appelé tous les Américains se trouvant au Soudan du Sud à quitter le pays.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Afrique Soudan du Sud Info
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants