3 min de lecture Élection présidentielle

Portugal : qui est Marcelo de Sousa, l'ultra populaire président réélu dimanche ?

PORTRAIT - Cultivant l'image d'un chef de l'Etat proche des gens, ancien commentateur vedette, le conservateur modéré Marcelo Rebelo de Sousa, a été réélu dimanche avec plus de 60% des voix dès le premier tour.

Marcelo Rebelo de Sousa, le président portugais réélu le 25 janvier 2021 avec 61,6% des voix dès le premier tour du scrutin
Marcelo Rebelo de Sousa, le président portugais réélu le 25 janvier 2021 avec 61,6% des voix dès le premier tour du scrutin Crédit : PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP
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Thomas Pierre et AFP

Il incarne à lui-seul la différence entre "populaire" et "populiste", une sorte d'anti-Bolsonaro. Réélu dimanche 25 janvier avec plus de 60% des voix dès le 1er tour, le président portugais Marcelo Rebelo de Sousa est un conservateur modéré doublé d'un vieux routard de la politique, mais aussi un homme réputé proche des gens. 

Les anecdotes sur son compte fourmillent. À 72 ans, il est un président qui attend patiemment son tour en bermuda dans la queue d'un supermarché, qui n'hésite pas à se jeter à la mer pour venir en aide à deux jeunes filles dont le canoë s'est retourné, ou encore à partager un repas avec des sans-abris...

Qu'il s'agisse d'un incendie meurtrier ou d'un succès du sport national, l'homme au regard bleu pétillant est souvent le premier à réagir, et même parfois à se rendre sur place au volant de sa voiture, en prenant de court le gouvernement socialiste ou son propre entourage.

"Marcelo", le président aux "selfies"

Le naturel et la spontanéité sont devenus la marque du chef de l'Etat, toujours prêt à se faire photographier avec ses admirateurs pour une "marselfie", hashtag populaire et néologisme reconnu par certains dictionnaires. Aussi à l'aise dans les milieux du pouvoir qu'avec les plus défavorisés, avec ses allures de monsieur tout-le-monde, il a imposé son style de "président des affects", qui prend le temps d'écouter et réconforter ceux qui sont dans la détresse.

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Cette proximité en a fait l'un des rares hommes politiques que les Portugais appellent par son prénom, qu'il tient de Marcelo Caetano, témoin de mariage de ses parents et qui, succédant au dictateur Antonio Salazar, a gouverné le Portugal entre 1968 et la Révolution des OEillets de 1974.

Un "chroniqueur redouté"

Né à Lisbonne le 12 décembre 1948, Marcelo de Sousa est issu des élites politiques de l'époque. Son père, médecin, a été ministre et gouverneur colonial sous Caetano. Étudiant brillant, le jeune Marcelo a obtenu son diplôme de droit avec une moyenne de 19 sur 20, et rêvait depuis son plus jeune âge de diriger son pays.

Jeune homme hyperactif, il se rapproche rapidement des milieux les plus modérés du régime qui réclament davantage d'ouverture, et il participe en 1973 à la création de l'hebdomadaire Expresso, dont il devient un des chroniqueurs les plus redoutés.

Sans jamais abandonner sa carrière d'éminent professeur de droit, ce fervent catholique, divorcé et père de deux enfants, se lance dans la politique après l'avènement de la démocratie, en participant à la fondation du Parti social-démocrate (PSD, centre-droit) dont il devient député, avant d'être ministre des Affaires parlementaires.

"J'ai connu plus d'échecs que de victoires"

Après un interlude de plusieurs années, il revient sur le devant de la scène en 1996, quand il prend les rênes du PSD, alors dans l'opposition. Pourtant, à quelques mois des élections législatives de 1999, il manque sa chance en jetant l'éponge après l'échec d'un projet de coalition de droite.

"J'ai connu plus d'échecs que de victoires, donc je relativise toujours. Quand j'ai perdu, ce n'était pas la fin du monde. Et quand j'ai gagné, je ne me suis pas pris pour le meilleur", a-t-il déclaré récemment, en réponse aux critiques qui l'accusaient de ne pas s'impliquer assez dans la campagne qui devait sceller sa réélection.

"Marcelo Rebelo de Sousa n'a pas vraiment besoin de faire campagne. Il a lui-même l'habitude de dire qu'il est en campagne depuis vingt ans", explique la politologue Paula Espirito Santo, de l'université de Lisbonne. Car cet électron libre de la vie politique est parvenu à asseoir solidement sa popularité, au-delà même de son camp conservateur, grâce à une longue carrière de commentateur vedette de la politique à la télévision qu'il n'a abandonnée que pour devenir président.

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