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"Ce téléphone est comme une bouée de sauvetage" : pourquoi le dispositif d'alerte incendie inquiète les victimes de violences conjugales au Royaume-Uni

Vendredi 14 août, une alerte pour avertir des risques d'incendie a été émise dans tout le pays. Or, les associations d'aide aux victimes de violences conjugales regrettent que le dispositif ait pu mettre des femmes en danger. Certaines d'entre elles possèdent en effet un téléphone secret pour échapper à l'emprise de leur mari ou compagnon violent.

Une alerte d'urgence concernant les feux de forêt est affichée sur un téléphone, au Royaume-Uni, le 14 août 2026.

Crédit : CARLOS JASSO / AFP

Quentin Menu

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Une sonnerie bruyante et perçante qui a duré plusieurs secondes. Vendredi 14 août, les Britanniques ont sursauté en recevant une alerte du gouvernement sur leur téléphone portable, invitant à la plus grande prudence en cette période de sécheresse intense afin d'éviter les incendies. La notification, reçue en fin de journée, appelait à éviter barbecues et autres comportements à risque alors que plusieurs départs de feux étaient signalés dans le pays.

Problème : tous les téléphones, dans tout le pays, ont sonné. Même les téléphones cachés qu'utilisent régulièrement les femmes victimes de violences conjugales pour échapper à l'emprise de leur mari ou compagnon. Les associations d'aide aux victimes ont donc vivement alpagué le gouvernement, considérant que cette sonnerie aurait pu mettre en danger de nombreuses femmes.

"Une bouée de sauvetage"

"De nombreuses personnes victimes de violence conjugale possèdent un second téléphone secret pour rester en contact avec leurs amis ou des professionnels, et cette alarme aurait immédiatement alerté les agresseurs", dénonce auprès de BBC News Padua Eaton, une femme de 29 ans qui a monté son propre groupe de soutien aux femmes battues dans un petit village du centre de l'Angleterre. Son "cœur s'est arrêté", vendredi, lorsque son téléphone a retenti.

Elle appelle le gouvernement à revoir sa doctrine sur l'usage de ce genre de messages d'alerte, en favorisant des notifications silencieuses plutôt que des sonneries stridentes laissant clairement deviner d'où provient le son. "Si les alarmes deviennent plus fréquentes, les victimes pourraient ne plus se sentir en sécurité en gardant ces téléphones", estime la jeune femme.

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Ce n'est pas la première fois que d'anciennes victimes de violences et des associations de soutien alertent sur cette question pas si anecdotique. En septembre 2025, des femmes avaient témoigné auprès de LBC alors que le gouvernement s'apprêtait à faire un test à l'échelle nationale de ce dispositif d'alerte relativement récent (il a été lancé en 2023).

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Briony, une Anglaise du Buckinghamshire, vivait avec sa fille sous l'emprise d'un homme qui contrôlait tout ce qu'elle faisait, raconte le média. Alors ce téléphone secret lui permettait de rester en contact avec ses proches pour échapper au joug de son compagnon. "Ce téléphone était là comme une bouée de sauvetage pour nous permettre de nous en sortir si besoin était", expliquait-elle, parlant d'elle et de sa fille. "Il fallait toujours s'assurer qu'il se trouve dans un endroit sûr, inaccessible, en mode silencieux et toujours bien caché."

Alors la perspective que son appareil se mette à sonner l'angoissait. La situation se serait empirée, pense-t-elle. "Si jamais il me trouvait avec un autre téléphone, sa première réaction aurait été : 'Il y a un autre homme ?'", raconte Briony.

Prévenir en amont

Conscient du problème, le gouvernement avait alors décidé de détailler la marche à suivre sur son site internet pour désactiver le dispositif, notamment pour les victimes de violences conjugales.

Mais ce n'est pas suffisant, jugent les associations d'aide aux victimes. "Nous exhortons le gouvernement à avertir le public à l'avance que des alertes pourraient être émises, lorsque cela est possible", réclame Veronica Oakeshott, chargée des relations extérieures de l'ONG Women's Aid, à BBC News. Les femmes pourraient alors anticiper la sonnerie et cacher leur téléphone. Vendredi, le gouvernement a bien prévenu en amont qu'une alerte allait être lancée. Mais c'était une quinzaine de minutes seulement avant que tous les portables du pays se mettent à sonner. Les médias n'avaient pas eu le temps de relayer l'information.

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