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Camille Lepage : sept mois après sa mort, "elle est vivante autrement", confie sa mère

INVITÉE RTL - Maryvonne Lepage, la mère de Camille Lepage, tuée en Centrafrique au mois de mai dernier, s'exprime sur la disparition de sa fille, son engagement professionnel et ses répercussions, alors que la ville d'Angers organise une exposition en hommage à la photojournaliste.

La photojournaliste Camille Lepage a été retrouvée morte à 450 km au nord-ouest de Bangui, en Centrafrique, a annoncé l'Élysée dans un communiqué ce mardi 13 mai
La photojournaliste Camille Lepage a été retrouvée morte à 450 km au nord-ouest de Bangui, en Centrafrique, a annoncé l'Élysée dans un communiqué ce mardi 13 mai
Crédit : AFP
Benjamin Hue
Benjamin Hue

Jusqu'au 28 décembre, Angers rend hommage à Camille Lepage au travers d'une exposition rétrospective au Grand théâtre de la ville dont est originaire la photojournaliste. Organisé en partenariat avec l'agence Hans Lucas et l'association Tisseurs d'Images, l'événement réunit plus de 70 clichés réalisés principalement entre 2012 et 2014 et accompagnés de légendes rédigées par Camille Lepage elle-même.

Maryvonne Lepage, la mère de la photojournaliste, se réjouit de l'hommage organisé en l'honneur de sa fille, sept mois après sa mort lors d'un reportage en Centrafrique. "Tous les hommages rendus à Camille et par la même occasion au métier des photojournalistes qui sont dans des pays en conflit me touchent beaucoup", confie-t-elle au micro de RTL.

Retrouvée morte lors d'une patrouille de l'opération Sangaris à 450 km au nord-ouest de Bangui le 12 mai dernier, la jeune femme de 26 ans n'a pas totalement disparu aux yeux de sa mère. "Je l'entends tous les jours. Tout ce qui se vit autour d'elle est à la fois douloureux, car même s'il y a beaucoup de témoignages, ça ne la remplace pas et j'ai quand même un vide immense. Mais je ne peux pas en parler au passé. Elle est vivante autrement", explique-t-elle.

Un éclairage particulier sur le métier de photojournaliste de guerre

Divisée en trois thèmes, la Centrafrique, le Sud Soudan et un ensemble montrant un défilé de mode à Djouba, capitale du Sud Soudan et premier port d'attache de l'engagement de la jeune fille dans le photojournalisme, l'exposition - dont les clichés seront vendus pour financer l'association "Camille Lepage - On est ensemble" - est l'occasion d'apporter un éclairage sur le métier de photo reporter de guerre et le poids que représente cet engagement pour les proches de ces journalistes au cœur de la violence et des difficultés vécues par les populations.

"Le danger se situe à deux niveaux, explique Maryvonne Lepage. Il est physique bien sûr, car Camille, je n'avais pas envie de la perdre et elle me disait aussi qu'elle ne voulait pas se prendre une balle. Mais il est psychologique aussi, parce qu'elle était jeune et lorsqu'ils sont dans des zones de conflit ils sont au cœur de la souffrance et confrontés aux difficultés des populations locales", confie Maryvonne Lepage. "Beaucoup de photojournalistes dans les pays en conflit ne s'expriment pas et ne se confient pas aux proches dans le but de nous protéger, continue-t-elle, assurant que "pour bien comprendre ce qu'ils vivent, il faut être sur le terrain".

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Malgré les risques encourus par sa fille, Maryvonne Lepage n'a jamais ressenti de frustration "quand elle a décidé de partir à la fin de ses études au Caire, au Sud-Soudan puis en RCA". "On a discuté. Elle avait besoin qu'on la comprenne et qu'on accepte son engagement professionnel et humain. Si c'est son choix, il fallait que je sois là pour l'accompagner et la comprendre", explique-t-elle. 

Elle avait un œil et un sens humain très développés

Malgré son jeune âge, Camille Lepage avait déjà une riche expérience de photographe de guerre. Habituée des terrains difficiles, elle avait suivi les événements de la place Tahrir en Égypte et déjà travaillé pour plusieurs pays du centre et de l'est de l'Afrique pour des titres aussi prestigieux que Le Monde, le Washington Post, le New York Times ou le Guardian

"Elle avait surtout un sens humain très développé. Elle avait cette facilité à aller vers les gens, quel que soit le public, raconte sa mère. Elle se souvient que certains lui ont dit "qu'elle avait l’œil, le truc, pour capter quelque chose de touchant dans la personne qu'elle photographiait".

Passionnée par les causes perdues, elle s'était rendue en Centrafrique avant le lancement de l'opération militaire française, après avoir couvert la naissance du Sud-Soudan où elle était basée. "Non seulement elle avait le désir d'être photojournaliste dans des zones de conflit mais son engagement personnel fort était de parler à travers ses photos des souffrances des populations et pas seulement de faire de l'actualité, confie-t-elle, heureuse qu'elle ait pu bien vivre son métier, sa passion et son engagement pendant ses deux dernières années".

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