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Arménie : trois questions pour comprendre la crise politique

Depuis une dizaine de jours, des milliers d'opposants défilent dans les rues de cette petite République du Caucase pour protester contre le maintien au pouvoir de l'ex-président Serge Sarkissian, devenu Premier ministre. Face aux protestations, ce dernier a démissionné ce lundi.

Des milliers d'Arméniens protestent dans les rues de la capitale, Erevan, le 23 avril 2018
Des milliers d'Arméniens protestent dans les rues de la capitale, Erevan, le 23 avril 2018 Crédit : KAREN MINASYAN / AFP
Clarisse Martin
Clarisse Martin
et AFP

Le Premier ministre arménien Serge Sarkissian vient de présenter sa démission. "Je quitte le poste de dirigeant du pays", a-t-il déclaré. Le chef de la contestation et député "Nikol Pachinian avait raison. Et moi, je me suis trompé".

Depuis une dizaine de jours en Arménie, ex-République soviétique du Caucase située aux confins de l'Iran, la Turquie et la Géorgie, des milliers de manifestants protestaient. Les Arméniens dénoncaient la pauvreté et la corruption dans le pays, mais surtout le maintien au pouvoir sans précédent de l'ex-président Serge Sarkissian, nommé Premier ministre avec des prérogatives renforcées. 

Dimanche 23 avril, Nikol Pachinian a été interpellé. Le député et leader de l'opposition a été arrêté pour "avoir violé de manière répétitive et grossière la loi sur les manifestations", selon le Parquet général arménien. 

Son interpellation a été suivie d'une grande manifestation de protestation qui a rassemblé des dizaines de milliers de personnes sur la place de la République, au centre de la capitale, où est situé le siège du gouvernement et où d'importants effectifs de la police avaient été déployés. Les manifestants avaient alors réitéré leur volonté de poursuivre les rassemblements jusqu'à ce que Serge Sarkissian accepte leur demande de démission.             

1. Qui est Serge Sarkissian ?

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Alors que la Constitution d'Arménie interdit au Président d'effectuer plus de deux mandats, Serge Sarkissian, à la tête du pays depuis 2008, avait fait voter en 2015 une réforme controversée donnant l'essentiel des pouvoirs au Premier ministre, les fonctions du président devenant largement protocolaires. 

Le 17 avril, Serge Sarkissian, dont le Parti républicain dispose d'une majorité au Parlement, s'est fait nommer Premier ministre, revenant ainsi au pouvoir. "Le fait que la même personne dirige le pays pour la troisième fois consécutive est une situation sans précédent", explique à l'AFP l'analyste Ervand Boozoïan. 

"La situation économique est très grave, la corruption est bien là, mais le principal est que les gens ne veulent pas du troisième mandat de Serge Sarkissian, ne veulent pas vivre comme dans les pays d'Asie centrale" où le règne à vie de présidents autoritaires est généralement la règle, souligne-t-il. "Serge Sarkissian est déjà un cadavre politique, et on ne dialogue pas avec des cadavres", a déclaré le chef de la contestation et député, Nikol Pachinian.             

2. Quelle est la situation du pays ?

Au-delà des manoeuvres de Serge Sarkissian pour rester au pouvoir après plus d'une décennie au poste de président, les manifestants reprochent à cet ancien militaire de 63 ans de n'avoir pas su faire reculer la pauvreté, alors que les oligarques ont toujours la haute main sur l'économie du pays. 

Le taux de pauvreté de l'Arménie était de 29,8% en 2016 contre 27,6% en 2008 selon les données de la Banque mondiale, tandis que le revenu national brut (RNB) par habitant stagnait à 3.770 dollars, une somme quasi identique à celle d'il y a dix ans. "Beaucoup de gens n'ont pas de travail, ils vivent en pauvreté", constate l'analyste Hakob Badalian.  

Nombreux sont les protestataires qui dénoncent aussi la corruption grimpante dans la police et la justice, mais aussi dans l'enseignement. "La corruption est en train d'étouffer le pays. Si on veut lancer sa petite entreprise, il faut donner un pot-de-vin aux fonctionnaires. Des agents du Service fiscal réclament aussi un pot-de-vin, même les professeurs d'école demandent des cadeaux", raconte à l'AFP Moucheg Khatchatrian, un chômeur de 52 ans. "Il n'est plus possible de supporter tout cela. Et qui est responsable de cette situation ? Bien sûr, Serge Sarkissian", assure-t-il. 

3. Les russes jouent-ils un rôle ?

Serge Sarkissian est réputé pro-russe, mais aucune accusation en ce sens n'a été formulée par les manifestants, à la différence du soulèvement pro-occidental du Maïdan en Ukraine qui a abouti à la destitution en février 2014 du président pro-russe Viktor Ianoukovitch. 

"Ce processus politique n'a aucun contexte géopolitique", assure ainsi Nikol Pachinian. "Nous ne sommes guidés ni par les intérêts des États-Unis, ni par ceux de l'Union européenne, ni par ceux de la Russie. Nous ne devons servir que les intérêts de l'Arménie", affirme-t-il. 

Pour sa part, le président russe Vladimir Poutine a félicité cette semaine Serge Sarkissian pour sa nomination. La diplomatie russe s'est de son côté déclarée "convaincue" que la situation en Arménie "sera réglée de manière démocratique et dans le cadre de la loi". 

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