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La Poste : la lettre des experts au gouvernement sur la santé des facteurs

DOCUMENT RTL - Nous nous sommes procuré la lettre qu'ont adressé huit cabinets d'expertise au président de la Poste et au gouvernement pour leur demander de réagir à la "dégradation rapide des conditions de travail" des agents postiers.

Un facteur lors de sa tournée en vélo (photo d'illustration)
Un facteur lors de sa tournée en vélo (photo d'illustration)
La Poste : la mise en garde des experts sur la santé des facteurs
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Emilie Baujard & La rédaction numérique de RTL

Des experts indépendants tirent la sonnette d'alarme concernant le climat social à la Poste, révélait RTL jeudi 6 octobre. Selon notre enquête, au moins neuf facteurs se sont donnés la mort en trois ans. Ce vendredi 14 octobre, huit cabinets d'expertise agréés par la ministère du Travail adressent une lettre ouverte au président de la Poste et au gouvernement pour leur demander de réagir au plus vite face à la "dégradation rapide des conditions de travail" à la Poste.

Cette missive de trois pages (ci-dessous) tente de résumer des dizaines d'expertises menés à la Poste ces dernières années. Et le constat est sombre : la situation est préoccupante et l'état de santé des agents se dégrade rapidement. Ce sont les termes utilisés. Pour expliquer ce mal-être, les experts pointent du doigt les réorganisations permanentes et les baisses des effectifs. Les facteurs sont confrontés à des cadences accélérées, des dépassements d'horaires importants et une surcharge de travail. "Cette dégradation est en cours depuis longtemps. Les résistances et les capacités en santé des personnes sont amenuisées depuis un bon moment", atteste Frédéric Doniczka, expert au cabinet Cédaet, signataire de la lettre ouverte. 

Ces conditions de travail, disent-ils, conduisent à des situations dramatiques : suicides, détresse individuelle ou encore conflits entre agents. Et les experts ne s'arrêtent pas là : ils accusent aussi les différentes directions de cacher des documents et d'empêcher le bon déroulé des enquêtes sur les conditions de travail. "Les alertes que l'on peut faire sur les cadences et sur l'augmentation de la charge de travail ne sont pas prises en compte", assure l'expert. Ils demandent donc aujourd'hui au gouvernement et au président de la Poste de réagir. D'autant que deux expertises pour risque grave sont en cours après le décès de deux agents sur leur lieux de travail l'année dernière.

La lettre en intégralité :

"Lettre ouverte à Monsieur Philippe WAHL, PDG du Groupe La Poste

À lire aussi

Copie pour information : aux membres du Conseil d’Administration du Groupe, au Ministre de l’Economie (Ministère de tutelle) au Ministre du Travail (tutelle des inspecteurs du travail et en charge de l’agrément des experts CHSCT), au Président de la Commission Supérieure du numérique et des Postes, au Président de l’ARCEP, aux organisations syndicales représentatives de La Poste.

Paris, le 13 octobre 2016,

Monsieur le Président-Directeur Général,

En tant qu’experts agréés auprès des Comités d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT), nous avons décidé de vous alerter la direction de La Poste sur la dégradation des conditions de travail et le mépris du « dialogue social » manifesté dans les différents secteurs et aux différentes échelles du Groupe. Nous avons conscience que cette démarche d’alerte rendue publique est inhabituelle. Cependant, nous l’assumons, parce qu’ayant réalisé de nombreuses expertises pour le compte de CHSCT du Groupe, nous mesurons à quel point la situation est préoccupante du fait de la rapide dégradation de l’état de santé des agents. Nous savons aussi combien les représentants du personnel, nos mandants, se sentent démunis en raison du refus du dialogue auquel ils doivent faire face.

Du Courrier au Colis, du Réseau à la Banque, les agents de La Poste subissent des réorganisations permanentes qui réduisent chaque fois les effectifs, et soumettent les agents qui restent à des cadences accélérées. En dépit des recommandations du rapport Kaspar en 2012, le rythme des réorganisations reste effréné. On les habille désormais d’une supposée « co-construction », mais les diaporamas sommaires, les études d’impact standardisées et les groupes de travail sans travail sont les seules concessions au « dialogue social ».

Pour prescrire le travail, les directions de proximité doivent s’appuyer sur des modèles statistiques obscurs, qu’elles-mêmes ne savent pas expliquer ; ces modèles, qui sont supposés résumer l’activité, font barrage à l’expérience et à l’intelligence partagée des agents. Les modèles de prescription et de réorganisation du travail, basés sur des modélisations statistiques (comportant par ailleurs de nombreux biais) s’imposent en dépit de la prise en compte du travail réel et annihilent toute possibilité de discussion sur le travail (et d’amélioration de ses conditions).

Des « organisations innovantes » sont mises en œuvre, qui souvent sur-spécialisent les agents, les exposent à une aggravation de la pénibilité physique, transforment leurs métiers sans recueillir leur av