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3 min de lecture
La place des Amaryllis, à Nice.
Crédit : Marie Bonnetblanc
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À Nice, dans le quartier des Moulins, les habitants vivent toujours avec la peur au quotidien. Il y a un peu plus d'une semaine, le 11 mai, une fusillade mortelle éclatait en plein après-midi au pied des immeubles.
Trois personnes ont depuis été interpellées et mises en examen. Un drame de plus dans ce quartier gangrené par le narcotrafic, malgré l'inauguration, lundi 19 mai, d'un nouveau poste de police municipale par Éric Ciotti. Un poste qui ne sera toutefois ouvert qu'en journée, alors que les riverains réclament une présence policière permanente face à une violence devenue presque quotidienne.
Il y a deux ans déjà, un incendie criminel avait décimé une famille entière, totalement innocente. En octobre dernier, une autre fusillade avait fait plusieurs victimes étrangères au trafic de drogue.
Le quotidien des 7.000 habitants de ce quartier en périphérie de Nice reste profondément marqué par cette insécurité. Cela se lit immédiatement sur le visage de Sofiane. Les traits tirés, les yeux cernés, il marche rapidement en tenant son fils de quatre ans par la main.
Au milieu des tours défraîchies, cet éducateur reste constamment sur ses gardes. "Dès qu’il y a un petit bruit, direct, on regarde. On est toujours méfiants, toujours en train de regarder derrière nous. J'ai peur pour lui. Avant, il allait se balader avec ses copains sur la place. On ne l'emmène plus. Pour aller faire nos courses, on doit faire des détours inimaginables. Ça nous prend des heures en plus. On a peur", explique Sofiane au micro de RTL.
Alors Sofiane repart vers chez lui, en évitant soigneusement la place des Amaryllis, théâtre des deux dernières fusillades.
Sur les bancs, des flèches blanches taguées indiquent encore l'emplacement du point de deal voisin. À quelques mètres, des bouquets de fleurs rendent toujours hommage aux victimes. Et pourtant, c'est ici le cœur du quartier, avec ses commerces et son restaurant. Makkia y travaillait autrefois, mais elle a fini par arrêter.
"J'avais la boule au ventre tout le temps... tout le temps. Le soir, à 22h, je ne pouvais pas faire le service parce que j'avais peur qu'il vienne quelqu'un cagoulé et armé... Je ne peux pas. C'est toujours là dans un coin, dans ma petite tête", raconte-t-elle.
À ses côtés, son mari acquiesce. Lui a assisté aux deux dernières fusillades et depuis, il dort mal. "Elle me voit, parfois je sursaute dans le lit, mais moi je ne me rends même pas compte. Ça laisse des traces émotionnelles. J'ai dans la tête les morts, les tirs, les balles, rien que ça", confie-t-il.
Alors leur rêve aujourd'hui, c'est de partir. Quitter définitivement ce quartier. Et c'est une envie largement partagée ici. Mais pour beaucoup, cela reste inaccessible, faute de moyens. Yasmine sort de la boulangerie avec sa petite fille dans les bras. Au chômage aujourd'hui, elle ne peut pas déménager.
"Pour l'instant, je n'ai pas les moyens de partir. C'est compliqué, ce n'est pas facile à Nice de trouver un logement. J'attends d'avoir la situation financière adéquate. C'est long et c'est lourd. On a peur d'aller au marché, d'aller chercher le pain, la viande. Parce que, regardez, il y a quelques années, on a eu l'incendie criminel. Moi, j'ai eu ma voisine qui s'est faite assassiner. Là, il y a le papa qui est mort par balle, plus un autre papa. Ça fait beaucoup quand même en peu de temps", explique-t-elle sur RTL
"Ça fait beaucoup", souffle aussi Ernestine, juste à côté. Elle aussi a demandé un logement social ailleurs, sans succès. Ici, les listes d'attente sont interminables. Dans ce quartier niçois, une personne sur deux vit avec moins d'un SMIC. En attendant, dit-elle simplement, "nous sommes coincés ici".
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