2 min de lecture Terrorisme

Attentats à Paris : "J'aurais donné ma vie pour que cela n'arrive pas", témoigne la mère de Bilal Hadfi

Fatima Hadfi, la mère de Bilal Hadfi, l'un des kamikazes du commando du 13 novembre, s'est confiée à "France Info", retraçant le parcours de son fils devenu meurtrier.

Le Stade de France au soir des attentats à Paris, le 13 novembre 2015
Le Stade de France au soir des attentats à Paris, le 13 novembre 2015 Crédit : FRANCK FIFE / AFP
Emeline Le Naour

Sa parole est rare. Fatima Hadfi est la mère de Bilal Hadfi, l'un des trois terroristes qui s'est fait exploser aux abords du Stade de France le 13 novembre 2015. France Info a recueilli son témoignage à l'occasion d'un long entretien durant lequel elle est revenue sur sa vie de "mère de terroriste", mêlant rage et culpabilité, douleur et incompréhension.

"Vous me parlez d'un terroriste, mais moi, je vous parle de mon enfant, d'un enfant que j'ai porté pendant neuf mois, que j'ai mis au monde, que j'ai allaité, que j'ai protégé… Si j'avais pu choisir, j'aurais donné ma vie pour que cela n'arrive pas." C'est avec ces mots que débute le récit de Fatima. Elle revient sur son incapacité à retrouver sa vie après le geste irréparable de ce fils autrefois choyé et adoré dans leur appartement bruxellois qui lui a désormais "tout pris".

J’ai déjà 130 morts sur la conscience

Fatima Hadfi, la mère de Bilal Hadfi
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"Quand il avait des lacunes à l'école, je lui payais des cours privés. C'était cher, mais je m'en foutais. Je n'ai rien fait de ma vie, mes parents n’avaient pas la possibilité de me donner les outils pour réussir. Alors, si mes enfants arrivaient, eux, à faire quelque chose, ce serait ma réussite à moi aussi," explique-t-elle. En plus de l'absence, elle doit également composer avec l'extrême culpabilité. "J’ai déjà 130 morts sur la conscience, alors que je n’ai rien à voir avec tout ça. J’en arrive même à culpabiliser pour les victimes de l’attentat de Bruxelles et pour ce qu’il se passe en Syrie", poursuit-elle. 

"Je n'ai rien vu"

En février 2015, quand Bilal Hadfi dit partir au Maroc se ressourcer alors qu'il se rend en Syrie rejoindre Daesh, elle ne se doute de rien. “Ça dérange les gens quand on dit ça, mais c'est vrai : je n’ai rien vu. Beaucoup de parents ne voient rien." Il avait bien arrêté de boire de l’alcool et de fumer du shit quelques semaines avant, mais ce n’était pas la première fois". Quand elle comprend, il est trop tard. Les rares fois où elle parle avec lui au téléphone, Bilal Hadfi est distant, froid. Son fils est embrigadé et ne reviendra en Europe que pour semer la mort.

Je n’ai peut-être pas su lui montrer que je l’aimais, que je tenais à lui

Fatima Hadfi, la mère de Bilal Hadfi
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"Je m’en veux de n’avoir rien vu. J’en suis arrivée à douter de tout. Je n’ai peut-être pas su l’élever correctement, je n’ai peut-être pas su lui montrer que je l’aimais, que je tenais à lui… Pourquoi je n’ai pas vu la souffrance dans son regard avant qu’il parte ? Si j'avais su, je l'aurais emmené loin d'ici, en Alaska, dans la brousse, je m'en fiche, mais on serait partis loin...", assure Fatima qui explique ne devoir son salut qu'à ses trois autres enfants. "Si je n’avais pas mes enfants, il n’y aurait plus rien pour me retenir sur Terre".

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