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"Annabelle", "Sinister" : pourquoi les films d'horreur causent des débordements

ANALYSES - Pour une psychologue, l'autorisation même de films d'horreur est un premier pas vers l'expression de comportements primaires chez les adolescents. Une psychanalyste s'interroge elle sur la qualité même du film qui ne remplirait pas sa fonction de catharsis.

Le film d'horreur "Annabelle"
Le film d'horreur "Annabelle" Crédit : Warner Bros
Cécile De Sèze
Cécile De Sèze
Journaliste RTL

C'est un véritable phénomène de société. Le film Annabelle - qui met en scène une poupée de porcelaine tueuse - provoque des incidents dans les salles obscures. Plusieurs cinéma ont donc décidé de le déprogrammer, notamment à Strasbourg, Montpellier, Toulouse, Lyon ou encore Marseille. Des débordements qui émanent d'un public essentiellement jeune, entre 12 et 17 ans, venu en nombre s'offrir un moment d'effroi. 

Et ce n'est pas la première fois qu'un film d'horreur engendre ces dérives. Déjà en 2012, Sinister avait été le spectacle "de comptoirs à confiserie pillés, des caissiers insultés, de l'urine sur les fauteuils", racontait son distributeur, selon Le ParisienMais comment expliquer ces comportements de la part des adolescents ? Pour Anne Floret, psychologue-clinicienne et psychothérapeute à Paris, c'est d'abord le film d'horreur lui-même qui est en cause. 

Des jeunes pas assez matures pour intégrer l'horreur au second degré

"Le premier problème, c'est que ce film existe", dit-elle à RTL.fr avant d'expliquer : "Si le film existe, c'est un peu comme si on leur autorisait l'expression de leurs pulsions primaires, comme si on leur disait qu'ils ont le droit. Or, ils n'ont pas la maturité pour intégrer l'horreur au second degré, ça va les toucher sans retenue, donc ils expriment leurs pulsions dans une hystérie collective". 

Ils expriment leurs pulsions dans une hystérie collective"

Anne Floret, psychologue-clinicienne et psychothérapeute
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Car dans ce genre cinématographique, ce qu'on leur propose, selon elle, c'est de vivre "des sensations fortes", dans une "société où il n'y a pas tellement de terrain d'aventure". De plus, Anne Floret rappelle que "les images frappent l'inconscient plus violemment que les mots".

Un lieu "d'exutoire", un "défouloir"

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De son côté, Valérie Blanco, psychanalyste et auteure de Dits de divan, a deux hypothèses différentes pour expliquer le phénomène. Premièrement, dans ces films d'horreur, comme Annabelle qui serait de qualité moyenne, la catharsis (évacuation des passions via la dramaturgie) ne fonctionnerait pas convenablement. 

"Les films d'horreur ont une fonction d’exutoire où l'on joue à se faire peur, ici, si le film est de qualité moindre, le spectateur est moins happé, du coup, plutôt que la catharsis se fasse dans le cerveau, elle se fait en live", précise-t-elle à RTL.fr. 

Ils y vont en ayant déjà l'idée de se défouler en groupe

Valérie Blanco, psychanalyste
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Mais alors pourquoi ce phénomène touche les jeunes ? Selon sa seconde hypothèse, il y aurait un phénomène "d'identification au personnage principal", ici une poupée en porcelaine qui prend vie. "À cet âge, entre l'enfance et l'âge adulte, on a encore l'impression d'être la marionnette des autres alors quand la poupée s'anime, ils s'animent aussi", tente-t-elle d'expliquer. 

Mais ces adolescents trouveraient également l'occasion de voir la salle de cinéma comme un lieu de "défouloir, d’exutoire", plutôt que de calme. "Ils y vont en ayant déjà l'idée de se défouler en groupe. On joue dans le réel à se défouler", conclut-elle. Une dernière hypothèse qui viendrait confirmer le témoignage du réseau UGC recueilli par Les Inrocks : "Les incidents proviennent d’un public de 12-14 ans qui se donne rendez-vous en masse non pas pour non voir le film mais pour véritablement ‘foutre le bordel".

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2014-10-14 15:57:00
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