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Alstom : ce qu'il faut savoir pour comprendre la situation

ÉCLAIRAGE - Mercredi 7 septembre, Alstom a annoncé dans un communiqué que la production des trains de son usine de Belfort serait "transférée" à Reichshoffen, dans le Bas-Rhin, d'ici 2018. 400 emplois sont concernés par cette décision.

Le siège d'Alstom à Levallois-Perret près de Paris en avril 2014.
Le siège d'Alstom à Levallois-Perret près de Paris en avril 2014. Crédit : PATRICK KOVARIK / AFP
Félix Roudaut
Félix Roudaut
et AFP

À huit mois de l'élection présidentielle, l'annonce a fait l'effet d'une bombe. Mercredi 7 septembre, Alstom a fait savoir dans un communiqué que la production des trains de son usine de Belfort serait "transférée" à Reichshoffen, dans le Bas-Rhin, d'ici 2018. Le célèbre constructeur ferroviaire français, qui invoque une baisse globale de ses commandes, assure qu'il ne s'agit pas d'un plan social et propose aux 400 salariés concernés des postes au sein de ses autres usines françaises. Seuls 80 employés, ceux qui travaillent dans la maintenance, conservent leur emploi sur ce site historique.

Dans la région, cette annonce passe mal. Le député-maire Les Républicain de Belfort, Damien Meslot, s'est dit "consterné par cette décision qui menace directement près de 400 emplois à Belfort à l'horizon de deux ans" et qui n'est selon lui "pas conforme aux engagements d'Alstom". Une décision d'autant plus incompréhensible que le groupe affiche un chiffre d'affaires de 6,9 milliards d'euros sur l'année 2015-2016, en hausse de 7%. Alstom allait "très bien", de l'aveu même de son patron, Henri Poupart-Lafarge, dans les colonnes du Monde en mai dernier. 

Cependant, comme le rappelle Le Figaro, une mauvaise nouvelle est venue ternir le ciel dégagé de la firme. L'offre d'Alstom portant sur la fabrication de 44 locomotives pour un montant 140 millions d'euros n'a pas été retenue par Akiem, entreprise détenue à parité par la SNCF et Deutsche Bank, arrivée au capital en juillet. C'est l'allemand Vossloh qui a raflé la mise.

Branle-bas de combat de l'exécutif

L'État, actionnaire à hauteur de 20% du groupe, ne goûte pas du tout cette décision. Le gouvernement souhaite éviter à tout prix de renouveler l'échec dans le dossier Arcelor Mittal. La fermeture des hauts fourneaux de Florange (Moselle) est en effet devenue pour une partie de la gauche le symbole de l'impuissance du pouvoir socialiste, comme le rappelle Le Figaro. D'autant qu'Emmanuel Macron avait promis "zéro licenciement chez Alstom Transport" lorsqu'il était à Bercy. "La méthode employée par Alstom est inacceptable. Nous l'avons dit cette semaine aux dirigeants d'Alstom", a réagi Manuel Valls dimanche. 

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Dès lundi, une réunion interministérielle s'est tenue au Palais de l'Élysée, autour de François Hollande et de Manuel Valls, avec le ministre de l'Économie Michel Sapin, le secrétaire d'État à l'Industrie Christophe Sirugue et le secrétaire d'État aux Transports Alain Vidalies. Le chef de l'État a fixé comme "objectif" le maintien de la production de locomotives Alstom à Belfort, demandant au gouvernement de se "mobiliser pour qu'il y ait plus de commandes". "Quand il y a de grandes filières qui doivent être soutenues, nous devons nous engager. En ce moment, c'est le cas pour la filiale ferroviaire avec Alstom", a ajouté François Hollande. 

"Pour les salariés, la décision du président de la République est claire et nette : il y aura le maintien de l'activité ferroviaire sur le site de Belfort dans les proportions qui existent aujourd'hui. Cela veut dire qu'Alstom à Belfort ne va pas fermer", a assuré Alain Vidalies sur RTL. Le secrétaire d'État aux Transports souhaite pousser Alstom et la SNCF à "rapprocher leur position", faisant allusion au fait que la SNCF porte ses achats sur des modèles allemands. "J'y ai travaillé une bonne partie de la journée et ça devrait pouvoir aboutir si les gens sont de bonne foi", a-t-il conclu. 

L'opposition en embuscade

Du côté de l'opposition, les critiques fusent. "Je voudrais dire que l'État se réveille bien tardivement parce qu'en fait, cela fait des années que ça dérive", a déclaré Nathalie Kosciusko-Morizet dans Le Grand Jury RTL, LCI et Le Figaro, dimanche 11 septembre. La candidate à la primaire de la droite et du centre a moqué au passage la politique d'Emmanuel Macron. "On nous a expliqué que c'était formidable de remplacer les trains par des cars, et maintenant on s'étonne qu'on ne fabrique plus de trains en France !", a-t-elle ironisé. 

L'ancien pensionnaire de Bercy a également réagi à ce transfert. S'il a convenu que la décision était "brutale" et "inattendue", Emmanuel Macron a assuré que l'État ne pourrait empêcher la fermeture de Belfort. "L'État a des droits de vote au capital, est présent dans la gouvernance (...) mais quelque actionnaire que ce soit, à hauteur de 20%, ne peut pas intervenir dans une décision de gestion", a-t-il estimé, rappelant au passage que lorsqu'il s'était rendu à Belfort en 2015, à aucun moment il n'a été envisagé, discuté une fermeture du site, ça n'était pas du tout le débat".

Bruno Le Maire a quant à lui dénoncé l'absence de politique industrielle à la tête de l'État. "Pour moi il y a beaucoup de questions à poser sur un gouvernement actionnaire à 20% d'Alstom et qui se laisse prendre par surprise comme ça", a-t-il déclaré en marge du Salon de la coiffure, souhaitant "une vraie politique nationale sur le ferroviaire". 

L'espoir d'Alstom

Toutefois, les querelles politiques peinent à convaincre les salariés d'Alstom. "L'influence des politiques sur les groupes privés, on voit ce que ça a donné avec Florange", rappelle l'un d'eux. "C'est le moment des élections et ils sont tous pareils. Ils vont tous venir faire les beaux, et finalement, ça va fermer quand même", prédit un autre. À l'inverse, André Fages, délégué syndical CFE-CGC du site franc-comtois estime qu'"avoir une réaction aussi claire (...) de François Hollande, c'est quelque chose de positif". 

L'État s'est pour l'heure seulement engagé à acheter 30 nouveaux trains Intercités. Mais ces commandes profiteront à d'autres usines d'Alstom, et "ne seront malheureusement pas la solution pour l'avenir de Belfort", a reconnu le secrétaire d'État aux Transports, Alain Vidalies, vendredi. 

De son côté, Alstom compte beaucoup sur le mégacontrat du RER "nouvelle génération", qui doit être attribué avant la fin de l'année par le SNCF et le Syndicat des transports d’Île-de-France (Stif). Un marché crucial pour son usine de Valenciennes, la plus grande en France avec 1.250 salariés. La firme espère décrocher de nouvelles commandes pour la 5e génération de TGV, développée avec la SNCF d'ici fin 2017. De quoi peut-être sauver Belfort, si l'usine est maintenue jusque-là.

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2016-09-13 06:56:00
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