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Faut-il s'inquiéter du retour de l'inflation en France ?

ÉCLAIRAGE - Les derniers chiffres de l'Insee montrent que les prix à la consommation ont augmenté fortement de 2,3% en juillet sur un an en France. Faut-il s'inquiéter de cette accélération des prix ?

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Faut-il s'inquiéter du retour de l'inflation en France ? Crédit Image : AFP / Archives, PHILIPPE HUGUEN | Crédit Média : RTL | Date :
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Eric Vagnier
Éric Vagnier et Marie Sasin

Les chiffres de l'inflation publiés par l'Insee mardi 31 juillet montrent une accélération des prix en hausse de plus de 2% sur un an. Faut-il s'en inquiéter ?

Oui, car on ne sait pas où ça va s'arrêter. Petit retour en arrière : en 2015 , nous vivions avec une inflation zéro et la crainte à l'époque,  c'était de tomber dans la déflation. En 2016 , les prix ont frissonné en augmentant de 0,2 %. En 2017, l'an dernier, ils ont commencé à décoller de 1 % et aujourd'hui ils ont pris leur envol : les chiffres de l' Insee que l'on vient d'avoir montrent que l'on a atteint un rythme annuel d'inflation de 2,3 %, cela veut dire que sur les 12 derniers mois les prix ont grimpé de 2,3 %. C'est un palier et l'ascension pourrait se poursuivre.

Cette hausse des prix est dû essentiellement au coût de l'énergie. Le prix du baril de pétrole est passé en un an de 52 à 75 dollars avec la couche supplémentaire de TICPP - la taxe sur les carburants - du 1er janvier. Le gaz a fait un bond de 7,5% le 1er juillet et comme si ce n' était pas encore assez, il prend encore aujourd'hui le 1er août en augmentant de 0,2%.

Le tabac aussi a contribué à gonfler l'indice des prix avec 2 augmentations successives ces derniers mois, en mars et début juillet. Il faut ajouter à cela des facteurs conjoncturels comme les fortes chaleurs qui ont fait flamber les étiquettes des fruits et légumes , une augmentation de 6,5% en juillet.

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En résumé, si vous roulez beaucoup, si vous vous chauffez au gaz, si vous fumez et si vous consommez beaucoup de produits frais, c'est vous en ce moment qui êtes le plus exposé à cet emballement des prix.

Des conséquences sur le pouvoir d'achat

L'inflation, c'est l'ennemi du pouvoir d'achat et donc des salariés. Comme l'évolution des prix est restée très modérée ces dernières années, la plupart des entreprises ont perdu l'habitude d'accorder à leur personnel des augmentations générales qui avait vocation justement à compenser la hausse des prix.

Malgré le retour de l'inflation, pas sûr qu'elles reviennent à cette bonne pratique. Les négociations salariales en fin d'année risquent d'être très tendues. De toute façon, les salariés sont toujours perdants car même si leur employeur se montre généreux, le rattrapage de l'inflation se fait toujours avec un décalage dans le temps.

L'inflation est l'ennemie des épargnants aussi. L'inflation grignote vos économies. Il n' y a qu'à prendre le livret A. Que vaut-il vraiment aujourd'hui avec un taux de rémunération de 0,75 % bloqué jusqu'à la fin de l'année prochaine par rapport à un taux d'inflation de 2,3% qui risque encore de grimper d'ici là ?

Un regain d'inflation pas si bon pour notre économie ?

Cela pénalise le pouvoir d'achat et cela au plus mauvais moment. On vous en parlait la semaine dernière : on a un problème de consommation pour alimenter la croissance. Le PIB n'a augmenté que de 0,2% au 2e trimestre, ce n'était pas mieux au 1er trimestre. Les dépenses des français stagnent. Ce n'est pas la hausse des prix qui va les inciter à ouvrir leur portefeuille .


L'autre risque pour l'économie française, c'est la remontée des taux d'intérêts dans le sillage de l'inflation. Tout est lié. La France n'est pas le seul pays où l'inflation a fait son retour. Le cap des 2% a été franchi dans la zone euro. C'est le plafond selon les critères de Maastricht. Pour juguler cette remontée des prix, la Banque Centrale Européenne sera  tentée de rendre l'argent plus cher et donc de relever ses taux directeurs : ce serait là encore un coup dur pour la croissance.

Le financement de l'économie coûterait plus cher, qu'il s'agisse pour une entreprise d'emprunter pour investir ou pour un particulier de prendre un crédit pour acquérir un bien immobilier. Ce serait un coup dur pour les finances publiques car Bercy ne pourrait plus compter sur des taux d’intérêts très bas pour gérer la dette et le déficit.

Une spirale inflationniste ou un coup de chaud ?

C'est difficile à dire. C'est vrai que pour l'instant cette tension sur les prix reste essentiellement concentrée sur le secteur de l'énergie, on n'a pas encore une inflation généralisée. C'est vrai aussi qu'on est loin des niveaux atteints à certaines époques : Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand avaient été confrontés à l'Élysée à une inflation à 2 chiffres, avec des pics à 13%.

C'est vrai également que l'on a une économie plus concurrentielle et plus ouverte qu'avant , ce qui concoure à la maîtrise des coûts et des prix. Mais cela ne va peut-être pas durer. Si le monde bascule dans une guerre commerciale sous la pression des États-Unis, c'est à coup de taxes aux frontières que l'on se battra : et forcément ces taxes alimenteront  l'inflation en France et ailleurs.

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