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"Comment #BalanceTonPorc m'a permis de connaître la vérité sur mon agression sexuelle"

TÉMOIGNAGE - Célia, étudiante en droit de 20 ans, a partagé sur Twitter son témoignage de dépôt de plainte après une agression sexuelle. Elle raconte à "Girls", en plus de 140 caractères, son expérience avec la justice française.

Une agression sexuelle dans la rue mal jugée par le parquet de Tarascon
Une agression sexuelle dans la rue mal jugée par le parquet de Tarascon Crédit : iStock / Getty Images Plus
La rédaction de Girls Journaliste

"Ça c’est passé lors d'une matinée d'avril dernier à Arles (Bouche-du-Rhône). Je suis étudiante en droit et, ce jour-là, je me rends à un examen de droit pénal. Je prends tous les jours le train tôt pour me rendre à l'université et j'emprunte toujours le même chemin. Il est environ 8 heures quand j'arrive dans cette rue, assez étroite, en compagnie d'une amie. 

Je sens quelqu'un, derrière moi, qui frotte sa main sur mes fesses. Au début, je ne pense pas à un attouchement et je me dis que, peut-être, cette personne est pressée et veut me faire comprendre qu'elle souhaite que je la laisse passer. Je me décale alors vers la droite et là, plus aucune doute, quand l'homme me dépasse, il me frotte entre les jambes à deux reprises et me demande si 'ça [me] plait'. Je peine à réagir parce que j'ai dû mal à y croire mais je lui demande quand même : 'pardon, excusez-moi ?'. L'homme répète à nouveau la même chose : 'ça te plaît ?'.

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Là, sous le choc, je lui lance que ce qu'il vient de faire ne se fait pas, que c'est un manque de respect. Une voiture proche de nous s'arrête et la personne derrière le volant me dit : 'Mais il est fou ce type ! Il est malade !'. Puis le véhicule redémarre.  

Je finis par me dire, en rentrant chez moi, qu'un homme m'a touchée, et que ce n'est pas normal

Célia, étudiante en droit de 20 ans
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L'homme, qui vient de me dépasser, ne cesse de se retourner en ma direction et de me regarder. Sur son visage, je ne sais pas comment l'expliquer mais je me rends compte qu'il a l'air fou. Alors je lui demande comment il s'appelle. Il me répond : 'Bruno'. 

Je continue de marcher dans la même direction que lui, qui ne cesse toujours pas de me regarder avant de ralentir son pas. Il entre dans un café et le propriétaire ou quelqu'un travaillant dans l'établissement l’accueille : 'Oh salut Bruno, comment ça va ?'

Je me rends à mon examen. Mais cette histoire continue de me trotter dans la tête toute la journée. J'en parle à mes amies qui m'expliquent que 'ça arrive et que c'est normal'. Mais c'est moi qui l'ai vécue cette agression et je finis par me dire, en rentrant chez moi le soir, qu'un homme m'a touchée et que ce n'est pas normal. 

Elle ne prend pas ma plainte et me demande de retourner en salle d'attente

Célia, étudiante en droit de 20 ans
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Deux jours plus tard, je décide d'aller porter plainte contre X pour agression sexuelle après ma journée d'examens. J'arrive à la gendarmerie et on me dit de patienter dans la salle d'attente jusqu'à ce qu'une policière me dise de venir.

J'attends. Puis lorsque la policière arrive, elle me prend à part, dans un couloir privé, et me demande de lui raconter mon histoire. Je fonds en larmes parce que c'est la première fois que j'explique ce qu'il s'est passé à une autre personne que mes amies. Elle ne prend pas ma plainte et me demande de retourner en salle d'attente. 'Quelqu'un va venir prendre votre déclaration', m'affirme-t-elle. Je patiente trente minutes. La policière revient et me dit de revenir plus tard : le service des dépôts de plaintes va fermer. 

Le lendemain matin, dès 10 heures, je retourne à la police. Cette fois, ma plainte est prise par une super commissaire. Elle trouve cela étrange que je vienne trois-quatre jours après les faits et me demande pourquoi je ne suis pas venue plus tôt. Je lui explique alors ce qu'il s'est passé la veille. Elle est étonnée et en colère de cette mauvaise prise en charge. 

Sur place, je lui raconte donc tout ce que je vous raconte aujourd'hui. La police me dit qu'il est possible de retrouver mon agresseur puisque j'ai donné un nom, une rue, un café.

Juillet 2017 : je reçois l’avis de classement et là je tombe des nues.

Honnêtement, je sentais que cela n'allait pas aller plus loin. J'ai porté plainte contre X et c'est compliqué de retrouver quelqu'un dans la nature comme ça. Mais, me concernant, c'est le motif qui m'a choquée. J'ai clairement subi une agression sexuelle, je l'ai vérifiée plus tard dans la définition de la loi : un acte par surprise est une agression sexuelle. Il m'a frotté l'entrejambe par surprise !

Encore si on m'avait dit que ma plainte ne pouvait pas aboutir parce qu'on ne l'avait pas retrouvé... mais là... Je ne comprends pas comment un procureur de la République ait pu dire que ça, ce n’est pas puni par la loi.

Mon père m’a dit que je pouvais continuer les démarches et me constituer partie civile. Tout était d'ailleurs très bien expliqué dans l'avis de classement. Mais je n'ai pas voulu aller plus loin parce que c'est écrit noir sur blanc : 'Les faits dont vous vous êtes plaint ne sont pas punis par la loi'. Ça m'a démotivée et j'ai rangé ma déclaration dans un tiroir pour ne plus la ressortir. Jusqu'à ce soir du 31 octobre.

Quand j'ai entendu parler du hashtag #BalanceTonPorc, j'ai lu des histoires de femmes harcelées ou agressées sexuellement. Je me suis dit que moi aussi j'avais un porc. Beaucoup de filles ont aussi écrit qu'elles n'avaient pas eu le courage de porter plainte. Moi, j'ai eu ce courage et cela n'a pas abouti. Et pour des raisons choquantes ! C'est pour cela que j'ai voulu partager mon histoire.

Je ne m'attendais pas à autant de réactions. Je n'ai même pas pensé à cela et c'était vraiment une surprise. Je n'ai pas eu tout ce soutien au moment des faits en avril dernier alors quand vous avez plus de 18.000 personnes derrière vous, et bien ça m'a aidée."

Si je n'avais pas partagé mon histoire sur les réseaux sociaux, je n'aurais jamais su la vérité

Célia, étudiante en droit de 20 ans
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Le message de Célia, posté le 31 octobre sur Twitter, n'est pas passé inaperçu auprès des internautes. Son avis de classement, rédigé par le parquet de Tarascon (Bouches-du-Rhône), et que nous avons pu consulter dans son intégralité, mentionne bien que les faits rapportés par la jeune femme "ne sont pas punis par la loi".

Contacté par France InfoPatrick Desjardins, le procureur du parquet de Tarascon, a expliqué que le dossier de Célia avait été victime d'une "erreur de saisie" informatique. Au lieu de saisir le "71" correspondant à sa situation, c'est le "11" qui aurait été entré dans l'avis de classement de l'étudiante.

"La plainte a bien été classée, mais parce que l'auteur de l'agression n'a pas été retrouvé et pas du tout parce que nous considérons que de tels faits ne sont pas constitutifs d'une infraction. Bien au contraire", a assuré le procureur à France Info, avant d'ajouter que "dans ce dossier, il y a bien eu une enquête de police approfondie. Cette affaire n'a pas du tout été pris par dessus la jambe". 

Célia nous annonce la nouvelle par téléphone dans la soirée du 2 novembre. Sous le choc, elle explique qu'une enquête a bien été menée. "Pendant plusieurs mois j'ai cru qu'aux yeux de la loi je n'avais pas subi d'agression sexuelle. Si je n'avais pas partagé mon histoire sur les réseaux sociaux, je n'aurais jamais su la vérité".

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TÉMOIGNAGE - Célia, étudiante en droit de 20 ans, a partagé sur Twitter son témoignage de dépôt de plainte après une agression sexuelle. Elle raconte à "Girls", en plus de 140 caractères, son expérience avec la justice française.
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2017-11-04 07:10:00
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