Apple face au FBI : 8 clés pour comprendre le conflit sur le chiffrement de l'iPhone

ÉCLAIRAGE - Le FBI et Apple seront entendus mardi 1er mars par le Congrès à Washington sur leur différend judiciaire concernant le déblocage d'un iPhone dans l'enquête sur la tuerie de San Bernardino.

Tim Cook, le 10 septembre 2013
Crédit : AFP/J.Sullivan
Tim Cook, le 10 septembre 2013

Le 2 décembre 2015, Syed Farook et son épouse Tashfeen Malik font irruption dans le Inland Regional Center de San Bernardino, en Californie, un centre d'accueil pour chômeurs, handicapés et sans-abris, et ouvrent le feu sur la centaine de personnes qui assistent à la célébration des fêtes de fin d'année. Lourdement armés, ils font un carnage. 14 morts et une vingtaine de blessés, l'attaque la plus meurtrière survenue aux États-Unis depuis la tuerie de l'école primaire Sandy Hook en 2012. Trois mois après la fusillade, le nom de Syed Farook est toujours dans l'actualité. Son iPhone, désormais en possession des enquêteurs, est au coeur d'un bras de fer judiciaire sans précédent entre le FBI et Apple, qui pourrait bien terminer devant la Cour Suprême.

1. Que demande le FBI à Apple ?

Au nom de la lutte contre le terrorisme, le FBI demande à Apple de débloquer l'iPhone de Syed Farook. Les enquêteurs cherchent notamment à déterminer si les terroristes ont bénéficié d'assistances dans l'organisation et l'exécution de leurs attaques. À cause du système de chiffrement mis en place par Apple depuis iOS 8, son contenu est illisible. Les propriétaires d'iPhone peuvent en effet protéger leur téléphone avec un code qui active le chiffrement des données. Après dix tentatives infructueuses, celles-ci sont effacées. 

Le FBI souhaite qu'Apple lui fournisse un logiciel permettant de contourner cette suppression automatique et de pouvoir tester une multitude de combinaisons. Il existait pourtant un moyen d'accéder aux données : activer une sauvegarde iCloud en connectant l'iPhone à un réseau connu. Mais l'employeur du terroriste a réinitialisé le compte iCloud, rendant l'opération impossible, à la demande... du FBI.

2. Pourquoi Apple refuse d'aider l'enquête

Le PDG d'Apple Tim Cook juge la demande "sans précédent" et "inacceptable" et refuse catégoriquement de s’y soumettre. Il estime que les autorités franchissent une ligne rouge et que la requête du FBI pourrait mettre en danger la sécurité des données de centaines de millions de personnes. "Une fois créée, la technique pourrait être utilisée à l'infini, sur tous types d'appareils", s'inquiète-t-il, estimant que la demande du FBI revient à "créer un logiciel équivalent au cancer". 

Tim Cook a adressé un e-mail à ses employés lundi 22 février pour défendre sa position avant d'accorder une interview à la chaîne américaine NBC dans laquelle il se dit prêt à porter l'affaire devant la Cour Suprême. Il en appelle également à la création d'une commission d'experts.

3. Qui soutient Apple ?

La Silicon Valley fait front uni face au gouvernement américain. Plusieurs entreprises, dont ses porte-drapeaux Alphabet, Facebook et Microsoft, vont signer une motion commune pour soutenir Apple dans sa lutte contre les autorités, révèle le Wall Street Journal. Twitter n'est pas certain de se joindre à la motion, mais devrait soutenir Apple dans son combat juridique. 

Parmi les premiers à soutenir Apple, le PDG de Google Sundar Pichai s'est positionné contre la création de "n'importe quelle forme de porte dérobée" qui aurait "de très graves conséquences". Le patron de Facebook Mark Zuckerberg a exprimé sa sympathie à Apple, qui a aussi reçu le soutien public de WhatsApp et Mozilla.

Apple est aussi soutenu par les défenseurs des libertés (l'Electronic Frontier Foundation et l'American Civil Liberties Union notamment), qui voient poindre, à l'instar de plusieurs experts en sécurité informatique, le risque d’une surveillance débridée d'un très mauvais œil, quelques années après avoir été secoués par le scandale de l’espionnage généralisé de l’agence de renseignement du pays, la NSA.

4. Qui soutient le FBI ?

À l’inverse, d’autres estiment que le refus d’Apple entrave une enquête cruciale pour la sécurité du pays. Des victimes de la tuerie de San Bernardino ont annoncé qu’ils allaient déposer une requête en soutien à la demande de Washington d’ici mai, au nom de leur intérêt à connaître les informations contenues dans le téléphone du tueur. "Ils ont été ciblés par des terroristes, ils ont besoin de savoir pourquoi et comment ceci a pu arriver", a affirmé l’avocat des victimes, Stephen Larsona.

Adversaire historique d'Apple, Bill Gates a livré un point de vue ambigu. L'ancien patron de Microsoft considère que "le gouvernement demande d'accéder à des informations, et non un accès de manière générale". Il estime que "la question n'est pas si différente que celle de savoir si la police doit être en mesure de demander des informations à un opérateur téléphonique ou à une banque".

5. Quelles sont les réactions politiques ?

Sur le plan politique, le sujet fait l'unanimité chez les candidats à l'investiture républicaine qui ont tous affiché leur soutien au FBI. Donald Trump a appelé au boycott de la marque à la pomme, si elle ne donne pas les informations nécessaires aux autorités. D'autres ont proposé d'enfermer Tim Cook à la Maison Blanche jusqu'à ce qu'il se plie aux demandes du FBI.

Dans le camp démocrate, les favoris pour l'investiture se contentent de renvoyer le FBI et Apple dos-à-dos. "J'ai de grandes craintes quant à l'émergence de Big Brother au États-Unis, qu'il s'agisse du gouvernement fédéral (...) ou d'une entreprise privée qui sait tout de vous", a affirmé Bernie Sanders

Sa rivale Hillary Clinton ne s'est pas mouillée davantage : "Nous ne voulons pas que le chiffrement et la protection de la vie privée soient détruits, et nous voulons attraper [les complices] et nous assurer qu'il n'y a pas un autre terroriste dont les informations se trouvent dans ce téléphone".

6. Qu'en pense l'opinion américaine ?

L'opinion publique américaine apparaît divisée face à ce qui constitue désormais un débat national. D'après un récent sondage conduit par l'institut PewResearch, un peu plus de la moitié des Américains penchent du côté du FBI. Une autre étude, menée par Ipsos, affirme que 46% des Américains sont en faveur d'Apple.

7. Que va-t-il se passer désormais ?

Face au refus d'Apple, le département américain de la Justice a déposé un recours la semaine dernière obligeant le groupe à se plier à la décision de justice. Les avocats d'Apple ont déposé jeudi 25 février une demande d'annulation de la demande. 

Les avocats de la firme de Cupertino estiment que le gouvernement a outrepassé ses prérogatives et que le FBI a lui-même bloqué l'avancée de l'enquête en changeant le mot de passe iCloud. Ils brandissent l'argument de la liberté d'expression : forcer Apple à créer un logiciel contre sa volonté signifierait violer le premier amendement.


La prochaine étape du bras de fer conduira les deux parties devant le Congrès à Whashington, mardi 1er mars, où Apple sera représenté par son vice-président en charge des questions gouvernementales et légales, Bruce Sewell, et le FBI par son patron, James Comey. Tim Cook veut évoquer le dossier avec le président Obama et n'exclut pas ensuite de faire remonter l'affaire jusqu'à la Cour Suprême.

8. Quelles conséquences pour les consommateurs ?

Ce conflit relance un débat vieux de plusieurs mois entre les groupes technologiques et le gouvernement américain sur la sécurité des données des téléphones. Échaudés par les révélations d'Edward Snowden sur la surveillance pratiquée par la NSA, les entreprises du numérique refusent d'affaiblir la sécurité de leurs appareils au nom du droit à la vie privée de leurs clients. Incapables de faire parler des téléphones cryptés, les autorités et les services de renseignement anglo-saxons demandent l'instauration de portes dérobées (ou "backdoors") dans ces logiciels pour pouvoir accéder au contenu d'un téléphone chiffré et espionner des communications.

Sans attendre l'issue du conflit, Apple prépare déjà sa contre attaque technologique. Selon le New York Times, des ingénieurs du groupe informatique travaillent à renforcer la sécurité de l'iPhone pour se prémunir d'éventuelles demandes du FBI. Selon le Financial Times, la marque à la pomme planche également sur des outils capables de fermer l'accès à iCloud, son dispositif de sauvegarde en ligne, auquel les forces de l'ordre peuvent avoir accès dans le cadre d'un mandat de justice.

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BenjaminHuepro
par Journaliste RTL
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2016-02-27 14:00:00
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