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Heetch, "le UberPop des jeunes", va-t-il devoir mettre la clé sous la portière ?

Les fondateurs de l’application française de covoiturage en ville comparaissent mercredi 22 juin pour "complicité d’exercice illégal de la profession de taxi".

Rémi Sulmont RTL vous en parle déjà Rémi Sulmont
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Télécharger Heetch, "l'UberPop des jeunes", va-t-il devoir mettre la clé sous la portière ? Crédit Image : SIPA | Crédit Média : Rémi Sulmont | Durée : | Date : La page de l'émission
Rémi Sulmont et Loïc Farge

Heetch (faire du stop, en anglais) va peut-être devoir mettre la clé sous la portière. Mais l’application aura au moins réussi une campagne de communication exemplaire. Devant la menace d’interdiction, la jeune entreprise française a mobilisé grâce à une vidéo maline que plusieurs millions d’internautes ont vue (voir ci-dessous). François Hollande, Nicolas Sarkozy, Arnaud Montebourg, Manuel Valls, Jean-François Copé, Bertrand Delanoë et Arlette Laguiller : on y reconnaît tout le personnel politique actuel.

Le montage leur fait défendre l’idée de Heetch : rendre la nuit accessible aux plus jeunes et aux moins fortunés, aux 18-25 ans qui habitent souvent en banlieue et pour qui les taxis sont inabordables. Ce que vous avez peut-être deviné, c’est que les extraits vidéo datent d’un temps où ces vieux lions politiques étaient des jeunes loups. "S’ils étaient encore jeunes" conclut le slogan sur fond de Marseillaise, "ils se battraient pour Heetch".

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"La jeunesse soutien Heetch"

Si aujourd'hui Heetch a décidé de se faire connaitre un peu pompeusement, c’est parce qu’elle est aujourd'hui menacée. Lancée en Île-de-France en 2013 puis à Lyon et et Lille en 2014, l’application française a grandi, sans bruit, sans polémique. Elle a atteint les 50.000 trajets par semaine. Les attaques des taxis s’étaient en fait concentrées sur UberPop. La donne a changé lors de la crise des taxis l’été dernier, quand Uber a expliqué que si on interdisait UberPop, il faudrait aussi bannir le petit Français. Heetch a alors été associé à Uber.

Depuis un an, 300 conducteurs de Heetch ont été arrêtés pour "travail illégal".
À présent, c’est au tour des deux dirigeants fondateurs, dont Teddy Pellerin, de comparaître. Devant les juges, il expliquera mercredi 22 juin qu’Uber et Heetch ne sont, à ses yeux, pas comparables. D'abord parce qu’un chauffeur Heetch ne peut pas gagner plus de 6.000 euros par an (au-delà, il est bloqué par la plateforme). Ensuite parce que Heetch n’a vocation à fonctionner que la nuit, de 20 heures à 6 heures du matin, lorsque les 18-25 en ont besoin.

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"Pourquoi quelqu'un qui a 18 ans est obligé de rentrer dans une voiture de luxe pour rentrer chez lui la nuit ?", interroge-t-il. "Cela donne l'impression que soit on a de l'argent et on peut sortir le soir, soit qu'on n'a pas d'argent, qu'on vit en banlieue et qu'on reste chez soi", poursuit-il. "Nous, au contraire, on a envie de permettre à tout le monde de sortir la nuit et de mieux se déplacer, pour le désenclavement des banlieues et pour la sécurité routière", renchérit encore Teddy Pellerin.

Pourquoi quelqu'un qui a 18 ans est obligé de rentrer dans une voiture de luxe pour rentrer chez lui la nuit ?

Teddy Pellerin, co-dirigeant de Heetch
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Les fédérations de taxis suivent ce procès de très près. Le juge doit choisir entre autoriser Heetch et faire repartir la crise des taxis, ou donner un coup de frein à une start-up française en pleine expansion qui vient d’ouvrir en Pologne, en Suède et en Italie. "On voudrait nous fait croire qu’Heetch c’est du covoiturage !", s’exclame Alain Griset, le président de l’Union nationale des Taxis. Or, dit-il, "c’est du travail dissimulé à grande échelle".

"Évidemment, il faut inventer un nouveau cadre légal, pour prélever des charges et des impôts", plaide Mounir Mahjoubi, le président du Conseil national du numérique, qui s’inquiète. Pour lui, "des projets innovants risques d'être interdits car ils sont trop en avance sur leur temps". Il est convaincu que, dans cinq ans, on regardera ces initiatives en se disant que la France a raté des opportunités.

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Heetch, "le UberPop des jeunes", va-t-il devoir mettre la clé sous la portière ?
Heetch, "le UberPop des jeunes", va-t-il devoir mettre la clé sous la portière ?
Les fondateurs de l’application française de covoiturage en ville comparaissent mercredi 22 juin pour "complicité d’exercice illégal de la profession de taxi".
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2016-06-21 12:11:00
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