"Charlie Hebdo", Hyper Cacher : le traumatisme insurmontable des victimes des attentats de janvier 2015

REPLAY - Il y a un an, la France était frappée à "Charlie Hebdo" et à l'Hyper Casher de la porte de Vincennes. Rencontre avec un des ex-otages d'Amédy Coulibaly.

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Le traumatisme insurmontable des victimes des attentats de janvier 2015 Crédit Image : ERIC FEFERBERG / AFP Crédit Média : Thomas Prouteau Télécharger

Le 9 janvier 2015, Jean-Luc Slakmon, 57 ans, était un manutentionnaire discret de l'Hyper Cacher. Toute la vie de ce père de famille - "juif français", comme il se définit lui-même - était consacré à son travail et à ses deux filles adolescentes. Désormais, il revit en boucle ses quatre heures de huis clos sanglant avec Amédy Coulibaly

"J'ai toujours peur que ça recommence. Quand je rentre dans un magasin, j'ai peur. Quand je prends les transports, j'ai peur. Quand je suis dans la rue, je regarde derrière moi et les sacs des gens. J'entends des bruits, je me retourne", confie-t-il. Il explique que les scènes du Bataclan ont fait resurgir ses cauchemars. "Je sais qu'il faut aller de l'avant, mais je pense que c'est impossible", avoue-t-il.

Courage extraordinaire

Depuis un an, Jean-Luc est en arrêt de travail. Il prend des antidépresseurs et tourne en rond. Ses filles le soutiennent, c'est ce qui le fait tenir. Il faut dire que le jour de l'attaque contre l'Hyper Cacher, il était en première ligne. Il était tout près de l'entrée quand Coulibaly surgit avec ses Kalachnikov. Pour sauver sa peau, il a le réflexe de s'écarter et plonger au sol. "J'ai fait le mort, j'ai entendu crier, j'ai entendu l'affolement, le coups de feu. C'était horrible, j'ai tenu mon téléphone pour qu'il ne se mette pas à sonner. Je me suis caché au fond et j'ai attendu que cela se calme", raconte-t-il. Quand il croise Coulibaly, celui-ci le regarde "avec des yeux de tueur" et lui demande : "Tu étais où, toi ?"

Je sais qu'il faut aller de l'avant, mais je pense que c'est impossible

Jean-Luc, ex-otage de l'Hyper Cacher

Jean-Luc Slakmon n'en mène pas large. Le terroriste mesure 50 centimètres de plus que lui. Mais Coulibaly arrête de mitrailler. Il choisit le manutentionnaire pour exécuter ses ordres : débrancher les caméras ou bloquer la porte de derrière avec des palettes. Jusqu'à l'assaut final, l'otage va faire preuve d'un courage extraordinaire. Car Amédy Coulibaky lui demande d'aller vérifier au sous-sol et de faire monter ceux qui se seraient cachés. "Je suis descendu pour voir s'il y avait des otages, et j'ai vu les gens qui s'étaient enfermés dans la chambre froide". Seules deux personnes acceptent de remonter. Les autres, reclus de la chambre froide, ne seront jamais découverts.

Une deuxième vie fragile

Jusqu'à l'assaut final, Jean-Luc va observer le preneur d'otage. Coulibaly se montre notamment maladroit lorsqu'il il recharge ses armes. Il parle de politique, prie à plusieurs reprises. Ce qui terrorise Jean-Luc, c'est qu'il comprend très vite qu'il n'y aura pas de négociation jusqu'à l'assaut. "Il se préparait à mourir en fin de compte. Dès qu'ils ont ouvert le grand rideau, il s'est retrouvé entre deux feux. Il a sauté sur la police. On était tous par terre, il y avait des bombes au sol, on sentait que ça éclatait de partout, on avait super peur", explique Jean-Luc. "Quand on est sorti, on a dit que c'était un signe".

Un signe du ciel selon le manutentionnaire, très religieux. Mais il voue surtout une reconnaissance totale aux policiers. Jusque-là, il n'est pas retourné à l'Hyper Cacher (cela le panique). Mais il le fera samedi 9 janvier pour la cérémonie d'hommage. "Quand je passe devant, j'ai des frissons. Maintenant, je serai là-bas parce que j'ai envie de dire au monde ce qui s'est passé (...) Pour moi, c'est une deuxième vie", assure-t-il. Une deuxième vie fragile, dans la crainte permanente d'un nouvel attentat.

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LoïcFarge42
par Journaliste RTL
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"Charlie Hebdo", Hyper Cacher : le traumatisme insurmontable des victimes des attentats de janvier 2015
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REPLAY - Il y a un an, la France était frappée à "Charlie Hebdo" et à l'Hyper Casher de la porte de Vincennes. Rencontre avec un des ex-otages d'Amédy Coulibaly.
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2016-01-04 09:40:00
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