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"Charlie Hebdo" : le récit d'une tragédie

UN AN APRÈS (1/3) - Il y a un an, la rédaction de l'hebdomadaire satirique était la cible d'une attaque sans précédent, premier volet des actes terroristes qui ont balisé l'année 2015 en France.

Devant l'immeuble de "Charlie Hebdo" le 9 janvier 2015.
Devant l'immeuble de "Charlie Hebdo" le 9 janvier 2015. Crédit : JACQUES DEMARTHON / AFP
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Clémence Bauduin
Journaliste

Il est aux alentours de 11h45, ce mercredi 7 janvier 2015, lorsque deux hommes pénètrent dans les locaux de l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, cagoulés, vêtus de noir, gantés, armés de Kalachnikov et d'un lance-roquettes. La suite a résonné pendant des semaines sur les antennes de radio et de télévision : les terroristes Chérif et Saïd Kouachi se sont rendus au deuxième étage du bâtiment, où se déroulait la conférence de rédaction du journal

Les frères Kouachi ouvrent le feu dans la salle de rédaction et tuent douze personnes. Parmi ces victimes se trouvent cinq dessinateurs phares de la satire française : Stéphane Charbonnier dit Charb, Jean Cabut dit Cabu, Georges Wolinski, Bernard Verlhac alias Tignous et Honoré. À ce triste bilan s'ajoutent les noms de l'économiste Bernard Maris, de la psychologue Elsa Cayat, auteure de la chronique "Charlie Divan" et de Mustapha Ourrad, correcteur du journal depuis dix ans.

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Télécharger "Charlie Hebdo" est une cible de longue date Crédit Image : RTL.fr | Crédit Média : Jean-Alphonse Richard | Durée : | Date :

Deux policiers perdent également la vie lors de l'attaque. Le premier, Franck Brinsolaro, assurait la protection de Charb. Le second, Ahmed Merabet, est abattu dans la rue par l'un des frères Kouachi. Michel Renaud, journaliste de formation, invité par Cabu à participer à la conférence de rédaction, a lui aussi péri. Enfin, Frédéric Boisseau, un agent de maintenance de l'entreprise Sodexo, se trouvait à l'accueil de Charlie Hebdo. Il est la première victime de l'attentat.

Le sombre itinéraire des frères Kouachi

Les deux tireurs crient "Allah Akbar" et "on a vengé le prophète, on a tué Charlie Hebdo" avant de remonter dans leur véhicule, pour prendre la fuite après le massacre. S'ensuit alors une chasse à l'homme de deux jours, qui s'achève à Dammartin-en-Goële, en Seine-et-Marne, où ils sont abattus.

Chérif et Saïd Kouachi, 32 et 34 ans, étaient déjà connus des services de police et des autorités judiciaires. Ils avaient fait l’objet de surveillance et figuraient dans deux bases de données antiterroristes hautement confidentielles, d’après ABC News. L’aîné s'était rendu au Yémen en 2011 pour un voyage religieux au cours duquel il aurait été formé au maniement des armes par des membres d'al-Qaïda. Les terroristes étaient orphelins de leurs parents, immigrés d’Algérie. D'abord connus pour des faits de petite délinquance, ils se seraient radicalisés au début des années 2000, lorsque le plus jeune a commencé à fréquenter la mosquée Adda’wa, dans le XIXème arrondissement de Paris. 

La France face à la menace terroriste

Le 7 janvier, dans les heures qui suivent le massacre, les réactions politiques se succèdent rue Nicolas-Appert (Paris XI), où se trouvent les locaux de Charlie Hebdo. Sur place, François Hollande appelle à "faire bloc pour montrer que nous sommes un pays uni (...) Nous aurons à cœur de trouver les responsables et d'appeler à l'unité nationale". La France apprend alors que "plusieurs attentats" ont été déjoués au cours des semaines précédentes. Matignon élève le plan Vigipirate au niveau "alerte attentats", le plus élevé, dans toute l'Île-de-France. 

Très vite, une centaine de rassemblements solidaires s'organisent partout en France. Les drapeaux sont mis en berne pendant trois jours.

Rassemblement place de la République

Le soir-même du 7 janvier, plus de 35.000 personnes se rendent à la manifestation organisée place de la République, à Paris. Selon un décompte de l'AFP, au moins 100.000 personnes se sont réunies spontanément dans toute la France. La foule garde le silence, les messages de paix abondent sur des affiches préparées dans l'urgence et l'émotion se fait largement ressentir. Des voix s'élèvent et scandent des appels à la liberté d'expression, des stylos et des cartes de presse sont brandis.

Charlie Hebdo : rassemblement à Strasbourg, le 7 janvier 2015
Charlie Hebdo : rassemblement à Strasbourg, le 7 janvier 2015 Crédit : AFP

Je suis Charlie

Très vite, un slogan devient viral. "Je suis Charlie". Trois mots pour s'associer à la mémoire des victimes et défendre la liberté d'expression. 

Je suis Charlie
Je suis Charlie

Pendant ce temps, la traque des frères Kouachi se poursuit. Elle est menée par la brigade criminelle de la police judiciaire parisienne avec la Direction générale de la sécurité intérieure.

Amedy Coulibaly sévit à Montrouge

Le lendemain, la France se réveille et apprend qu'une nouvelle fusillade a eu lieu. Elle s'est déroulée peu après 8 heures à Montrouge, dans les Hauts-de-Seine. Armé d'un fusil mitrailleur, un homme, Amedy Coulibaly, ouvre le feu sur deux policiers municipaux. Clarissa Jean-Philippe, une policière municipale, décède. Nul ne sait alors si cette nouvelle attaque est liée à celle qui a ciblé la rédaction de Charlie Hebdo la veille.

La prise d'otage de l'Hyper Cacher

Le vendredi 9 janvier, une prise d'otages a lieu dans l'épicerie juive de l'Hyper Cacher, porte de Vincennes. L'issue des longues heures de prise d'otages et les prélèvements ADN qui en découleront prouveront que le preneur d'otages n'est autre qu'Amedy Coulibaly, responsable, la veille, de la fusillade à Montrouge. À 17h15, l'assaut est donné. Amedy Coulibaly est tué. Avant cela, il abat quatre otages dans le magasin.

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DOCUMENT RTL - Quand Coulibaly essaye de se justifier devant ses otages à l'épicerie casher Crédit Média : Jean-Alphonse Richard | Durée : | Date :

À Dammartin-en-Goële, le dénouement de 3 jours d'horreur

Pendant qu'Amedy Coulibaly se trouve dans l'Hyper Cacher avec de nombreux otages, les frères Kouachi, eux, se retranchent dans une imprimerie à Dammartin-en-Goële, en Seine-et-Marne. L'assaut est finalement lancé par le GIGN peu avant 17 heures. De nombreuses détonations et explosions retentissent. Chérif et Saïd Kouachi sont tués dans l'assaut.

Hommages et réactions

Dès le 7 janvier, les réactions d'anonymes et de personnalités du monde entier affluent. De Barack Obama à Johnny Hallyday en passant par le pape François, les événements qui frappent la France génèrent un appel à la paix et à l'union.

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"Fusillade à Charlie Hebdo" : Le Pape François a prié pour les victimes Durée : |

Marche du dimanche 11 janvier

Dimanche 11 janvier, après trois jours d'horreur, l'heure est au recueillement. Une marche est organisée à Paris, entre les places de la République et de la Nation. Plus de 700.000 personnes font alors le déplacement pour rendre hommage à Charlie Hebdo et à l'ensemble des victimes des frères Kouachi et d'Amedy Coulibaly. D'autres centaines de rassemblements s'organisent partout en France et dans le monde.

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Charlie Hebdo: rassemblements à travers le monde

Le "Charlie Hebdo" de l'après-Charlie

Mercredi 14 janvier, un million d'exemplaires du nouveau numéro de l'hebdomadaire satirique sont mis en vente dans les kiosques. Réalisé dans le deuil par "les survivants" de la rédaction, il est composé de 8 pages au lieu de 16 habituellement et a pour titre "Tout est pardonné". Le dessin, réalisé par Luz, illustre un musulman versant une larme. Les Français se ruent chez le kiosquier. Rapidement en rupture de stocks, Charlie Hebdo fera finalement imprimer 6 millions d'exemplaires. Des files d'attente interminables se forment pour acheter ce numéro symbolique qui marque des heures sombres pour la France, mais suivies d'un grand moment de solidarité et de fraternité.

Le numéro de "Charlie Hebdo", sorti le 14 janvier, s'est vendu à plus de 7 millions d'exemplaires
Le numéro de "Charlie Hebdo", sorti le 14 janvier, s'est vendu à plus de 7 millions d'exemplaires Crédit : AFP
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"Charlie Hebdo" : le récit d'une tragédie
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UN AN APRÈS (1/3) - Il y a un an, la rédaction de l'hebdomadaire satirique était la cible d'une attaque sans précédent, premier volet des actes terroristes qui ont balisé l'année 2015 en France.
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2016-01-07 06:00:00
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