Calais : le nombre de migrants a presque triplé depuis la première visite de Bernard Cazeneuve

ÉCLAIRAGE - Le nombre de migrants a presque triplé depuis la première visite de Bernard Cazeneuve à Calais. Un an après, l'État est condamné par la justice à agir à Calais.

Bernard Cazeneuve lors de sa première visite à Calais le 3 novembre 2014
Crédit : DENIS CHARLET / AFP
Bernard Cazeneuve lors de sa première visite à Calais le 3 novembre 2014

Il y a un an, le 3 novembre 2014, lors de la première visite de Bernard Cazeneuve à Calais, la préfecture du Nord-pas-de-Calais estimait à 2.300 le nombre de migrants. Le projet du centre d'accueil Jules-Ferry était alors entériné. Ils sont actuellement 6.000. Cependant, tous ne sont pas dans la Jungle de Calais. On en compte 1.600 dans la Jungle de Grande Synthe, 300 dans celle de Téteghem, près de Dunkerque, 150 dans celle de Norrent-Fontes, près de Béthune, 50 dans celle d’Angres, près de Lens, 70 à Steenvoorde, 35 à Tatinghem, près de Saint-Omer. Libération comptait près 8.200 exilés dans les bidonvilles de la région.

Depuis sa première visite, le ministre de l'Intérieur n'a cessé d'augmenter les renforts policiers. "Aux 225 gendarmes et 440 CRS présents aujourd'hui, s'ajouteront 300 gendarmes et 160 CRS qui seront pleinement opérationnels dès demain", a-t-il annoncé lors de sa dernière visite à Calais, le 21 octobre dernier. "Au total, ce sont 1.125 fonctionnaires qui assureront au quotidien la sécurisation" et "lutteront contre l'intrusion et l'immigration irrégulière".

En novembre 2014, ils étaient 450 policiers et gendarmes mobilisés dans la ville de 75.000 habitants et un peu plus de 2.000 migrants. Ces renforts permettraient de fluidifier et sécuriser l'accès au port, rendu difficile par la multiplication des assauts lancés par les migrants sur les camions qui attendent l'accès aux ferries. Ces renforts pourraient également empêcher des rixes de plus en plus violentes entre groupes de migrants. Il s'agit pour Bernard Cazeneuve de rassurer une population inquiète.

Répartir les demandeurs d'asile en France

En octobre dernier, le ministre a annoncé que "chaque migrant doit pouvoir, s'il en manifeste le souhait et s'il renonce à son projet migratoire vers le Royaume-Uni, bénéficier d'une mise à l'abri ailleurs en France, sans que cela soit conditionné au dépôt d'une demande d'asile." Selon lui, "l'objectif consiste à leur offrir un temps de répit au cours duquel ils pourront bénéficier d'un accompagnement et reconsidérer leur projet de migration vers le Royaume-Uni".

En effet, ne souhaitant pas "concentrer toutes les difficultés à Calais", le ministre propose de "répartir les demandeurs d'asile sur le territoire". Pour le moment, ce sont un peu plus de 700 migrants qui ont choisi de quitter Calais. Mardi 27 octobre d'abord, puis vendredi 30 octobre, les migrants renonçant à leur projet de traverser la manche ont quitté Calais. Les départs en car ont eu lieu à la préfecture du Pas-de-Calais, pour rejoindre des centres d'accueil dans une dizaine de régions françaises. À leur arrivée, les migrants ont été installés temporairement dans des centres de vacances ou des locaux inoccupés.

Les plans du gouvernement

Cette mesure fait écho à l'annonce mi-septembre du ministre de l'Intérieur qui promettait aux communes une aide de 1.000 euros par place d’hébergement fournie d'ici 2017 lors d'une réunion des maires de France. À la Maison de la Chimie, le ministre de l'Intérieur proposait des "aides complémentaires à destination des propriétaires publics et privés". La création de logements pourrait être prise en charge par le fonds de soutien au financement de l'investissement.

Cet été, le 17 juin, Bernard Cazeneuve a dévoilé le plan du gouvernement pour l'accueil des migrants. Le ministre a annoncé la création de 10.500 places d'hébergement supplémentaires. Ainsi, le gouvernement devrait créer 4.000 hébergements pour les demandeurs d'asile d'ici courant 2016, 5.000 places pour les réfugiés et 1.500 places d'urgence pour les migrants vivant dans des campements. En juillet, 120 policiers supplémentaires sont mobilisés et plus tard, fin septembre, le ministre de l'Intérieur annonce la mise en place de patrouilles de police, de manière aléatoire. 

L'accord franco-britannique

Pour tenter de mieux contrôler les migrants, Bernard Cazeneuve annonce avec son homologue Theresa May un renforcerment des mesures pour empêcher les migrants d'accéder à l'Eurotunnel, avec un budget de 10 millions d'euros, le 20 août. Le tunnel sous la Manche sera sécurisé à l'aide d'un nouveau centre de contrôle, de la surveillance des voies ferrées, de caméras de vidéosurveillance, de détections infrarouge et de projecteurs. 700 vigiles, policiers et gendarmes surveillent l’Eurotunnel, qui est entouré par 22 kilomètres de barrières. Au total, 1 300 policiers français sont déployés.

Le ministre de l'Intérieur, lors de sa dernière visite en octobre, a annoncé le doublement du nombre de femmes et d'enfants hébergés au centre d'accueil Jules-Ferry, les faisant passer à 400 "d'ici la fin de l'année". Les 1.500 places promises fin août par Manuel Valls, quand le nombre de migrants était estimé à 3.000, ont été confirmées. Ces abris devraient être crées avec le soutien de l’Union européenne à hauteur de 5,2 millions d'euros pour un montant total de 18 millions d’euros avant la fin de l’année. Les travaux de terrassement puis d'installation ont commencé le 2 novembre. "La livraison est prévue à la toute fin décembre", selon la préfecture.

L'État condamné à agir à Calais

Depuis juillet 2014, Bernard Cazeneuve affirme à Liberation que l'État prend ses responsabilités "en procédant à l’évacuation des campements illicites et en proposant des solutions d’asile et d’hébergement". Selon lui, "l’objectif est de limiter la concentration migratoire à Calais, faire respecter les décisions de justice, casser les filières et accueillir sur le reste du territoire national ceux qui réclament la protection de la France". Or, le nombre de dossiers de demande d'asile enregistrés les huit premiers mois de l'année 2015 a presque doublé (1.608 contre 885 en 2014). Le traitement des dossiers se ferait en un mois seulement à Calais, quand il en faut huit ailleurs, selon France 3. Les réfugiés politiques sont autorisés à rester sur le territoire français alors que les réfugiés économiques sont censé repartir dans leur pays.

Lundi, le tribunal administratif de Lille a condamné l'État à agir à Calais. En effet, Médecins du Monde, le Secours catholique et six demandeurs d'asile ont fait une demande pour que la justice ordonne des mesures d'urgences pour respecter le droit à la vie, à la dignité, à la nourriture, aux soins et à un hébergement d'urgence, notamment. L'État a quarante-huit heures pour procéder au recensement des mineurs isolés en situation de détresse et de les placer. L'État a également huit jours pour créer dix points d'eau supplémentaires, mettre en place cinquante latrines, instaurer un système de collecte des ordures, procéder au nettoyage et dégager un accès au camp pour les services d'urgence. Pour chaque jour de retard, la préfecture s'acquittera d'une astreinte de 100 euros. Le juge des référés rappelle qu’il "appartient aux autorités publiques de veiller à ce que les droits les plus élémentaires (des) personnes, constitutifs de libertés fondamentales, soient garantis".

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par Édouard Nguyen
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2015-11-04 18:21:00
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