Manuel Valls : le premier ministre mise sur la modernité... pour la présidentielle de 2022

DÉCRYPTAGE / INTERVIEWS - Le Premier ministre entretient une image d'homme politique moderne face à la cote de popularité grandissante d'Emmanuel Macron, son potentiel concurrent pour la présidentielle de 2022.

Le Premier ministre Manuel Valls suivi d'Emmanuel Macron, ministre de l'Économie, à la sortie de Matignon, le 21 juillet 2015.
Crédit : THOMAS SAMSON / AFP
Le Premier ministre Manuel Valls suivi d'Emmanuel Macron, ministre de l'Économie, à la sortie de Matignon, le 21 juillet 2015.

Quand la question de la présidence lui est posée, la réponse de Manuel Valls ne varie pas. Le premier ministre exprime sa loyauté envers François Hollande. Parfois, un regard malicieux ou une facétie suffisent à faire penser qu'il ne se contentera pas toujours de cette place de numéro deux. "On a affaire à quelqu'un de jeune, qui a connu une accélération remarquable. Manuel Valls ne peut pas ne pas se poser la question de la présidentielle", avance Jérôme Sainte-Marie, politologue et président de PollingVox.

La question est de savoir quand. "Pour 2017, on raisonne sur une candidature de François Hollande à laquelle Valls ne fera pas barrage", décrypte Jérôme Sainte-Marie. "Il se présente comme un fidèle soutien et comme un substitut. Il ne viserait l'étape 2017 que si le Président était empêché, confirme Joseph Daniel, spécialiste de la communication politique. Manuel Valls envisage indéniablement 2022".

Pourquoi Manuel Valls vise 2022

En tant que premier ministre, Manuel Valls est tributaire du bilan du quinquennat Hollande. Jugé sévèrement au bout de trois ans et demi, ce bilan ne constituera pas un atout en 2017. En 2022, en revanche, la tendance peut s'inverser. "Dans quelques années, Manuel Valls peut espérer que certaines réformes et la ligne politique qu'il incarne seront revues avec plus de mansuétude", explique Jérôme Sainte-Marie. Le politologue prend l'exemple d'Alain Juppé, de retour sur le devant de la scène politique pour 2017, après une longue traversée du désert amorcée par l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris.

Valls, chef d'une coalition ?

"Manuel Valls incarne une ligne politique tout à fait claire, qui consiste à dire que le mot "socialiste" ne veut plus rien dire. Il prône une gauche qui rassemble davantage les libéraux", expose Jérôme Sainte-Marie. Depuis que le Front National est devenu incontournable dans la sphère politique, après ses résultats aux européennes en 2014, aux départementales en mars 2015 et au premier tour des élections régionales, Manuel Valls s'est posé en figure d'opposition au parti de Marine Le Pen. "On aura, à l'issue de la présidentielle 2017, un président qui sera amené à jouer avec une large partie de la sphère politique. Valls veut incarner les forces politiques qui souhaitent se réunifier face au Front National", explique Jérôme Sainte-Marie. La ligne de Manuel Valls, "réformiste, libérale et europhile", pourrait constituer, à l'horizon 2022, une coalition contre le parti d'extrême droite.

Le danger Macron

Depuis plusieurs mois, cette ligne politique est aussi celle d'un énarque, adoubé ministre de l'Économie il y a un an et demi : Emmanuel Macron. "Macron incarne encore mieux que Valls cette ligne et dispose d'atouts considérables pour 2022", estime Jérôme Sainte-Marie. D'abord, le ministre de l'Économie n'est pas comptable de l'ensemble de l'action gouvernementale. "Il peut se permettre de faire un projet de loi, proposer des réformes, tandis que Valls, en tant que premier ministre, subit tout", développe le politologue. Le nom de Macron est associé à des réformes, à des lois modernes, comme celle qui porte son nom, et Noé, son deuxième volet. "Macron ne porte pas les lignes du chômage comme Manuel Valls et n'est pas obligé de s'aligner sur toutes les décisions de la présidence de la République", poursuit Jérôme Sainte-Marie.

"Cette concurrence potentielle existe", reconnaît Joseph Daniel, qui, au cours de sa carrière de conseiller en communication, a pu assister aux compétitions entre Jospin et Fabius ou, plus récemment, Fillon et Copé. "Manuel Valls peut craindre que son profil de réformateur soit en partie gommé par le succès médiatique et sondagier de Macron". Joseph Daniel estime ainsi que Manuel Valls ne doit pas aller trop loin dans le jeu de la modernité et de l'infotainment (mélange d'information et de divertissement, ndlr). "Il ne gagnerait rien à donner le sentiment de trop jouer avec les médias". A contrario, en 2022, Manuel Valls pourrait bénéficier d'un avantage en termes d'image. "Cela dépend de l'élection d'un président de droite ou de gauche en 2017", précise Joseph Daniel. En tant que premier ministre, il représente aussi une figure emblématique d'un quinquennat achevé, auxquels les événements positifs pourront être rapportés. 

On ne peut pas dire "Le Valls nouveau est arrivé", mais il y a eu un glissement depuis plusieurs mois déjà

Joseph Daniel, conseiller en communication politique

En attendant, Manuel Valls doit se détacher du registre institutionnel que lui impose son rôle. "De ce côté, il a fait des efforts, remarque Joseph Daniel. Il y a encore un an, il ne savait pas alterner les temps forts et les temps morts. Désormais, il humanise son imageDans On n'est pas couché samedi 16 janvier, il parle à plus de 2 millions de personnes, jeunes, qui ne regardent pas forcément Des Paroles et des Actes. On ne peut pas dire 'Le Valls nouveau est arrivé' mais il y a eu un glissement depuis plusieurs mois déjà", souligne le conseiller en communication. 

Pour lui, Manuel Valls s'inscrit dans une double stratégie : une stratégie de court terme, "qui s'intéresse à sa cote de popularité, comme c'est le cas de tout politique de premier plan, et vise à élargir son spectre au-delà des lecteurs du Monde et une stratégie de long terme, qui veille à son positionnement,  pas seulement en tant qu'ancien ministre de l'Intérieur ou premier ministre mais en tant qu'individu qui a une idée plus large de la société et de ses enjeux".

Les 20 et 21 janvier, Manuel Valls se rendra au forum économique mondial de Davos, en Suisse. Premier chef du gouvernement socialiste à y participer, il y restera plus longtemps que ses prédécesseurs et devancera l'arrivée du ministre de l'Économie, Emmanuel Macron. Une longueur d'avance que le Premier ministre compte bien garder sur tous les plans.

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par Clémence BauduinJournaliste
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2016-01-19 15:34:00
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