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"L'affaire Cahuzac a été un déclic, mais pas chez tout le monde", note Alba Ventura

ÉDITO - Condamné à trois ans de prison ferme pour fraude fiscale et blanchiment en première instance, l'ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac est jugé en appel à partir de ce lundi 12 févier. Cinq ans après le scandale, les choses ont-elles évolué ?

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"L'affaire Cahuzac a été un déclic, mais pas chez tout le monde", note Alba Ventura Crédit Image : AFP / Archives, Lionel Bonaventure | Crédit Média : RTLnet | Date :
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Alba Ventura
Alba Ventura et Loïc Farge

Le scandale Cahuzac a été un déclic. Cette affaire a été la mise à nue du double langage politique. C'est-à-dire ce que tout le monde soupçonnait. Incarné par Jérôme Cahuzac, cela donne : "Je suis le ministre du Budget qui fait la chasse aux fraudeurs, et je suis moi-même un fraudeur".

Souvenez- vous à l'époque où l’affaire est sortie, dans l’entourage du Président Hollande, on expliquait en coulisses qu'il y avait toujours eu "des doutes" sur Jérôme Cahuzac. Je me souviens d'un membre de la garde rapprochée du candidat Hollande qui m'avait confiée : "Il y avait quelque chose qui puait le fric chez Cahuzac. Tout le monde le savait, mais on ne pouvait pas vérifier".

Alors il y a eu un déclic. Mais pas chez tout le monde. Quand je vois Thomas Thévenoud, ce secrétaire d'État atteint de "phobie administrative" (il avait oublié de payer ses impôts, et bien d'autres factures) condamné à trois mois avec sursis et un an d’inéligibilité, mais qui se sent sans doute au-dessus des lois et qui décide de faire appel, les bras m'en tombent. D'ailleurs sa peine a été aggravée : douze mois avec sursis et trois ans d’inéligibilité.

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Des efforts dès le quinquennat Hollande

On a de nouveaux outils pour lutter contre le "tous pourris". Les politiques se sont lancés dans une course à la démonstration. Il y a eu, sous Hollande, la loi sur la transparence, avec la création de la Haute Autorité, qui recueille notamment toutes les déclarations d’intérêt et de patrimoine des élus.

Il y a eu ensuite les lois de confiance dans la vie politique, qui sont allées un peu plus loin à la suite d'un autre scandale, celui de l'affaire Fillon. Ces lois ont été conduites sous la houlette d'Emmanuel Macron, par François Bayrou.

Ce qui est amusant (!) c'est que le même Bayrou, au moment de la loi sur la transparence, n'adorait pas livrer trop de détails sur ses revenus. Dans sa déclaration d'intérêts,  il n'avait mentionné aucun chiffre parce que ses revenus étaient "fluctuants" (c'est ce qu'il avait écrit).

Ce n'est pas mieux du côté du premier ministre Édouard Philippe, qui n'avait pas voté la loi sur la transparence et qui n'avait pas su donner de valeur à ses biens. Il avait noté de manière lapidaire dans sa déclaration : "Aucune idée". Évidemment une fois nommés au gouvernement, ils ont consenti quelques efforts.

Encore de la marge

On peut toujours aller plus loin. Comme aux États-Unis, où chaque nomination est soumise à enquête (le "vetoing"). Cela dure deux mois, donc il faut du temps. On arrive parfois à des situations extrêmes. C'est comme cela qu'un futur chef d'état-major d'origine ukrainienne s'est vu empêcher d'exercer sa fonction parce que l'enquête avait montré que son père était un nazi. Son père, mais pas lui ! Donc au nom de la transparence, on va parfois très (trop) loin.

Cela dit chez nous, il y a encore de la marge. Les parlementaires ne sont pas allés jusqu'au bout de la démarche lors des débats sur les lois sur la confiance. Les lobbys ne sont toujours pas encadrés. On peut encore être candidat en ayant un casier judiciaire non vierge. Et si on ne peut plus employer un conjoint ou un enfant, on peut toujours employer sa belle-sœur ou sa maîtresse.

Donc cinq ans après l'affaire Cahuzac, on a des lois, on a des outils. Mais ils ne permettront  pas de déblayer toutes les histoires fiscales, morales et judiciaires des politiques.

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"L'affaire Cahuzac a été un déclic, mais pas chez tout le monde", note Alba Ventura
"L'affaire Cahuzac a été un déclic, mais pas chez tout le monde", note Alba Ventura
ÉDITO - Condamné à trois ans de prison ferme pour fraude fiscale et blanchiment en première instance, l'ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac est jugé en appel à partir de ce lundi 12 févier. Cinq ans après le scandale, les choses ont-elles évolué ?
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2018-02-12 07:50:00
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