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Interview d'Emmanuel Macron : "L'affrontement a gommé le fond du propos" selon Olivier Mazerolle

ÉDITO - Le face-à-face entre le président de la République et ses deux interviewers, Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin, était très attendu. Le résultat était "sans souffle" selon notre éditorialiste politique.

Emmanuel Macron, le 15 avril 2018
Emmanuel Macron, le 15 avril 2018 Crédit : FRANCOIS GUILLOT / POOL / AFP
Olivier Mazerolle
Olivier Mazerolle Journaliste RTL

Emmanuel Macron avait décidé d'affronter deux défenseurs auto proclamés de la vertu outragée et du peuple opprimé. Chacun à sa manière, Edwy Plenel en intellectuel, Jean-Jacques Bourdin en tenancier de comptoir. Les deux ont tenu leurs rôles. Les téléspectateurs qui préfèrent la boxe à la politique auront aimé. Les deux interviewers, punchers affichés, et le président, styliste élégant, ont livré une prestation dans laquelle l'affrontement a gommé le fond du propos.

Si l'émission avait pour but de nous confirmer qu'Edwy Plenel est un journaliste intellectuel engagé, elle a atteint son objectif. Quand il énumère les mécontentements sociaux qui s'accumulent, Emmanuel Macron lui reproche sa malhonnêteté intellectuelle qui consiste à comparer des situations qui n'ont rien à voir les unes avec les autres. Rien de commun entre les cheminots et des gens qui combattent l'ordre républicain à Notre-Dame-des-Landes. Plénel blâme le président de célébrer l'anniversaire de mai 68 en envoyant les CRS dans les facs. Celui-ci réplique que lorsqu'un président d'université ne peut plus organiser les cours parce que les amphis sont occupés par des gens qui provoquent des violences et qui ne sont pas majoritairement des étudiants, il envoie les forces de l'ordre sans état d'âme.

Et quand Plenel s'indigne des fraudes fiscales qui ne sont pas réprimées, Emmanuel Macron lui rappelle qu'il a pu expérimenter lui-même le sérieux d'une administration qui a infligé un redressement à Mediapart. Le bouquet final est tiré avec Notre-Dame-des-Landes. Edwy Penel défend le droit à l'expérimentation. Emmanuel Macron l'accepte, mais dans les règles de la République. L'anarchiste de gauche qui veut démolir l'ordre établi face au président garant de cet ordre. Chacun était dans son rôle. C'était attendu et sans souffle.

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Bourdin, porteur de l'indignation populaire

Porteur de l'indignation populaire, Jean-Jacques Bourdin nous a comblé au-delà de toute espérance. Lui au moins, il nous l'a garanti, il pense aux retraités. Ce qui lui permet de donner sa feuille de route au président, "tenter de faire en sorte qu'il y ait plus d'égalité et moins de Français qui ont du mal à boucler leurs fins de mois." Le professeur en équité se fait rembarrer par le président qui le remercie ironiquement de lui tracer sa feuille de route, et réplique que sa préoccupation est avant tout de remettre des salariés au travail en allégeant les charges sociales qui les accompagne, afin qu'ils soient plus nombreux à cotiser pour garantir le niveau des pensions versées aux retraités. Auxquels il pense donc, lui aussi.

La confusion atteindra son comble quand les représentants du peuple étaleront leurs préoccupations divergentes. Tandis qu'Edwy Plenel s'attarde à évoquer la peur des immigrés et de ceux qui se sentent discriminés parce que musulmans, Jean-Jacques Bourdin tente de ramener le débat dans le chemin qu'il croit le bon, en soulignant les troubles nés de la présence de l'islam et du terrorisme. Une joute embrouillée qui va effacer la viduité de la réponse présidentielle qui nous certifie vouloir se montrer implacable envers l'islam radical et nous confirme l'impossibilité dans laquelle nous nous trouvons d'accueillir toute la misère du monde. On avait déjà entendu ça.

Quelques annonces tout de même...

Au-delà du spectacle, et de la Tour Eiffel toujours vaillante en fond d'écran malgré ses 129 ans, que retenir de ces interminables deux heures quarante ? Quelques annonces: la réforme de la SNCF entrera en vigueur au 1er janvier 2020 et l'État reprendra la dette de l'entreprise progressivement, de manière d'autant plus importante que la réforme adoptée aura été audacieuse. Une précision et un délai formulés pour tenter de séduire les syndicats réformistes et de les convaincre d'abandonner la grève. Il n'y aura pas d'impôt nouveau pour remplacer la taxe d'habitation.

Dans deux ans, le président fera une évaluation sur l'efficacité de la réforme de l'ISF. Pourrait-il le rétablir ? La question ne lui pas été posée. Il s'engage solennellement à prendre les bonnes mesures pour les hôpitaux et les EHPAD. Emmanuel Macron estime ne pas avoir trahi François Hollande. Quand il n'était pas d'accord avec lui, il le lui disait, jusqu'à quitter le gouvernement pour se lancer dans une aventure électorale à laquelle peu de gens croyaient.

Le choix des mots

Pour une aussi maigre moisson, on aurait aimé une moindre inflation du temps passé devant la télé. Il nous restera la confirmation que le président entend  mettre en œuvre son programme totalement et sans nuance parce qu'il correspond à un engagement pris devant  les Français, lesquels l'ont adopté à la présidentielle et encore plus lors des Législatives, en lui donnant une large majorité à l'Assemblée Nationale. Nous retiendrons également le souci de la précision du langage. Au nom de la lutte contre "la propagande", Emmanuel Macron a précisé que, contrairement à l'assertion de Jean-Jacques Bourdin, aucun "acte de guerre" n'avait été livré face à la Syrie, mais qu'il s'était agi "d'un acte de représailles" pour rétablir la loi internationale bafouée.

Etant donné la modération de la réaction russe, il croit que la porte est désormais ouverte pour entamer des discussions pour la recherche d'une situation politique stable qui mettrait fin aux souffrances du peuple syrien. Le président tient d'autant plus à l'intégrité du langage que l'Europe est menacée par une vague victorieuse pour les mouvements populistes. Sur ce point, on ne peut pas lui donner tort.

Au total, il est douteux que cette soirée ait modifié l'opinion de qui que ce soit. Emmanuel Macron a pris manifestement du plaisir à jouter avec les deux procureurs. Il est probable que beaucoup de prisonniers du spectacle auront trouvé le temps long.  

Ah, j'allais oublier: les deux interviewers ne portaient pas de cravate. Le président, si.

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2018-04-16 02:25:00
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