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Emmanuel Macron : comme Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, le ministre mise sur l'anti-système

DÉCRYPTAGE - À la Mutualité, le ministre de l'Économie a axé son discours sur la refonte de la société française et du système politique.

Emmanuel Macron à la Mutualité à Paris, le 12 juillet 2016
Emmanuel Macron à la Mutualité à Paris, le 12 juillet 2016 Crédit : PATRICK KOVARIK / AFP
MariePierreHaddad75
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Sur scène pendant plus d'une heure, en costume et chemise blanche sans cravate, lisant son texte sur des prompteurs, Emmanuel Macron a fait un discours qui a défini les bases de son mouvement politique "En Marche !". À la Mutualité, 3.000 partisans étaient présents pour soutenir le ministre de l'Économie. En attendant son intervention médiatisée, cinq intervenants se sont succédé sur scène pour raconter, au quotidien, leur vision de la France et leur engagement pour le pays.
 
Alors que des rumeurs laissaient présager une possible démission du gouvernement et l'annonce d'une candidature à l'élection présidentielle, l'ancien conseiller économique de François Hollande a surtout peaufiné son image en misant sur une organisation digne des meetings américains. Sans entrer dans les propositions concrètes, il a renforcé son diagnostic de la France en se concentrant sur le brexit, l'écologie et les inégalités au sein de la société.

La France "usée par les promesses non tenues"

Les premiers mots prononcés par Emmanuel Macron sont consacrés à son statut de ministre de l'Économie. "J'ai accepté avec beaucoup de fierté cette mission de ministre, je ne remercierai jamais assez François Hollande de m'avoir fait confiance", explique-t-il. Une fois les remerciements faits, le discours du locataire de Bercy bascule sur l'état du pays qu'il juge "usé par les promesses non tenues et usé par l'entre chiens et loups". Comme lors de la création de son mouvement politique "ni de droite, ni de gauche", Emmanuel Macron invite ses partisans à une "refondation du pays, des institutions" et pose la question : "Pouvons-nous continuer comme cela ?"

Avec cette question, celui que l'on surnomme le "Mozart de la finance" se positionne contre le système. Dès la création d'"En Marche !", cette notion émergeait. Sur le site du mouvement du ministre de l'Économie est écrit : "Pourquoi ? Car notre société a besoin d'être transformée, grâce au renouvellement aussi bien des idées, des actions et des visages". Toujours en s'affranchissant des partis et des croyances politiques, le ministre indique qu'"il y a une solution de gauche, il y a une solution de droite sur le travail, les inégalités, sur l'Europe (…) il y a des réponses à gauche et à droite mais il n'y a pas un vrai consensus de gauche. Il n'y a pas un vrai consensus de droite". Mais pas question de semer le trouble sur son orientation politique. Emmanuel Macron est de gauche : "C'est mon histoire, c'est ma famille, c'est ce qui m'a fait".

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"En Marche !" - Emmanuel Macron Crédit : Capture d'écran "En Marche !"

Jean-Luc Mélenchon vante l'idée d'une VIe République

En se plaçant sur ce créneau, Emmanuel Macron marche sur un terrain déjà préempté par Jean-Luc Mélenchon. Le candidat à la présidentielle explique sur son site que "cette élection peut être une chance pour notre peuple. C'est l'occasion de tourner pacifiquement et démocratiquement la page de l'ordre injuste et cruel dans lequel s'enfonce notre pays et notre continent". Son projet s'oriente sur le fait que "l'ère du peuple doit commencer".
 
"La révolution citoyenne à laquelle je crois est le moyen pacifique et démocratique de tourner la page de la tyrannie de l’oligarchie financière et de la caste qui est à son service. Je voudrais être le dernier président de la Ve République et rentrer chez moi sitôt qu’une Assemblée constituante, élue pour changer de fond en comble la Constitution, ait aboli la monarchie présidentielle et restauré le pouvoir de l’initiative populaire. La VIe République commencera et ce sera une refondation de la France elle-même", explique-t-il.

JLM2017 - Jean-Luc Mélenchon
JLM2017 - Jean-Luc Mélenchon Crédit : Capture d'écran "JLM2017"

Marine Le Pen prône une "refonte républicaine"

Autre candidate à l'élection présidentielle à prôner le changement du système, Marine Le Pen en a fait l'une de ses batailles depuis de nombreuses années. Une partie de son programme, intitulé "refondation républicaine", détaille qu'"à plusieurs niveaux, nos institutions n’apparaissent plus aujourd’hui en mesure de permettre l’exercice normal de la démocratie. En premier lieu, les modes de scrutin des différentes élections, en particulier des élections législatives, n’assurent ni la libre expression ni la représentation, même marginale, de toutes les sensibilités politiques". 

Sur son site, la présidente du Front national poursuit en expliquant que "les gouvernements français successifs ont contribué au renforcement de cette dérive en acceptant de lourds transferts de souveraineté au niveau européen, le plus souvent de leur propre initiative. Ils ont en cela été suivis par nos plus hautes autorités juridiques (Conseil d’État, Conseil Constitutionnel et Cour de Cassation) qui ont progressivement reconnu par leur jurisprudence la supériorité d’un droit d’origine technocratique sur notre droit national, représentation politique à l’Assemblée nationale".

MarineLePen.fr - Marine Le Pen
MarineLePen.fr - Marine Le Pen

Énarque, banquier, conseiller du Président et ministre

Emmanuel Macron a reconnu que sa position contre le système pouvait paraître paradoxale à la vue de son parcours. "J’ai ma part de corporatisme, j’ai passé un concours de la République, je suis devenu haut fonctionnaire, je fais partie d’un gouvernement, je suis pour beaucoup dans l’élite, j’y suis passé par la banque d’affaire... J’ai aimé chacune de ces étapes, mais j’ai adhéré à des corporations, des gens qui avaient un intérêt à préserver et on le fait toujours en toute bonne foi, on est tous d’accord avec les semblables et avec soi-même quand on est dans un camp", explique-t-il dans son intervention. "Il revendique sa part de 'corporatisme'. Mais on se pince quand celui qui est passé par l’Inspection générale des finances tape sur 'les gens d’en haut', accusés d’entraver la France. Macron symbolise tristement ce quinquennat, la liberté absolue de tout le monde, lâche un ancien ministre. On fait ce qu’on veut, ça marche, on est à la mode, on se paie sur la bête", explique Libération.

Le discours du proche de François Hollande, et en particulier ce passage, n'ont pas échappé aux membres du gouvernement et du Parti socialiste. Sur France Info, la ministre du Logement, Emmanuelle Cosse, a jugé "un peu faciles les critiques anti-système" d'Emmanuel Macron. "J'ai trouvé un peu faciles les critiques anti-système, quand on est totalement du système (...) Je vois qu'il attire des gens qui sont un peu éloignés de la politique (...) Je pense que ce qu'on attend de nous, c'est qu'on participe au débat politique. Notre rôle est aussi de défendre cette gauche qui est au pouvoir, et qui je l'espère, restera au pouvoir".

On ne peut pas dénoncer un prétendu 'système' en cédant aux sirènes du populisme quand (...) on est soi-même le produit le plus méritant de l'élite de la République

Manuel Valls à propos d'Emmanuel Macron
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Même son de cloche du côté d'Anne Hidalgo. Au micro de France Inter, la maire de Paris avoue être "un peu étonnée". "Quelqu'un qui se présente comme 'anti-système', qui a été un énarque, qui vient d'une banque d'affaires, qui a été quand même conseiller du président de la République et qui a mis [en oeuvre] une bonne partie de la politique économique du pays - qui n'a pas produit les effets, qui était plutôt en soutien de l'austérité et de ce qui se passait à l'échelle européenne".

La cerise sur la gâteau est posée par Manuel Valls. Le Premier ministre a accusé Emmanuel Macron de céder ainsi "aux sirènes du populisme", soulignant que le ministre de l'Économie, passé par l'ENA, était un "produit de l'élite de la République". "On ne peut pas dénoncer un prétendu 'système' en cédant aux sirènes du populisme quand, circonstance aggravante, on est soi-même le produit le plus méritant de l'élite de la République", selon le texte de son discours transmis par Matignon à la presse.

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