Pourquoi la communauté internationale ferme les yeux face à l'offensive turque contre les Kurdes

ÉCLAIRAGE - Après l'attentat-suicide de Suric qui a fait 32 morts, la Turquie a décidé d'entrer en guerre contre le terrorisme en frappant Daech mais aussi, et surtout, les Kurdes de Syrie, alliés du PKK.

Le district de Gazi à Istanbul après les affrontements entre Turcs et Kurdes le 26 juillet 2015
Crédit : OZAN KOSE / AFP
Le district de Gazi à Istanbul après les affrontements entre Turcs et Kurdes le 26 juillet 2015

La France et l'Otan jouent-ils un double jeu ? C'est en tout cas l'idée qui se dégage alors que les affrontements ont repris entre Turcs et Kurdes à la frontière entre la Syrie et la Turquie. Longtemps accusé de complaisance vis-à-vis des organisations radicales en lutte contre le régime de Bachar al-Assad, le gouvernement islamo-conservateur d'Ankara a donc opéré un revirement après l'attentat suicide meurtrier de Suruç, attribué à l'EI le 20 juillet, qui a fait 32 morts. Depuis près d'une semaine, l'armée turque effectue des raids aériens contre des objectifs jihadistes en Syrie.

La communauté internationale, bien consciente que la Turquie fait coup double dans son offensive simultanée contre l'État islamique et les rebelles kurdes, n'a d'autre choix que de fermer les yeux. Et ce dans le but de ménager un acteur clé dans la région. Une communauté qui a par ailleurs assuré au pays "de sa forte solidarité" face aux jihadistes de Daech et aux combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan, le fameux PKK.

La lutte contre le terrorisme, priorité absolue

Une stratégie cependant contestée. Certains États ne dissimulent pas leur malaise et leurs craintes devant ce revirement du président turc, Recep Tayyip Erdogan. Ce dernier semble mettre à profit sa double campagne militaire contre le "terrorisme" pour enterrer le processus de paix avec le PKK et englober les Kurdes et Daech sous le terme de "terroristes". 

Un rôle ambigu que tait jusqu'à présent la communauté internationale. Il n'y a aucun doute que, pour les alliés de la Turquie, la "priorité absolue" est de vaincre l'EI, rappelle Berlin. Des propos contestés par Ege Seckin, un analyste turc : "Les États membres de l'Otan savent parfaitement que la priorité turque est d'attaquer les Kurdes et, spécifiquement, d'empêcher la création d'une entité contiguë kurde dans le nord de la Syrie".

La Turquie, un allié à ne pas perdre

Et si la communauté internationale ferme jusqu'à présent les yeux, c'est bien dans l'idée de ne pas perdre un allié important. Si la politique de Recep Tayyip Erdogan est parfois contestée, la Turquie est le seul pays de l'Alliance dont la population est majoritairement musulmane et surtout l'un des derniers alliés de l'Occident dans cette région du monde. Une position que ne souhaite pas voir disparaître l'Otan bien que la Turquie ait longtemps été accusée de complaisance vis-à-vis des organisations radicales en lutte contre le régime de Bachar al-Assad.

Et si la Turquie, membre elle aussi de l'Otan, ne couperait pas les relations diplomatiques avec ses alliés, les intérêts sont importants. La dernière preuve ? L'ouverture des bases aériennes turques, notamment celle d'Incirlik, aux États-Unis. Ankara a donné son feu vert, après plusieurs mois de négociations, à l'utilisation de cette base par les avions américains qui bombardent l'EI en Syrie et en Irak.

Les États-Unis et l'UE changent de discours

Mais cette position ambiguë de la Turquie révèle un changement de discours de la communauté internationale. Longtemps en guerre, les Turques et les Kurdes avaient scellé un cessez-le-feu largement salué par les États-Unis et l'Union européenne. Surtout que le PKK, bien que considéré comme une organisation terroriste, a largement lutté contre Daech. L'exemple phare ? La ville de Kobané restée aux mains des Kurdes, notamment grâce aux armements américains, après plusieurs semaines de combat.

Et s'il avait aidé les Kurdes, avec l'accord de la communauté européenne, Barack Obama se range aujourd'hui derrière la Turquie. Lors d'une conversation téléphonique mercredi 22 juillet, Recep Tayyip Erdogan et son homologue américain ont convenu "d'intensifier" leur coopération contre les jihadistes et ce, malgré les nombreuses attaques contre le PKK. Brett McGurk, l’adjoint à l’émissaire spécial de Barack Obama auprès de la coalition internationale contre l’Etat islamique, a cependant appelé sur Twitter à la "désescalade" et à un "processus de solution pacifique"

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ÉCLAIRAGE - Après l'attentat-suicide de Suric qui a fait 32 morts, la Turquie a décidé d'entrer en guerre contre le terrorisme en frappant Daech mais aussi, et surtout, les Kurdes de Syrie, alliés du PKK.
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2015-07-30 13:56:00
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