3 min de lecture Crise en Libye

Pacte en Libye : pourquoi l'Italie s'agace d'avoir été mise de côté

ÉCLAIRAGE - Emmanuel Macron a organisé la rencontre diplomatique entre les deux principaux protagonistes de la crise en Libye pour trouver une solution, le tout sans l'Italie.

Emmanuel Macron entouré des responsables libyens Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar, le 25 juillet 2017
Emmanuel Macron entouré des responsables libyens Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar, le 25 juillet 2017 Crédit : JACQUES DEMARTHON / AFP
Ceciledeseze75
Cécile De Sèze
Journaliste RTL

Emmanuel Macron tente de s'imposer en médiateur. Le chef de l'État a tenté d’asseoir cette figure en invitant les deux principaux protagonistes de la crise en Libye en région parisienne, mardi 25 juillet. L'objectif était de trouver enfin une solution à la crise qui agite le pays depuis l'intervention française décidée par Nicolas Sarkozy et la destitution de Mouammar Kadafhi en 2011. 

Après négociations, un accord semble avoir été trouvé : cessez-le-feu et organisation d'élections au printemps. Fayez al-Sarraj, reconnu par la communauté internationale, et Khalifa Haftar, leader militaire autoproclamé, ont agréé au pacte. La France peut alors se réjouir de son rôle de pacificateur... Mais cette initiative de Paris fait grincer des dents. Les Italiens se sentent mis à l'écart d'une question qui les concerne.

1. La Libye, ancienne colonie italienne

Avoir été mis de côté passe mal de l'autre côté des Alpes. Les médias s'indignent de cet isolement de leur pays, pourtant directement touché par la crise en Libye. Dans les colonnes de La Stampa, l'ambassadeur Stefano Stefanini évoque une "douche froide pour Rome". Le journaliste reconnu Bruno Vespa s'est indigné sur Twitter : "La France rejette les migrants et veut prendre tous les rôles dans la crise libyenne, déclenchée par la France". Et d'appeler Paolo Gentiloni, le président du Conseil italien, et Angelino Alfano, le ministre des Affaires étrangères, à "se soulever".

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La première des raisons est que le pays du nord de l'Afrique est une ancienne colonie italienne. De plus, la France est pointée du doigt dans les origines de la crise en Libye. L'intervention armée a été lancée sous l'impulsion de Paris. Le pays est depuis devenu la plaque tournante des trafics d'armes et d'êtres humains. Il est notamment le premier port de départ des migrants syriens, irakiens ou encore érythréens. La Libye est devenue une terre propice à l'implantation de groupes jihadistes

2. Les migrants viennent principalement de Libye

L'Italie crie à l'aide depuis des années pour l'aider à assumer l'accueil massif de réfugiés sur ses côtes. Plus de 10.000 hommes, femmes et enfants ont perdu la vie en Méditerranée en tentant de rejoindre les rives italiennes. Du 1er janvier au 25 juillet 2017, l'Italie a enregistré l'arrivée de 93.000 migrants. 

Rome est dans l'attente d'une main tendue de ses partenaires européens dans cette crise migratoire. Cet accord qui ne prend pas en compte son avis est vécu comme un nouvel abandon. Le président français avait pourtant concédé au président du Conseil italien que la France "n'avait pas écouté assez attentivement les cris de douleur venant de Méditerranée". 

"Macron veut s'impliquer beaucoup plus en Libye. C'est bien mais il nous snobe. Nous n'avons pas été consultés", déclarait lundi un diplomate au ministère italien des Affaires étrangères resté anonyme.

3. Un chef controversé dans l'accord

Paris aurait donc pris le beau rôle sans se soucier des autres, juge-t-on en Italie. D'autant qu'un médiateur a déjà été désigné pour cette crise libyenne, Ghassan Salamé, envoyé spécial de l'ONU depuis juin dernier, rappelle L'Opinion dans ses pages.

Le journal cite ainsi le ministre des Affaires étrangères, Angelino Alfano, qui s'exprime dans les colonnes de La Stampa : "Il y a trop de formats ouverts en Libye, trop de médiateurs (...) il est nécessaire d'unifier les efforts et de les concentrer sur Salamé, qui risque d'être délégitimé si tout le monde vaque à ses affaires".

Enfin, le fait d'avoir invité le leader militaire Khalifa Haftar, adversaire du chef soutenu par l'Italie, aux négociations est vécu comme un nouveau pied de nez par notre voisin italien. L'image d'Emmanuel Macron semble s'être dégradée de l'autre côté des Alpes depuis cette affaire. "Les déclarations et les décisions du nouveau président nous obligent à réfléchir sur son inquiétante stratégie", tranche ainsi l'ancien président du Conseil italien, Romano Prodi, dans une tribune signée au journal Il Messaggero.

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2017-07-26 12:47:00
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