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VIDÉOS - "wonder.land" : l'échappée numérique et fantasque de Damon Albarn

NOUS L'AVONS VU - "wonder.land" est un opéra rock présenté au Théâtre du Châtelet jusqu'au 16 juin. Damon Albarn, chanteur de Blur, et Moira Buffini, ont imaginé un "Alice au pays des merveilles" 2.0.

"wonder.land" se joue au Théâtre du Châtelet jusqu'au 16 juin
"wonder.land" se joue au Théâtre du Châtelet jusqu'au 16 juin
Crédit : Production
Morgane Giuliani
Morgane Giuliani

"Qui êtes-vous ?" Voilà l'épineuse question à laquelle wonder.land veut nous faire répondre. Cet opéra rock a été composé par Damon Albarn, leader de Blur et Gorillaz, écrit par Moira Buffini et mis en scène par Rufus Norris. Après une présentation à Manchester en juillet 2015, la joyeuse troupe a donné sa première soirée au Théâtre du Châtelet le 7 juin, en présence de Damon Albarn, et où elle restera jusqu'au 16. La bande-originale est déjà disponible. Pendant deux heures, Alice au pays des merveilles est conjugué à la sauce XXIe siècle, avec une quête identitaire dans laquelle réalité et fiction ne sont pas si éloignées. La musique transporte tout autant que l'intrigue. On en ressort les yeux écarquillés, avec l'envie de replonger dans wonder.land le plus vite possible, pour mieux savoir qui l'on est vraiment. 

Un opéra rock époustouflant

Damon Albarn a composé des morceaux empruntant aussi bien au rock qu'à la pop et au baroque, donnant un rythme exaltant au spectacle. Moira Buffini a su mêler la philosophie de Lewis Carroll au langage plus informel de notre époque, incluant même l'expression "L.O.L." ("M.D.R.", soit "mort de rire" en français). On rit tout autant qu'on réfléchit. La mise en scène de Rufus Norris émerveille à en donner le tournis, car tous les éléments de décor juchés sur des roues. 

Tout commence avec Alice "Aly" Hatton, jouée par la touchante Lois Chimimba. Cette jeune adolescente, comme tant d'autres à son âge, est accro à son téléphone portable. Elle passe des heures sur l'écran, trouvant refuge dans des forums de discussion et autres réseaux sociaux. Il faut dire que la vie n'est pas tendre envers elle. Ses parents sont séparés, sa mère est affairée à s'occuper de son petit frère Charlie, et son père a beau être adorable, il a ruiné la famille en dépensant trop d'argent dans les jeux en ligne. Sans compter qu'Aly a fait sa rentrée dans une nouvelle école, où il lui est bien difficile de se faire des amis. 

Une Alice numérique fidèle à l'originale

Un jour, une fenêtre pop-up apparaît sur l'écran d'Aly, faisant la promotion du jeu mobile wonder.land. L'adolescente métisse se laisse séduire, et crée son avatar, son double numérique. Elle lui donne son prénom, Alice, la fait blonde, mince, vêtue d'une jolie robe bleue et perchée sur des talons défiant les lois de la gravité. Tout son contraire, et ce qu'elle rêverait d'être. Vous l'aurez compris, Aly recrée ni plus ni moins que l'Alice imaginée par Lewis Carroll il y a 150 ans.

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Mais cette fois, Alice n'est pas réelle. Ou bien l'est-elle ? Difficile de le savoir à wonder.land. Alice devient la complice d'Aly. D'abord simple miroir 2.0. qui répète les mêmes phrases que sa créatrice, elle finit par avoir un sens propre de la conversation, et de la réflexion. Dans une très belle scène, elle pousse ainsi Aly à lui confier ses plus terribles secrets. On lui retrouve le côté téméraire et candide de l'héroïne culte. Carly Bawden incarne à la perfection une Alice engoncée dans un costume peu pratique, tout aussi robotique que capable d'émotion et d'empathie.

L'univers de Lewis Carroll par petites touches

wonder.land ne présente pas une version caricaturale des réseaux sociaux. Ils ne sont ni idéalisés, ni abhorrés. L'addiction d'Aly aux écrans est régulièrement pointée du doigt, mais on ne peut lui en vouloir d'être happée par wonder.land. Là-bas, tout est coloré, contrairement à la réalité, présentée dans des tons gris déprimants. L'adolescente s'y fait une bande d'amis plus décalés les uns que les autres, et surtout, s'épanouit à travers Alice. Certains personnages jouent avec les identités de genres, comme le Dodo avouant qu'il enfile les soutiens-gorge de sa sœur, et personne ne trouve rien à y redire. À wonder.land, tout est possible.

Ce spectacle emprunte plus à l'univers d'Alice au pays des merveilles qu'il ne réinterprète le roman de Lewis Carroll. Les personnages essentiels sont au rendez-vous : le fameux lapin blanc, qui n'est cette fois pas en retard et ne parle pas, les jumeaux Dee et Dum, le Dodo, la souris, hilarante en adolescent attardé et maladroit. L'incontournable Chapelier Toqué fait ici office de guide ponctuel à Aly, interprété par le charismatique Hal Fowler. C'est aussi lui qui se glisse dans la peau de la chenille Absolem et livre l'une des meilleures scènes du spectacle. Son costume pailleté est improbable, formé de plusieurs hommes se déplaçant à l'unisson. Le chat du Cheshire n'existe que sur écran, mais toute sa malice effrayante est bien rendue. 

Incroyable Reine Rouge

Mais le personnage le plus réussi reste celui de la maléfique Reine Rouge, celle qui, dans le roman, règne avec terreur sur le pays des Merveilles. Cette fois, elle est imaginée dans la peau d'une acariâtre directrice d'école. Jouée par la pétulante Anna Francolini, la Reine Rouge est exquise dans ses crises de colère et ses grandes leçons de morale, qu'elle n'applique qu'aux autres. D'abord opposée aux smartphones, elle finit par se laisser tenter par wonder.land. On apprécie l'effort de la troupe de parler de temps en temps en français, quitte à commettre une petite erreur, qui a valu à Anna Francolini les applaudissements amusés du Châtelet. 

wonder.land revisite aussi certains éléments d'Alice au pays des Merveilles. Le spectacle n'échappe pas à la fameuse scène de dégustation du thé, le meilleur moment de la soirée. On est alors plus proche du ballet halluciné que d'un opéra rock pompeux. wonder.land réussit le pari de revisiter une oeuvre culte déjà maintes fois adaptée, avec un œil moderne aiguisé, qui parle à tous.

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