3 min de lecture Cinéma

Quand Jean Rochefort parlait "canasson" avec la reine Elisabeth II

REPLAY - La presse rend hommage à l'acteur, décédé lundi à l'âge de 87 ans. "Le Monde" ressort notamment ses chroniques publiées en 2012.

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Quand Jean Rochefort parlait "canasson" avec la reine Elisabeth II Crédit Image : ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP | Crédit Média : RTLnet | Date :
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Amandine Bégot

La presse revient bien sûr très largement ce matin sur la disparition de Jean Rochefort. On va bien sûr évoquer dans un instant ces hommages, extrêmement nombreux, mais d'abord je voudrais vous lire du Jean Rochefort. Nous sommes en 2012, pendant les Jeux Olympiques de Londres. Pendant quelques jours, l'acteur, grand fan de chevaux, délaisse la cravache pour la plume, le quotidien Le Monde publie alors ses chroniques. Récit notamment d'un dîner à l'Élysée où Jean Rochefort s'est retrouvé à table avec la reine Elisabeth, c'était sous Valéry Giscard-d'Estaing.

"J'avais dit oui comme ça, raconte-t-il un soir de spleen, pensant que nous serions 400 au minimum, que je rencontrerais des copains." Ce n'est qu'une fois arrivé sur place, après avoir bu deux whiskys qu'il interpelle l'huissier. "J'ai dû me tromper de jour", dit-il. "Pas du tout monsieur, lui répond son interlocuteur. Sa Majesté, monsieur Kissinger et monsieur le président seront là dans un quart d'heure." "Dîner à 20h30", lance l'huissier qui lui rappelle au passage : "Surtout pas de baisemain à la reine, juste une légère inclinaison".

Hommage unanime dans la presse

15 minutes plus tard, Rochefort s'exécute, le voilà assis face à la reine. Kissinger l'interpelle, problème : Rochefort parle l'anglais mais ne le comprend pas. "Si seulement je pouvais fondre, raconte-t-il, devenir une flaque, qu'on ne me questionne pas surtout, sur rien !" "Je ne sais même plus, écrit-il, si notre président est l'initiateur de Jurassic Park ou du Futuroscope."

C'est finalement sa passion, le cheval qui va le sauver. Après de longues minutes, Giscard informe la reine que Jean Rochefort n'est pas seulement acteur mais aussi éleveur. "Sa Majesté et votre serviteur, écrit-il, échangeront sur bourricot, canasson, bourrique, victoire, défaite et odeur du crottin pendant toute la soirée." "J'ai compris alors, ajoute-t-il ,que le président français m'avait invité pour pouvoir parler tranquillement entre hommes de pouvoir."

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Jean Rochefort dont le visage fait la une de quasiment tous les journaux. Un regard pétillant, l'oeil qui frise, un regard qui semble faire la révérence, "un look à l'imparfait du subjonctif", écrit Guillaume Tion dans Libération, qui titre "Cavalier seul". "Rochefort, écrit le quotidien, c'était symbole de l'élégance à la française. En 70 ans de carrière, il se sera sans doute forgé un solide capital sympathie, davantage attaché à son personnage qu'à l'épaisseur de ses rôles." L'acteur qui, pendant des années refusait le cinéma pour le théâtre, le reconnaissait d'ailleurs : "Quand je tournais Angélique, Marquise des anges avec Michèle Mercier dans la journée, je jouais Harold Pinter le soir. Les enfants et les chevaux, il faut que ça mange."

"Il a su parler à toutes les générations"

Des enfants, Jean Rochefort en aura 5 avec 3 femmes. "Les femmes, disait-il, ont toujours voulu faire plein d'enfants avec moi. Que voulez-vous, elles me trouvaient rassurant." Clémence, sa plus jeune fille, a publié hier un très joli message sur les réseaux sociaux, message repris ce matin dans la presse. Photo d'elle toute petite avec lui, les yeux dans les yeux. On ne sait pas qui des deux est le plus fasciné. "C'était, écrit-elle, ta photo préférée. À ta pudeur, à ta générosité, à ton autodérision, à tes doutes, tes passions, ton humour, à tes coups de cafards et tant d'autres choses. Tu vas me manquer."

"Vous allez nous manquer", c'est aussi le titre du Parisien-Aujourd'hui en France ce matin. "Il y a, écrit Stéphane Albouy, des visages qui rassurent, des voix qui apaisent. Jean Rochefort avait les deux. Plus qu'un comédien ou qu'une vedette, il était devenu un compagnon de notre vie, un oncle de province qu'on ne croise qu'une ou deux fois par an mais dont le regard ou le sourire suffisait à nous faire nous sentir bien." "Il a su, rappelle le quotidien, et c'était sa grande force, parler à toutes les générations."

On ne voit pas d'ailleurs quelle génération est passée à côté de ce monsieur malice. En 2007, il s'était ainsi entendu comme larron en foire avec Mister Bean, il y avait joué le maître d'hôtel du restaurant Le Train Bleu. Rochefort avait ensuite résumé comme personne Madame Bovary à la manière d'jeunes, c'était pour France 5, une série "Les Boloss des Belles Lettres". "L'histoire d'un p’tit puceau tout mou comme les chocapic au fond de leur bol. Il plane à 10.000 et tu sens le malaise en lui. Son blase, c'est Charles Bovary". Les mômes avaient adoré. Quelques années plus tôt, c'est aux parents de ces d'jeunes qu'il s'adressait, contant les aventures de Winnie l'ourson pour France 3. Vous allez nous manquer Monsieur Rochefort.

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