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Abelardo de la Espriella, le nouveau président de la Colombie, le 21 juin 2026 à Barranquilla.
Crédit : Juan BARRETO / AFP
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Donald Trump gagne un nouveau allié en Amérique latine. Après l'Argentine, le Chili et l'Équateur,c'est au tour de la Colombie de virer à droite. Abelardo de la Espriella, un avocat antisystème soutenu par les États-Unis, a été élu président dimanche 21 juin, battant de peu le sénateur de gauche Ivan Cepeda lors du second tour. Les résultats préliminaires donnent le millionnaire gagnant avec 49,7% des voix, contre 48,7% pour le philosophe et défenseur des droits humains.
Le président élu prendra ses fonctions le 7 août, dans un contexte de résurgence de la violence dans ce pays plongé dans un conflit armé interne depuis plus de six décennies. Derrière un vitrage pare-balles, Abelardo de la Espriella a célébré le début d'une "nouvelle ère" face à des milliers de partisans réunis à Barranquilla, dans le nord du pays.
Cet homme de 47 ans est surnommé "Le Tigre" par ses partisans et aime faire le salut militaire devant ces derniers. Novice en politique, il s'est fait connaître comme avocat en défendant d'anciens paramilitaires, des narcotrafiquants, des footballeurs et un homme à l'origine d'une vaste fraude pyramidale.
Dénonçant la classe politique, il a mené campagne en "outsider" ayant renoncé à sa vie luxueuse dans la ville italienne de Florence pour sauver "la patrie", parvenant à évincer la droite traditionnelle. Marié et père de quatre enfants, Abelardo de la Espriella propose des mesures sécuritaires rappelant la lutte antigangs du président salvadorien Nayib Bukele, dont il arbore la même barbe soigneusement entretenue, et une réduction drastique des dépenses de l'État dans le style de l'Argentin Javier Milei.
Dans sa course à la présidence, il a assuré avoir "les couilles" pour gouverner d'une "main de fer" le pays, premier producteur mondial de cocaïne miné par un conflit armé interne depuis plus de six décennies.
Chanteur d'opéra amateur, il porte habituellement des costumes impeccables sans cravate et des mocassins. Durant de spectaculaires meetings de campagne, où il est apparu sur scène derrière une vitre pare-balles, l'homme d'affaires n'a pas hésité à revêtir le maillot jaune de l'équipe de football, une utilisation politique d'un symbole national dénoncée par la gauche.
Après le premier tour, il a reçu le soutien du président américain Donald Trump mais aussi de la droite traditionnelle en Colombie menée par l'influent ex-président Alvaro Uribe (2002-2010). Dans un pays très catholique, il dit s'être rapproché de Dieu après s'être un temps identifié comme athée. De nationalités américaine et colombienne, il est la cible de nombreuses questions sur l'origine de sa fortune soudaine.
Alors que la vague de violence liée aux groupes armés impliqués dans le trafic de drogue, inédite depuis dix ans, a dominé la campagne présidentielle, Abelardo de la Espriella promet une guerre totale contre guérillas et narcotrafiquants. L'avocat, qui puise largement ses références auprès de MM. Bukele et Trump, a fait campagne en s'appuyant sur le désenchantement vis-à-vis de la stratégie de "paix totale" du président sortant Gustavo Petro, premier dirigeant de gauche du pays ayant tenté sans succès de négocier avec une myriade de groupes armés.
Représentant de la droite dure, il assure vouloir faire construire dix méga-prisons dans lesquelles les détenus seraient enfermés "dix étages sous terre" et nourris "de pain et d'eau". Son sexisme et ses propos homophobes ont été vivement critiqués pendant la campagne. Mais cela n'a pas entamé sa popularité.
Sur le plan économique, il adopte une posture très libérale et veut réduire de 40% l'appareil d'État. Il compare la gestion de la Colombie à celle d'une entreprise et affirme qu'elle devrait être "confiée à des personnes qui, au cours de leur vie, ont créé de la richesse". Avant de se présenter à la présidence, le candidat se vantait sur les réseaux sociaux de voyager en jets privés et faisait la promotion de ses diverses affaires, parmi lesquelles sa marque de rhum et une ligne de vêtements baptisée "De la Espriella Style".
L'homme d'affaires a grandi dans le nord de la Colombie, y menant selon lui une existence à la "Tom Sawyer", entre pêche et jeux à la campagne. Sa désinvolture lui a parfois joué des tours. Il a ainsi dû présenter des excuses après avoir estimé qu'il fallait "éventrer" la gauche. Et dans une interview, il a raconté comment, jeune homme, il s'amusait à attacher de la poudre à canon à des chats pour les faire voler dans les airs, avant d'affirmer qu'il s'agissait d'une plaisanterie.
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